Rougeole, choléra, syphilis... Pourquoi ces maladies qu'on pensaient disparues font leur retour

Rougeole, choléra, syphilis... Pourquoi ces maladies qu'on pensaient disparues font leur retour

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VIRUS - Depuis quelques années, de nombreuses maladies que l'on pensait disparues, comme le choléra, la syphilis ou la tuberculose, font leur grand retour. Nous avons demandé à Eric D'Ortenzio, médecin épidémiologiste, quelle était la cause de ces réapparitions.

La semaine dernière,  un enfant en provenance d’Algérie suspecté d’être atteint du choléra a atterri à Perpignan. L’enfant a immédiatement été pris en charge par les secours, mais des analyses ont finalement démenti son infection par le virus. S’il s’agissait d’une fausse alerte, cet épisode a rappelé une nouvelle fois le fléau de ces maladies que l'on pensait disparues et qui font leur grand retour.


Comme le choléra qui sévit actuellement, le scorbut, disparu au XVIIIe siècle, a lui aussi récemment refait son apparition  jusque dans les pays développés. Quelques cas ont ainsi été rapportés aux États-Unis et en France. La tuberculose, quasiment éradiquée dans les années 80, touche, elle, 5000 Français par an à l'heure actuelle, tandis que la rougeole, peu répandue au début des années 2000, a touché de janvier à juillet 2018 près de 3000 adultes et enfants en France. Enfin la syphilis, quasiment disparue à la fin des années 90, infecte aujourd'hui de 400 à 500 personnes par an en hexagone. Face à ce qui semble être un "revival" de vieilles maladies infectieuses, nous avons demandé à Eric D'Ortenzio, médecin épidémiologiste et chercheur en maladies infectieuses émergentes à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), comment cela était possible.

LCI : Comment expliquer ce retour en force de certaines maladies ?


Eric D'Ortenzio : "Ces dernières années, j'ai l'impression que l'on assiste à une augmentation de la précarité chez certaines populations, ce qui représente un terrain favorable pour le développement du scorbut et de la tuberculose. Concernant cette dernière, l'incidence [le nombre de cas, ndlr.] a clairement augmenté ces dernières années. La bactérie passe par les postillons, par voie aérienne, d'une personne à l'autre. Et la promiscuité favorise évidement cette transmission. Les personnes défavorisées, qui vivent dans la rue, dans des camps ou dans une habitation insalubre sont les plus fragiles. Le scorbut, lié à un déficit en vitamine C, concerne là encore des gens en situation précaire et qui n'ont pas les moyens de manger tous les jours des fruits et légumes. C'est un déficit très extrême.


Pour la rougeole, nous observons une recrudescence des cas depuis quelques années en France et en Europe et cela est clairement dû à l'absence d'une bonne couverture vaccinale. Pour que la maladie ne se propage pas dans la population, il faut que celle-ci soit au-dessus de 90%, voire 95%. Et actuellement, nous sommes en France en-dessous de 80%. Cela est d'une part dû au mouvement anti-vaccins, mais aussi aux personnes nées avant que le gouvernement ne recommande la vaccination pour la rougeole en 1983 et qui ne se sont jamais fait vacciner.


La syphilis tire de son côté son origine d'un relâchement de la prévention concernant les maladies transmissibles sexuellement. On avait, grâce aux campagnes, réussi à baisser l'incidence de la maladie, mais l'affaiblissement de l'attention engendre la reprise de cette maladie contagieuse.


Si le choléra est de nouveau émergent en Algérie, la maladie n'a en fait jamais vraiment disparu. Il y a des épidémies régulières en Afrique, en Inde ou en Haïti. Le virus est présent dans certaines communautés et en fonction des conditions d'hygiène, de l'alimentation en eau, ça peut resurgir. En Algérie, ce serait lié à une source d'eau qui n'était pas forcément bien contrôlée. En France, il peut arriver que des cas importés de choléras fasse irruption mais il est quasiment impossible que l'épidémie s'y installe, vu le niveau d'hygiène qu'on a dans le pays".

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Faut-il avoir peur du choléra ?

Comment lutter contre la réapparition de ces maladies ?


"Actuellement en France, la rougeole est tout de même sur le devant de la scène avec un vrai risque d'épidémie. Il y a, du côté  des médecins en cabinet ou à l'hôpital, des infirmiers, un gros travail de sensibilisation à la vaccination à poursuivre. Concernant la syphilis, il est nécessaire de sensibiliser les populations vraiment à risque, soit les jeunes et probablement les homosexuels. Les populations potentiellement concernées par la tuberculose devraient aussi, dans l'idéal, faire l'objet d'un dépistage précoce pour éviter les contaminations. Le scorbut est pour l'instant assez anecdotique en France, mais restons en alerte. Dans tous les cas, il y a un volet de prévention et d'éducation à la santé qui me semble très important. Il faut expliquer comment se transmettent les maladies et comment on peut les prévenir".

Cela traduit-il quelque chose de notre société ?


"Si on met tout ça dans le même sac, il y a quand même la précarité qui ressort. Même s'il faut vérifier cela grâce à des études, il se pourrait que cette augmentation de la précarité dans certains lieux ou dans certaines populations soit liée à la résurgence du scorbut ou encore de la tuberculose.


L'émergence de la syphilis et de la rougeole peut quant à elle résulter d'une forme de relâche générale concernant la prévention de certaines maladies infectieuses qu'on a cru disparues. Comme pour le sida, les nouvelles générations ont oublié à quoi ressemblaient certaines maladies infectieuses à l'image de la rougeole. Elles ont été oubliées dans l'inconscient des gens, moins sensibilisés". 

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