Sages-femmes : la vidéo virale des "oubliées" du Ségur de la Santé

Capture d'écran de la vidéo "Bref, je suis sage-femme" tournée par les sages-femmes de la maternité de Troyes.
Santé

HUMOUR - Pour dénoncer le manque de reconnaissance de leur profession, plusieurs sages-femmes de la maternité de Troyes ont réalisé une parodie de la mini-série "Bref". Nous les avons interrogées sur leurs revendications.

C'est sur le ton de l'humour que les sages-femmes de la maternité de Troyes, dans le Grand Est, ont décidé d'exprimer leur colère. Le 3 octobre, elles ont posté sur les réseaux sociaux une parodie de "Bref", mini-série créée par Kyan Khojandi et Bruno Muschio, pour dénoncer le manque de reconnaissance dont elle sont victimes. Baptisée "Bref, je suis sage-femme", la vidéo comptabilise déjà plus de 100.000 vues sur YouTube et près de 430.000 sur Instagram.

En quatre minutes, les sages-femmes déroulent le fil. Après un an de médecine, quatre ans d'école et de stages, l'acquisition au fil de l'eau de nombreuses compétences comme le suivi gynécologique ou les IVG médicamenteuses, un quotidien surchargé, elles estiment leur profession trop peu considérée tant au niveau du statut que du salaire. Elles réclament un nouveau Ségur de la santé, pour lequel elles n'ont pas été conviées.

Des compétences encore trop méconnues du grand public

"Cela fait des années que les sages-femmes luttent contre le gouvernement pour leur reconnaissance sociale. Avec la crise du Covid et le Ségur de la santé, le mouvement est reparti de plus belle cet été", explique à LCI Claire Ferry, qui a participé au projet. Après avoir lancé plusieurs grèves ces dernières années, en vain, l'une des sages-femmes de l'équipe, Cécile Gaspard, a soumis l'idée de la vidéo. "Avec toute la mobilisation que nous avons vue émerger sur les réseaux-sociaux pendant le confinement, nous nous sommes dit que c’était un bon moyen de faire entendre notre cause", raconte sa collègue.

Pour Claire Ferry, diplômée depuis sept ans, cette vidéo a avant tout pour but de faire connaître les compétences du métier de sage-femme, qui ne se résume pas seulement au suivi des femmes enceintes et aux accouchements. Depuis 2009, elles peuvent notamment assurer des consultations gynécologiques. Elles sont d'autre part autorisées depuis 2016 à pratiquer des IVG médicamenteuses. "Et il y a en ce moment un pour-parler concernant les IVG chirurgicales", souligne la sage-femme qui regrette que le gouvernement "ne laisse pas assez entendre que les sages-femmes existent et sont capables de prendre en charge la santé des femmes de la puberté à la ménopause tant qu’elles n’ont pas d’antécédents médicaux notables." "Pourtant, ces nouvelles compétences sont là pour pallier au manque de médecins", fait-elle remarquer.

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Malgré tout, la profession se sent oubliée, méprisée. Si son statut médical, qui confère notamment le droit de prescription, est bien inscrit au Code de santé publique, il n'est pas toujours pas reconnu dans la pratique. "Concrètement, cela veut dire qu’à l’hôpital, beaucoup de personnes de l’administration mais aussi certains médecins nous confondent avec des infirmières spécialisées et donc sous la responsabilité du gynécologue. Or ce n’est pas comme ça que cela se passe. Il s'agit d'une profession autonome", dénonce Camille Dumortier, présidente de l’Organisation nationale syndicale des sages-femmes (ONSSF).

Les sages-femmes libérales, en revanche, n'ont pas obtenu ce statut. Ce qui a aussi mené les autorités à oublier, lors de la pénurie de masques au début de la crise sanitaire, de les ajouter à la liste du personnel autorisé à retirer des masques chirurgicaux en officine. "Ce fut infernal, car les femmes étaient prises en charge à la sortie de la maternité par des sages-femmes libérales qui n’avaient pas de matériel adapté", se souvient celle qui est aussi sage-femme à Nancy. "Elles ont ensuite eu droit à 6 masques par semaine, ce qui est largement insuffisant pour consulter d’une maison à l’autre."

La sage-femme a été placée sur le même plan que l'ingénieur biomédical, le jardinier ou le cuisinier- Camille Dumortier, présidente de l'ONSSF

La goutte d'eau qui a fini par faire déborder le vase est tombée lors du Ségur de la santé, pendant lequel les syndicats professionnels relatifs au métier de sage-femme n'ont pas été conviés. "Or c’est quand même eux qui sont le plus à même de nous aider et de faire évoluer la profession et de savoir ce que l’on vit tous les jours", regrette Claire Ferry qui désespère de toujours voir sa profession "oubliée".

N'ayant pas pu faire entendre au gouvernement cette méprise de statut, la profession a donc bénéficié d'une revalorisation salariale identique aux personnels non-médical de l’hôpital. "Donc la sage-femme a été placée sur le même plan que l'ingénieur biomédical, le jardinier ou le cuisinier et a reçu une revalorisation salariale de 183 euros. Loin de dévaloriser les autres métiers qui sont également essentiels, le niveau de responsabilité n'est malgré tout pas le même", fait remarquer Camille Dumortier en nous précisant qu'avant cette revalorisation, le salaire moyen des sages-femmes libérales était d'environ 29.000 euros par an.

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