Retour de Thomas Pesquet : quels sont les effets d’un séjour dans l’espace sur le corps humain ?

Ça y est ! Thomas Pesquet est de retour sur Terre après six mois de mission à bord de la Station Spatiale Internationale.

INTERVIEW - Alors que le retour de l’astronaute Thomas Pesquet sur Terre est prévu pour le mardi 9 novembre, les conséquences d’un séjour spatial sont nombreuses sur le corps mais heureusement rapidement résorbables, explique Bernard Comet, médecin spécialisé dans le suivi de vols longue durée.

Se réacclimater à la planète bleue prendra quelques semaines. Après avoir passé six mois au bord de la Station spatiale internationale (ISS), un séjour qui a fortement marqué leur organisme, Thomas Pesquet et les trois autres membres de la mission Crew-2 seront de retour sur Terre le mardi 9 novembre. L’équipage doit amerrir au large de la Floride, aux États-Unis. 

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Si les premières heures après leur arrivée risquent d’être particulièrement désagréables, entre nausées et déséquilibres, les cosmonautes récupèrent rapidement leur forme physique même si leur physiologie a changé, décrit le médecin Bernard Comet, qui a suivi de près deux vols longue durée. Membre du MEDES, Institut de médecine et de physiologies spatiales situé à Toulouse, il est président du Medical Board de l'Agence spatiale européenne. 

Le "mal de Terre" : 12 à 24 heures de vertiges

Lorsqu’ils poseront le pied sur terre, les astronautes qui rentrent d’un long séjour doivent s’attendre à des déséquilibres et des vomissements, comparables au mal des transports ou au mal de mer. Ce "mal de Terre" se dissipe en général en 12 à 24 heures. "Thomas Pesquet va revenir à bord d’une capsule qui va amerrir, ce qui va peut-être exagérer ce mal-être, puisqu’il va être balloté par la houle de l’océan", affirme Bernard Comet. 

Les astronautes subissent des malaises similaires pendant trois jours environ au moment du départ vers l’espace, avec la sensation d’une "chute libre permanente". Ce phénomène s’explique par un "conflit sensoriel" : l’appareil vestibulaire, organe sensoriel niché dans l’oreille interne, est brutalement "décalibré" dès que l’individu entre en microgravité et en ressort. "Vous voyez que rien ne bouge, mais votre appareil vous renvoie le message erroné que vous bougez", détaille le médecin. Un "prix à payer" incontournable, mais qui s’estomperait au fil des voyages.

"Faciès bouffi et jambes de poulet"

Autre conséquence du retour sur Terre, la chute brutale du sang vers les pieds avec la fin de l'apesanteur, alors qu’il se concentrait pendant plusieurs mois dans le haut du corps, avec un risque d’hypotension orthostatique, une baisse excessive de la pression artérielle. Une sensation comparable à celle de se relever brutalement après avoir été très longtemps alité. 

En effet, avec l’absence de pesanteur, un cosmonaute n’est jamais debout mais toujours allongé. Mais ces effets sont très bien maîtrisés si juste avant de retourner sur Terre, il "s’hyper-hydrate" en buvant de l’eau salée (le sel retenant mieux l’eau dans le corps) et portent un "pantalon anti-G", semblable à des bas de contention. Cela ne l'empêche pas en revanche d’être encore assoiffé à l’atterrissage et de boire jusqu’à 3 à 4 litres d’eau dans les premières 12 heures de son retour, a constaté le docteur. Car lorsque le corps s’allonge, comme dans l’espace, la filtration rénale augmente, on urine davantage et on perd plus d’eau. 

Par ailleurs, outre cet afflux de sang vers le haut du corps, les astronautes subissent aussi une perte musculaire. La capacité à l’effort s’étiole, car les muscles ne sont plus sollicités. "On dit souvent qu'ils ont un faciès bouffi et des jambes de poulet", résume Bernard Comet - et ce, bien qu’ils fassent de l’exercice régulier en orbite, à raison d’une heure le matin et une le soir. "Il serait mieux qu’ils en fassent davantage, mais ils ont des recherches à mener, poursuit-il. Il faut trouver des compromis entre les mesures de prévention contre leur santé et leur rôle opérationnel dans la station."

