Requip, le médicament qui soigne Parkinson... et vous rend accro au jeu et au sexe

Santé

ADDICTION- Lorsqu'ils prennent leur traitement, certains patients sont susceptibles de développer des troubles du comportement. Le livre "Effets secondaires, le scandale français" de Jean-Christophe Brisard et Antoine Béguin, paru ce jeudi, dénonce le manque d'information sur ces médicaments.

Prendre un traitement pour soigner la maladie de Parkinson et devenir accro au sexe et/ou aux jeux. Cela paraît improbable et pourtant c'est bien un des effets secondaires du Requip. Ce médicament, efficace contre Parkinson, peut en effet entraîner des déviances sexuelles, une addiction aux jeux ainsi que d'autres troubles du comportement comme la boulimie, chez la personne qui l'ingère régulièrement.

Dans leur ouvrage "Effets secondaires, le scandale français" (éditions First), le journaliste Jean-Christophe Brisard et l'avocat Antoine Béguin (et avec la participation du Dr Irène Frachon, qui a révélé l'affaire du Médiator) pointent du doigt le manque d'information des patients sur les effets indésirables de certains médicaments. Résultats : certains peuvent arrêter leur traitement au risque de ne pas soigner leur maladie ou enfreindre la loi pour répondre à leurs addictions.

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En agissant sur les symptômes de la maladie dégénérative du système nerveux central, le Requip améliore la vie des patients. Il agit en stimulant les récepteurs de la dopamine (une molécule qui transmet les informations entre les neurones) dans le cerveau. Ce médicament est donc très efficace pour lutter contre Parkinson mais "le malade qui prend ces médicaments peut perdre tout esprit critique et adopter des conduites addictives", notent les auteurs.

A la recherche d'un plaisir, jamais satisfait

Dès lors, "le joueur est enfermé dans une logique absurde où les échecs successifs sont perçus comme autant de parties "presque gagnées", l'incitant à jouer et à rejouer", expliquent les auteurs. En clair, le cerveau ne suit plus un raisonnement logique mais, perturbé par la stimulation des récepteurs, agit pour obtenir une récompense souvent illusoire. Le patient, devenu joueur compulsif, peut alors vivre une véritable descente aux enfers, aussi bien socialement que financièrement, comme nous l'a confié Sandra, victime des effets secondaires du Requip, dans un entretien.

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Les effets secondaires peuvent aller plus loin et se manifester par une hypersexualité qui peut s'avérer dévastatrice. Les auteurs préviennent qu'il ne s'agit pas "d'une augmentation de la libido" mais le patient recherche "en permanence le plaisir sexuel sans jamais être satisfait". Cela peut se traduire par une multiplication des partenaires ou la fréquentation de sites pornographiques. Le besoin d'assouvir cette pulsion peut même pousser à des actes réprimandés par la loi pénale. C'est ce qui est arrivé à un patient surpris en plein acte de plaisir solitaire... dans la rue. L'homme n'en garde aucun souvenir.

Lever le tabou pour mieux informer

En 2009, l'Agence française du médicament recense une centaine de cas de patients prenant ce médicament et ayant eu ses effets secondaires. Cependant, toutes les personnes concernées ne sont pas connues. Par peur ou par honte, le patient, non informé du lien, peut être réfractaire à l'idée de se confier à son médecin.

L'Agence française du médicament (AFM) incite désormais les neurologues à mieux informer leurs patients sur les risques du Requip. Les notices ont également été modifiées. Cependant, l'association France Parkinson alerte en avril 2015 sur une nouvelle conséquence indésirable : les patients traités avec du Requip auraient tendance à arrêter leurs traitements. Or il existe des alternatives comme diminuer les doses prescrites ou changer de médicament.

Parkinson est une maladie dégénérative incurable qui doit être pris en charge au plus tôt pour ralentir son évolution. La maladie touche près de 150.000 personnes dans l'hexagone. Elle agit en attaquant le système nerveux central et provoque une diminution de la dopamine. Sans cette molécule, le cerveau ne contrôle plus les tremblements du corps et autres mouvements involontaires.

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