Reconfiner en février plutôt qu'en avril aurait-il permis d'éviter 14.600 morts ? Véran dénonce une théorie "bancale"

Reconfiner en février plutôt qu'en avril aurait-il permis d'éviter 14.600 morts ? Véran dénonce une théorie "bancale"

CONJECTURES - Le journal "Le Monde" a chiffré le bilan humain de la décision de l'exécutif de ne pas reconfiner le pays début février. Une évaluation que conteste Olivier Véran.

L'exercice est délicat, presque périlleux. Le journal Le Monde a toutefois tenté d'estimer le nombre de vies qui auraient pu être sauvées sur le front du Covid-19 si le gouvernement avait reconfiné la France au début du mois de février, comme recommandé par le Conseil scientifique. Au lieu de cela, la décision n'avait été prise qu'au début du mois d'avril.

Au total, ce sont 112.000 hospitalisations (dont 28.000 en réanimation) et 160.000 cas de Covid-19 longs qui auraient pu être évités, affirme le journal. Un autre chiffre interpelle tout particulièrement, celui des morts qui ne seraient pas survenues dans ce scénario : 14.600. 

Le gouvernement, lui, rappelle la difficulté d'effectuer de tels calculs, notamment en raison de l'impact de la vaccination, qui avait atteint un niveau plus important en avril qu'au mois de février. "L'article se fonde sur une base scientifique bancale", affirme ainsi Olivier Véran qui dénonce un "partis pris évident" et des "biais d'analyse". "Une simple règle de trois ne remplace une modèle pertinent."

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Pour en arriver à ces chiffres, le journal s'est appuyé sur les données de Santé publique France relatives aux nombres de décès, de patients hospitalisés et de patients hospitalisés en réanimation. On constate ainsi, vers la fin du mois d'avril 2021, que la courbe montre un ralentissement de la progression de ces indicateurs, une stagnation et, finalement, dès la troisième semaine suivant le reconfinement, une importante baisse. 

Puis l'exercice a consisté à décaler la courbe de ces données à deux mois auparavant. Ainsi, la manière dont ces chiffres ont évolué en avril a été projetée au mois de février. Le Monde a ensuite calculé la différence entre la courbe réelle et celle du scénario d'un reconfinement au mois de février.

Ces deux mois de retard ont eu un coût- Pascal Crépey

"En janvier, on s’attendait tous à ce que le gouvernement profite des vacances d’hiver pour confiner, faire précisément ce qu’on a fait deux mois plus tard, pendant les vacances de printemps. Ces deux mois de retard ont eu un coût", résume, pour Le Monde, l’épidémiologiste Pascal Crépey, dont l'équipe à l’École des hautes études en santé publique de Rennes a contrôlé les travaux du quotidien. 

D'autres scientifiques, au contraire, s'insurge sur le méthodologie employée par l'étude. Sur LCI, l'épidémiologiste Martin Blachier estime  ainsi qu'"on n'aurait jamais pu sortir du confinement si on avait été confinés en janvier". Le médecin fustige aussi un article qui "n'est pas juste", et dénonce "des simulations fausses sur le plan méthodologique".

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14.000 décès du Covid-19 évitables ? "Une simulation totalement fausse" pour Martin Blachier

Pascal Crépey - qui a validé le travail scientifique du Monde - confirme qu'il est impossible de "savoir si un confinement plus tôt aurait eu le même impact que celui que l'on a observé plus tard en avril". Sur LCI, il ajoute aussi que, dans l'éventualité d'un confinement en janvier ou février, la fin de celui-ci aurait pu entraîner une nouvelle "hausse de la circulation du virus, et donc un rattrapage plus tard". L'épidémiologiste souligne également, sur LCI, que "les Français ne voulaient pas se reconfiner en janvier."

Du côté des autorités, on objecte aussi "les coûts directs et indirects d'un confinement". Car les travaux du Monde se concentrent exclusivement sur les décès dus au Covid-19. Ils omettent donc les autres conséquences des confinements, notamment sur les plans psychologique, social ou économique.

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Mentionnons aussi ce que conclut une étude publiée en mars dernier par l'Institut national d'études démographiques (Ined). D'après lui, si 68.000 personnes sont mortes du Covid-19 en France en 2020, le nombre de décès total n'a augmenté "que" de 55.000, parce qu'une partie des morts du Covid "seraient de toutes façons" décédés d'une autre cause, et que la grippe et les accidents de la route ont été moins meurtriers.

Le gouvernement riposte également sur un plan plus philosophique : "Réécrire l’histoire a posteriori est toujours plus facile que de gérer au mieux et au quotidien l’inédit", fait valoir un conseiller de l'exécutif.

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