Réouverture des crèches : "Comment faites-vous pour changer une couche à distance ?"

C'est encore le flou total quant à la réouverture des crèches pour le 11 mai. Les établissements attendent les consignes du ministère de la Santé pour pouvoir accueillir les 400 000 enfants inscrits dans le pays.
Santé

ECLAIRAGE - A la veille de l’annonce du plan de "fin" de confinement par le gouvernement, se pose notamment l’épineuse question du retour dans les crèches. Les auxiliaires en puériculture se sentent-ils armés ? Les enfants en bas âge peuvent-ils respecter les gestes barrières ?

"Est-ce que tout le monde va arriver en même temps ? Comment accueillir les enfants en toute sécurité ? Comment parler aux parents en respectant les mesures d’hygiène ? Devront-ils porter aussi des masques ? De façon obligatoire ?" Françoise Camguilhem, présidente de l’Anap, l'Association nationale des auxiliaires de ouériculture, aimerait d’ores et déjà être en mesure d’apporter des éléments de réponse à ses collègues qui se questionnent sur les conditions de réouverture progressive des crèches à compter du 11 mai. 

"Sur le terrain, le questionnement est palpable, on le voit, on le vit, on le perçoit à travers tous les mails que l’on reçoit", précise celle qui "espère qu’il y aura quelque chose de concret et de vraiment significatif" dans les mesures annoncées par le gouvernement, mardi 28 avril, concernant le plan de "fin" de confinement dans son corps de métier.

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"On passe d’une extrême à l’autre"

Soulignant que "l’inquiétude de [s]es collègues ne porte pas sur la gestion en tant que professionnel mais bien sur le virus lui-même", elle rappelle que, déjà, en dehors de toute crise sanitaire de cette envergure, la crèche est considérée comme "un bouillon de culture de microbes".

Aussi, les interrogations, voire les inquiétudes, qui émergent chez les concernés s’expliquent assez simplement. "Nous traversons une période très anxiogène axée sur la distanciation sociale. Pourtant, qui dit réouverture des crèches, dit contact", fait-elle remarquer. Et d'estimer qu'ainsi, "on passe d’une extrême à l’autre", sans comprendre "quelle est la logique dans tout ça ?.

"Un enfant n’est pas un paquet que l’on dépose sur une étagère"

Pour rassurer le personnel des crèches, selon elle, "il faudra inévitablement commencer par fournir cet équipement de base, à savoir le masque, et bien sûr la solution hydroalcoolique". Pourtant, et c’est bien là le reflet du casse-tête que représente la réouverture des crèches pour les professionnels, le fameux port du masque est loin d’être anodin face à de très jeunes enfants. "Psychologiquement, il faudrait pourtant que l’enfant puisse avoir accès au visage de la personne qui s’occupe de lui", souligne-t-elle, insistant sur l’enjeu de ne pas sous-estimer la "relation à l’enfant" malgré ce contexte. 

Insistant sur la proximité inhérente aux structures d’accueil de la petite enfance, elle rappelle qu’" un enfant n’est pas un paquet que l’on dépose sur une étagère" et qu’auxiliaire de puériculture "est un métier de contact et de relationnel". Elle s’appuie sur un exemple simple mais très parlant : "Si une auxiliaire de puériculture doit faire une activité avec un enfant, elle va nécessairement devoir le toucher à un moment ou à un autre dans les jeux qui sont déployés." 

Bien que la mise en œuvre de mesures d’hygiène strictes "compatibles avec l’accueil en crèche, lieu de convivialité," relève du véritable défi, Françoise Camguilhem compte parmi ceux qui ne le juge pas insurmontable. Pour une raison simple : "L'atout de l’auxiliaire de puériculture, c'est sa formation sanitaire. Avec cette crise, on est dans le plein exercice de son diplôme et de sa fonction de personnel paramédical".

"Comment faites-vous pour donner un biberon à distance ?"

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Au sein de la Csafam, Confédération des syndicats d’assistants familiaux et assistants maternels, les annonces du gouvernement se font elles aussi attendre. Notamment pour ce qui concerne les maisons d’assistantes maternelles qui peuvent accueillir jusqu’à seize enfants. "On ne sait pas comment ça va se passer", se désole Nathalie Diore, secrétaire confédérale. 

"Admettons que l’on doive accueillir les enfants par petits groupes comme ce qui est évoqué pour les écoles, en passant à 10 maximum voire moins, qui tranche ?", cite-t-elle pour exemple. Et de rappeler qu’à la différence des crèches, les assistantes maternelles et les parents sont liés par un contrat et donc par une relation de salarié-employeur.

Autre inconnue inhérente à cette spécificité : qui va financer les équipements ou la désinfection des lieux en dehors des heures de garde ? "On n’a pas théoriquement à mettre la main au portefeuille", souligne -t-elle, précisant qu’une des pistes évoquées sur ce point repose sur le système d’indemnité d’entretien et de renouvellement du matériel. Quid des gestes barrière et de la distanciation sociale qui seront toujours de rigueur après le 11 mai mais qu’il est impossible d’appliquer quand on s’occupe de si jeunes enfants : "Comment faites-vous pour donner un biberon à distance ? Changer une couche à distance ? Figurez-vous que ça nous a été demandé", explique celle qui évoque, en dehors des nombreux et inévitables contacts entre les adultes et les enfants, ceux qui le seront tout autant entre les enfants eux-mêmes. 

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