Roche/Novartis : où en est-on dans l'affaire Avastin ?

Roche/Novartis : où en est-on dans l'affaire Avastin ?

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SANTE - L'étau se resserre autour de Roche et Novartis dans l'affaire du traitement de la dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA). Les deux laboratoires suisses sont suspectés par l'Autorité de la concurrence et l'association Que Choisir d'entente illicite en ce qui concerne l'Avastin et le Lucentis. Les soupçons reposent notamment sur le fait qu'ils ont des liens capitalistiques croisés.

L'Avastin face au Lucentis, Roche face à Novartis. La polémique concernant l'utilisation de ces médicaments respectifs des deux laboratoires suisses contre la dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA) date de plusieurs années. Mais elle a pris un nouveau tournant lorsque l'Autorité de la concurrence française a décidé le 9 avril dernier de mener des perquisitions dans leurs locaux. Les deux laboratoires sont soupçonnés "d'avoir mis en œuvre des pratiques anticoncurrentielles dans la commercialisation des traitements de certaines maladies de l'œil liées à l'âge".

Ces opérations en France interviennent alors qu'en Italie, l'autorité nationale de la concurrence avait infligé début mars une amende de 182,5 millions d'euros aux groupes pharmaceutiques suisses pour avoir conclu "un accord illicite" sur ce médicament destiné à traiter la DMLA, une pathologie de l'œil. L'autorité italienne avait estimé que les deux laboratoires "se sont entendus" pour exploiter le Lucentis (de Novartis) au détriment de l'Avastin (de Roche).

Une différence de prix considérable


L'Avastin, médicament du laboratoire suisse Roche est utilisé pour soigner certains cancers, en particulier digestif. Or il s'avère que depuis quelques années, il est très largement détourné de son usage habituel pour être utilisé sans autorisation en ophtalmologie, dans le traitement de certains cas de dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA). Sauf que pour soigner cette pathologie, qui toucherait plus d'un million de personnes en France, l'unique médicament autorisé est le Lucentis, un produit issu des mêmes recherches et qui agit de la même manière en s'attaquant à la croissance des vaisseaux sanguins.

Le Lucentis a néanmoins l'inconvénient d'être extrêmement cher, 800 euros par injection dans l'œil, quand une dose d'Avastin coûte entre 30 à 50 euros. Les résultats des deux produits sont similaires. Aussi, beaucoup de spécialistes prescrivent l'Avastin pour réduire les frais d’assurance maladie, en faisant préparer le produit pour cet usage en laboratoires hospitaliers. Mais récemment, la Direction Générale de la Santé a rappelé que "suite à plusieurs signalements d'infections de l'œil, consécutives à des injections de préparation d'Avastin" il était "interdit" de l'utiliser dans le cadre d'injections intraoculaires, provoquant l'émoi de certains spécialistes.

Un décret attendu

Un décret est en préparation pour permettre aux ophtalmologistes d'utiliser l'anticancéreux dans le traitement de la DMLA dans le cadre de recommandations temporaires d'utilisation (RTU) pour motif économique. Un décret que la revue de consommateurs Que Choisir a pressé le gouvernement de publier "sans délai". "La passivité des pouvoirs publics et autorités sanitaires dans ce dossier est aussi étonnante que préjudiciable pour les usagers du système de santé", affirme Que Choisir, qui demande également la mise en place d'une commission d'enquête pour "faire toute la lumière" sur l'affaire.

Mais selon Le Monde , cette hypothèse demeure plus qu'incertaine : il y a plus de dix ans, l'entreprise Genentech met au point une molécule qui bloque le développement des vaisseaux sanguins. Elle vend alors cette molécule à Roche, qui développe l'Avastin (contre le cancer) et une molécule identique, ou presque, à Novartis, qui produit de son côté le Lucentis (contre la cécité). Mais voilà : en 2009, Roche devient propriétaire de Genentech et perçoit alors à ce titre des royalties sur le Lucentis. Le laboratoire n'aurait donc aucun intérêt à mettre les deux médicaments en concurrence. A défaut, c'est pour l'Assurance Maladie, obligée de rembourser toutes les demandes en Lucentis, que la facture est la plus salée.

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