Risques pour la santé physique et mentale : la 5G va-t-elle "tout aggraver" ?

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À LA LOUPE – Le déploiement imminent de la 5G en France inquiète. Des ONG craignent des conséquences néfastes sur la santé et réclament aujourd'hui un moratoire. Face à cette nouvelle technologie, doit-on se méfier ?

Un groupe d'ONG alerte sur le développement des réseaux de téléphonie mobile 5G et ses possibles dangers pour les populations. "Les technologies de la communication sans fil et du numérique ont déjà des impacts qui n'ont rien de virtuel", estiment ces associations, qui mettent en avant des "risques pour la santé physique et mentale". Selon elles, la 5G conduira "inéluctablement à aggraver cet état de fait".

La 5G, qu'a-t-elle de particulier ?

D'un point de vue technique, l'arrive de la 5G correspond à une nouvelle génération de standards dans le secteur de la téléphonie mobile. "Elle permet de faire plus et mieux que la 4G", résume en quelques mots Gilles Brégant, le directeur général de l'Agence nationale des fréquences (ANFR). "On dit souvent que c'est la fibre sans fil", poursuit-il, "avec un débit multiplié par 10 environ." Il compare la 5G a une "grosse boîte à outils", dont les propriétés, la vitesse, la puissance, devraient permettre de connecter un grand nombre de terminaux et de développer l'Internet des objets. Voitures autonomes, villes connectées… Les applications sont nombreuses.

Allons-nous assister à une multiplication des ondes électromagnétiques dans notre environnement ? Oui… et non. "De nouvelles bandes de fréquences vont être ouvertes", souligne Gillet Brégant, "et nous allons assister à deux effets contraires. Avec plus de bandes dédiées à la téléphonie mobile, l'exposition va augmenter, mais une partie des futures antennes va en parallèle contribuer à les réduire". En effet, si une partie des bandes utilisées pour la 5G est très proche de celles aujourd'hui occupées par la 4G, des bandes dites "millimétriques" vont également être déployées. Leurs ondes sont plus courtes, leur portée diminue, et leur nombre devrait donc se multiplier pour atteindre une couverture conséquente. 

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Le directeur de l'ANFR indique que ces nouvelles générations d'antennes-relais présentent d'autres caractéristiques. Outre leur petite taille, qui leur permettra notamment de s'insérer dans du mobilier urbain, "elles vont fonctionner de façon intermittente". Pour schématiser, vous ne serez pas soumis en permanence au rayonnement de leurs ondes, mais seulement lorsque votre téléphone cherchera a les solliciter. Les terminaux mobiles recevront durant quelques secondes des paquets de données, avant que le signal ne se coupe, et ainsi de suite. "Si vous vous trouvez au beau milieu de la campagne et que vous n'utilisez pas de téléphone 5G, ces ondes ne vous atteindront pas", note Gilles Brégant.

Le dernier aspect intéressant concerne la multiplication des bandes de téléphonie. Si, dans un premier temps, leur nombre va augmenter, les opérateurs vont par la suite transformer une partie des bandes existantes pour les convertir, en quelque sorte, en 5G. La 2G sera la première concernée, elle qui n'est plus aujourd'hui utilisée que par une petite minorité de mobinautes. 

Notre santé en danger ?

Depuis des années, les ondes électromagnétiques sont suspectées de causer des troubles, tant physiques que psychologiques. L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) suit de près ces questions et surveille avec attention les productions scientifiques sur le sujet. Elle met notamment en avant "les conclusions de l’évaluation des risques publiées en 2013", qui "ne mettent pas en évidence d’effets sanitaires avérés. Certaines publications évoquent néanmoins une possible augmentation du risque de tumeur cérébrale, sur le long terme, pour les utilisateurs intensifs de téléphones portables."

L'Anses formule une série de recommandations : elle incite par exemple à "réduire l’exposition des enfants en incitant à un usage modéré du téléphone mobile". Sollicitée par LCI, l'Agence précise qu'elle ne se prononce pas sur l'arrivée prochaine de la 5G. Des travaux sur le sujet sont en effet en cours, qui donneront lieu à des publications dans mois à venir. De nombreuses associations réclament en tout cas que cesse le déploiement de la 5G, arguant, comme le note le site Reporterre, qu'aucune "étude épidémiologique" n'ait été faite.

À l'heure actuelle, seuls quelques pays à travers le monde ont déployé ces nouveaux réseaux, à commencer par la Corée du Sud. Cela ne permet pas de bénéficier d'un recul suffisant pour tirer des conclusions sur les conséquences d'une implantation à grande échelle. Les débats autour de la 5G cristallisent des peurs bien au-delà de nos frontières, en témoigne l'appel international lancé en octobre dernier, réunissant des scientifiques, médecins, citoyens. Des associations et ONG se sont associées à cet appel, parmi lesquelles les "Robins des toits", qui militent en France pour réclamer "la sécurité sanitaire dans les technologies sans fil". Risques de cancer, dommages génétiques, maladies cardiovasculaires, déficits d'apprentissage ou de mémoire, cet appel liste les travaux sur les ondes électromagnétiques et leur impact pour tenter de se faire entendre.

Face à ces oppositions, il est peu probable que les autorités freinent le déploiement des réseaux. Gilles Brégant, le directeur général de l'ANFR, rappelle que la mise aux enchères des fréquences 5G va débuter cet automne, une véritable manne financière pour l'État. Pour les fréquences 4G, les opérateurs avaient déboursé en 2011 et 2015 un total de plus de 6 milliards d'euros. Objectif prioritaire du gouvernement, le très haut débit était plébiscité dans une feuille de route publiée avec la coopération de l'Arcep en juillet 2018. Alors secrétaire d'État en charge du Numérique, Mounir Mahjoubi souhaitait que la France soit "au rendez-vous de la 5G", une technologie qui constituait à ses yeux "un enjeu stratégique pour que l’industrie française demeure une industrie d’innovation à l’échelle mondiale".

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