Plus grand en arrivant sur Terre

Parallèlement, plus les vols s’allongent, plus les os sont menacés par la déminéralisation, surtout au niveau des membres inférieures et du bassin, de la colonne lombaire. "L’os se détruit, mais ne se reconstruit pas, produisant un déséquilibre", comme dans le cas de l’ostéoporose, explique Bernard Comet. Les exercices en orbite aident aussi à limiter ce phénomène et les astronautes ont pu avoir accès à des médicaments, bien qu'ils provoquent souvent des brûlures gastriques. 

Les cosmonautes ont aussi gagné entre 4 et 5 centimètres de plus en taille à leur retour de l’espace, car "les noyaux intervertébraux se sont gorgés d’eau puisqu’ils ne sont plus soumis à l’écrasement". Mais une fois le pied sur Terre, l'équipage retrouve sa taille habituelle, comme le fait n'importe qui au lever, après s’être étiré de quelques centimètres en étant allongé pendant la nuit. 

L’activité physique pour récupérer ses muscles et ses os

"Tout cela est tout à fait réversible et n’a rien de dramatique, rassure toutefois le spécialiste. Ceux qui reprennent le plus vite leur forme sont ceux qui pratiquent une activité physique comme avant le vol, notamment des activités de cardio et d’endurance." Ainsi, la fonte musculaire se résorbe en un mois environ une fois revenu sur Terre. La déminéralisation osseuse reste en revanche plus dur à résorber. "La reconstruction de l’os dépend beaucoup du type d’activité que l’on reprend, explique le médecin. On recommande les sports à impact, comme le footing, plutôt que le golf par exemple." 

Par ailleurs, au niveau du cœur, on constate "une petite fonte du muscle cardiaque", mais elle reste "à peine mesurable", laissant "un gros point d’interrogation à ce sujet". Tandis que sur le plan cérébral, des troubles oculaires ont été découverts après des vols de longue durée : les voyages peuvent donner lieu à un "petit œdème cérébral", sur lequel les scientifiques sont en train de travailler sans aucune "certitude" pour l’heure. "Heureusement, tout cela reste aussi réversible", tempère le médecin. La vision se remet rapidement au niveau de ses valeurs d’avant vol. 

Radiations : l’unique inquiétude

"La seule chose qui soit irréversible dans l’espace, ce sont les doses de radiation : les astronautes ont en reçu beaucoup plus que s’ils étaient restés sur Terre, avec le risque de développer des cancers", en particulier dans le cadre de missions marsiennes, explique Bernard Comet. C’est le seul risque que les médecins peinent à contrôler, mais qu’ils "évaluent de très près". Mais pour le moment, il a été constaté au contraire que les cosmonautes ont moins de cancers que la population générale, mais cela est surtout lié à un contrôle accru de leur niveau de santé, selon le médecin. 

Un suivi médical et psychologique strict

Les astronautes sont effet très assidument suivis, en particulier dans les 15 jours après un atterrissage, mais aussi tout au long de leur vie : jusqu’à leur mort, ils sont soumis à une visite individuelle complète, avec toute une batterie d’examens. Dans l’espace, des bilans très réguliers sont réalisés, à raison d’un par mois. En cas de douleurs, l’équipage peut joindre des équipes médicales à l’aide de communications privées. 

À bord, il existe des trousses médicales permettant notamment de faire des analyses sanguines et urinaires, et des médicaments sont accessibles. "Généralement, un membre de l’équipage qui est médecin ou qui est formé spécifiquement à utiliser cette trousse est désigné officier médical", explique Bernard Comet. 

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Ces rendez-vous médicaux sont aussi l’occasion de veiller au bon moral de l’équipe. "On choisit des gens stables, qui ne s’affolent pas et ne perdent pas leurs moyens facilement, explique le médecin. On sait que lorsqu’ils viennent se plaindre, c’est sérieux." Les difficultés psychologiques découlent souvent de "frictions" au sein de l’équipage, qui vit en cohabitation pendant de longs mois. 

Les astronautes peuvent parler avec des psychologues, mais s’adressent la plupart du temps au médecin référent, qui tente de réorganiser le travail pour éviter les tensions, ce qui "se fait assez facilement" en général, souligne Bernard Comet. 

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