L'inquiétant impact psychique d'un reconfinement

L'inquiétant impact psychique d'un reconfinement

MEFIANCE - Contrairement à certaines idées reçues, l'expérience du printemps dernier n'est pas forcément un atout pour mieux aborder ce nouveau confinement. Au contraire, alertent même des experts de la santé mentale.

"Ceux qui ont souffert la première fois vont vivre encore plus durement l'expérience la seconde fois." Le nouveau confinement à peine entré en vigueur, ses conséquences sur le plan psychologique sont déjà redoutées et malheureusement prévisibles, de l'avis de plusieurs experts en santé mentale dont Nicolas Franck. Car ce que d'aucuns pensent être un atout, à savoir le fait d'être déjà passé par là au printemps dernier, ne l'est pas forcément. Voire pas du tout. 

"Les personnes qui ont mal vécu le premier confinement ont un souvenir douloureux associé à un environnement. Les replonger dans des circonstances identiques ou semblables à celles du printemps va réactiver chez elles les mêmes émotions", détaille le psychiatre, chef de pôle au Centre hospitalier Le Vinatier. Et de résumer : "On repart de là où on était resté. Pas d'une situation nouvelle". Rappelant qu'en psychiatrie, "les mêmes causes produisent les mêmes effets", il explique que selon ce mécanisme, "ceux qui ont bien vécu le confinement la première fois vont a priori encore mieux le vivre cette fois".

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Une saison encore moins favorable au confinement

Quoique. A en croire les spécialistes, plusieurs paramètres liés au contexte de ce nouveau confinement sont défavorables à la bonne santé psychique de certains, indépendamment de leur expérience précédente. A commencer par la saison. "La baisse de luminosité automnale est propice, en temps normal déjà, aux dépressions saisonnières", rappelle Nicolas Franck. Si bien que "la réaction qu'on observe en période automnale, facteur de souffrance potentielle, fait qu'on est plus ou moins à même de supporter l'adversité".

Autre paramètre : l'adhésion aux mesures du gouvernement. "Au printemps dernier, il y a avait une grande peur assez générale. On ne connaissait rien ou très peu de ce virus. Donc, une majorité de personnes adhérait aux mesures, à commencer par le confinement. La population se sentait globalement bien informée", énumère le médecin, auteur de Covid-19 et détresse psychologique, 2020 l’odyssée du confinement paru ce mercredi. Or, explique-t-il, le fait que la France se reconfine peut être assimilé à "un échec des mesures prises jusque-là et provoquer une adhésion plus faible."  Pour preuve, l'annonce du printemps n'avait donné lieu à aucune manifestation, contrairement à celle-ci, qui a poussé environ 200 manifestants à défiler dans le quartier des Halles, à Paris, à quelques heures de l’instauration du dispositif.

Moins d'humour et d'entraide ?

Autre élément non-négligeable, l'effet de surprise. Annoncer le mercredi une annonce applicable le lendemain soir, à l'instar de celle du mois de mars, n'est pas de meilleur augure. "Quand une annonce tombe de façon verticale et soudaine, ça crée un effet de sidération, alors que ce qui est important, pour qu'une décision soit acceptée, c'est qu'elle soit décidée en concertation, que la population y soit préparée". Et de conclure : "Le sentiment de maitrise limite le stress".

A la veille de l'annonce d'un durcissement des mesures, et alors que ce reconfinement était pressenti, le neuropsychiatre Boris Cyrulnik se disait déjà inquiet pour notre "disponibilité" et notre "capacité" à l'accepter. Il présageait ainsi "des dépressions et des troubles psychiques". Lors du premier confinement, détaillait-il alors pour France Bleu, "on avait des réactions de défense très positives : l'humour et l'entraide. Les gens serraient les dents et souriaient en attendant la fin du confinement". Mais aujourd’hui ? "On ne voit aucune réaction d'humour. Au contraire, on voit des réactions d'agressivité apparaître". Il y a de quoi, poursuit le spécialiste de la résilience : "L'isolement est la pire des agressions. Un isolement sensoriel est une altération du cerveau. On voit que le circuit de la mémoire et de l'émotion s'atrophient et, dans ce cas, c'est une grave altération." L'esprit humain a de la ressource, mais il a aussi ses limites : "On peut déclencher un processus de résilience à condition que ça ne dure pas trop longtemps."

"Se fixer des objectifs"

Serge Hefez abonde. Auprès de L'Obs, le psychiatre relève aussi le caractère "exceptionnel" que de vait revêtir le premier confinement. Ainsi, s’il a pu être vécu péniblement, il a aussi été propice à la réinvention. Cette fois, l'effet de surprise évacué, il craint que les confinés n'en voient "que les aspects négatifs".  Même inquiétude pour le psychologue belge Olivier Luminet, qui pointe également des risques plus élevés qu'au printemps dernier. "La population a déjà perdu beaucoup de son énergie. Beaucoup sont entraînés dans cette deuxième vague sans avoir pu recharger leurs batteries", explique-t-il à L'Echo, soulignant que "les gens sont beaucoup moins armés pour faire face, il y a un réel danger d’accumulation." 

Comment, alors, aborder le mois à venir dans les conditions les moins mauvaises possibles ? Malgré les difficultés précitées, Nicolas Franck invite tout un chacun à "s'armer de courage" et surtout à "se fixer des objectifs". Et ce d'autant plus si le premier confinement a été une épreuve.

Reconfinement : Quel impact sur la santé mentale des Français ? Réponse dans ce podcast d'Expertes à la Une avec le docteur Astride Chevance.

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