"On l’a toujours fait sans capote" : quand l'inconscience de la jeune génération mène à une explosion des IST

"On l’a toujours fait sans capote" : quand l'inconscience de la jeune génération mène à une explosion des IST

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SEXUALITÉ - De moins en moins de jeunes semblent aujourd'hui avoir recours au préservatif pour se protéger lors de leurs rapports sexuels. De quoi occasionner une forte augmentation du nombre d'infections sexuellement transmissibles (IST). Nous avons demandé à trois spécialistes ce qui clochait.

"Avec Félix, on l’a toujours fait sans capote alors c’est resté comme cela." "Des fois avec l’alcool, l’excitation, ça arrive qu’on laisse tomber." "Des fois, j’y pense mais quand le mec zappe, je zappe aussi." Lorsque la rédaction de LCI a lancé un appel à témoignages auprès des jeunes concernant l'abandon du préservatif, elle ne s'attendait pas forcément à en recevoir autant.


Pourtant, ces témoignages rejoignent les constats dressés par le Conseil national du sida et des hépatites virales (CNS). Dans un rapport publié en 2017, il affirmait que "si le préservatif reste perçu comme une norme préventive par les jeunes, notamment lors des premiers rapports, son intérêt et son efficacité semblent de moins en moins compris". En effet, alors que la génération précédente a vécu avec la menace permanente du sida, et la nécessite de se protéger, le virus semble désormais bien loin pour la jeune génération. "Le sida, on a voulu nous faire peur avec quand on était petits mais de toute façon, il est éradiqué maintenant !", nous lance ainsi Chloé. Et de conclure en toute insouciance : "J'ai plus peur de tomber enceinte que d'attraper une IST."


Selon l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé, 36% des 15-30 ans considèrent être mal informés sur les infections sexuellement transmissibles (IST), hors VIH. Des observations partagées par Véronique Sehier, coprésidente du Planning Familial. "On ressent un vrai manque d'information chez les jeunes et on recense également un bon nombre d'idées reçues, nous explique-t-elle. Certains jeunes ne connaissent pas vraiment les IST ou pensent que c'est de l'ancien monde. On entend par exemple parfois dire que 'la syphilis, ça n'existe plus'". Or, selon le dernier rapport de Santé Publique France, c'est chez cette tranche d'âge que les médecins dépistent le plus d'infections sexuellement transmissibles.

La partie émergée de l'iceberg

En 2016, 268.000 cas d’infections à Chlamydia et près de 50.000 infections à gonocoque ont été diagnostiquées en France et en Outre-mer, dont une grande partie chez les jeunes entre 15 et 24 ans. C'est trois fois plus qu'en 2012. Et selon Ngangro Ndeikoundam, épidémiologiste et coordinateur du programme de surveillance des IST pour Santé publique France, ces chiffres sous-estiment largement la situation puisqu'une grande partie des personnes infectées ne se font pas dépister. "Ces infections peuvent ne pas donner de signes du tout, donc la plupart des gens ne vont pas consulter alors qu'ils en sont porteurs. Et ils peuvent continuer à les transmettre lors de rapports non protégés", explique-t-il. Les nouveaux cas de syphilis, eux, sont au nombre de 500 par an alors que le virus avait quasiment disparu en France dans les années 2000.


Non traitées, les infections à Chlamydia et à gonocoque peuvent, chez certaines personnes et plus ou moins rapidement, provoquer des infections de l'utérus chez la femme ou de la prostate chez l'homme, des problèmes de stérilité, ou des plaies internes favorisant le terrain d'une transmission pour le VIH. La syphilis peut, généralement sur le long terme, entraîner de possibles douleurs articulaires et musculaires, de la fièvre et dans les cas les plus graves, des lésions sévères des organes vitaux et du système nerveux.

Une santé sexuelle trop "morcelée"

Pour la coprésidente du planning familial, ce nombre alarmant d'infections est en partie dû à une éducation à la sexualité lacunaire. "D'après une enquête du Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes, seuls 25% des établissements scolaires disent avoir mis en place les séances d'éducation à la sexualité prévues dans la loi . C'est trop peu", reproche-t-elle. Véronique Sehier insiste par ailleurs sur la nécessité de mettre en place des lieux de ressources "pour que les jeunes puissent s'informer, parler librement mais aussi avoir accès aux services". "La santé sexuelle ne doit pas être morcelée. Si je viens pour un risque de grossesse suite à un rapport non protégé, c'est important que dans le lieu où je m'adresse, on puisse me parler aussi du fait qu'il y a aussi un risque d'avoir contracté une IST et qu'il est important de me faire suivre et dépister."


Une impression de morcellement partagée par Roland Viraben, membre du syndicat national des dermatologues et des vénérologues (des médecins spécialisés dans les maladies transmises par le biais de relations sexuelles). "Entre les gynécologues, les infectiologues, les vénérologues, il y a tout un tas de spécialités qui se sont décrétées compétentes en matière d'IST. Il y a en France un gros problème de coordination, ce qui empêche une bonne communication. En Angleterre, il y a par exemple des structures qui sont dévolues à la médecine génitale, ce qui facilite les choses."

Mi-juillet, Santé publique France a lancé une nouvelle campagne pour faire la promotion du préservatif auprès des jeunes : "Un préservatif ça peut te sauver la vie. Gardes-en toujours sur toi". Le planning familial, lui, milite pour la gratuité de ces moyens de protection et de contraception. "Aujourd'hui, il y a des politiques d'accès à la contraception pour les mineurs, or on sait que la majorité des personnes ont aussi des rapports sexuels entre 18 et 25 ans et que l'accès aux soins n'est pas toujours facile, notamment en raison de la précarité. [...] La gratuité des préservatifs devrait être effective jusqu'à 25 ans", affirme Véronique Sehier. 

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