Salaires "exorbitants", "mercenaires", les médecins intérimaires répondent à Agnès Buzyn

DirectLCI
POLEMIQUE - La ministre des Solidarités et de la Santé n'avait pas hésité à tacler les médecins intérimaires la semaine dernière sur LCI les qualifiant de "mercenaires des hôpitaux", qui toucheraient jusqu'à "3000 euros la journée". La porte-parole du Syndicat national des Médecins Remplaçants des Hôpitaux (SNMRH) lui répond : "j'aimerais savoir dans quel hôpital on est payés autant".

Invitée sur le plateau du Grand Jury, Le Figaro, RTL, LCI la semaine dernière, Agnès Buzyn a commenté les salaires des médecins remplaçants des hôpitaux et les a qualifiés d'"exorbitants". Les professionnels profiteraient d'un "système en tension" pour pratiquer des tarifs allant jusqu'à "3000 euros la journée". Catherine Dautheribes, médecin anesthésiste intérimaire  et porte-parole du Syndicat national des Médecins Remplaçants des Hôpitaux (SNMRH) réagit et dénonce une "diabolisation outrancière" des médecins remplaçants. 

LCI : Comment avez-vous réagi lorsque la ministre de la Santé a parlé de "mercenaires des hôpitaux" à propos des médecins intérimaires ?

Catherine Dautheribes : Les médecins remplaçants sont victimes d'une diabolisation outrancière , c'est blessant de nous qualifier de la sorte. On se dévoue à nos professions, avec toute la responsabilité qui nous incombe, et pour ma part je ne me suis jamais sentie en position d'abus sur mon lieu de travail. L'employeur a le pouvoir sur l'intérimaire, dans le sens où il peut choisir de ne plus travailler avec lui, sans conditions. Et la plupart des médecins remplaçants sont fidélisés à un ou plusieurs hôpitaux, c'est une relation de confiance.

LCI : Agnès Buzyn a affirmé que vous êtes rémunérés 3000 euros la journée, est-ce le cas ?

Catherine Dautheribes : Même en parlant de salaire brut, il est impossible que l'on touche 3000 euros la journée. Nos tarifs, fixés par les boîtes d'intérim, n'ont pas bougé depuis 15 ans. On touche 1300 euros nets, soit 1571 euros bruts, pour une garde de 24 heures, et 650 euros nets, soit 785 euros bruts, pour une journée de travail de 10 heures. Cela correspond au 10e échelon de rémunération d'un praticien en hôpital, lorsqu'il est aux deux-tiers de sa carrière. La seule exception est à Noël et au Réveillon, où nos tarifs sont multipliés par trois.

LCI : Mais alors pourquoi protestez-vous contre le décret de janvier dernier, qui plafonne vos rémunérations à 1400 euros net ?

Catherine Dautheribes : Pour l'instant le plafond est à 1400 euros nets. Mais ce décret vise à baisser graduellement nos salaires jusqu'en 2020, où nous seront plafonnés ente 900 et 1000 euros. On va perdre 30% de notre rémunération. Cela correspond au 4e échelon de salaire d'un praticien en hôpital. C'est indécent et insolent, au vu de nos responsabilités et de nos formations. En contestation, nous avons choisi de travailler dans les hôpitaux qui n'appliquent pas le décret. On a pas d'autre choix : on est face à un gouvernement qui ne nous répond pas, et on subit une dévalorisation professionnelle.

LCI : Quelles sont vos conditions de travail ?

Catherine Dautheribes : Le milieu médical en général est en détresse : le taux de suicide dans la population médicale est de 15%, il y a des burn out massifs... Pour les médecins intérimaires c'est le même malaise. On s'inquiète également d'un autre décret, qui permet aux médecins étrangers formés hors Union Européenne de venir travailler dans les hôpitaux français sans contrôle de connaissances préalables ou de mise à niveau. Ceux-ci pourront accepter n'importe quel salaire. On a réellement l'impression qu'on brade la santé des Français avec des médecins low cost.

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter