Sidaction : "L'impact du Covid sur le dépistage du VIH est net, il y a une vraie crainte de rebond épidémique"

Sidaction : "L'impact du Covid sur le dépistage du VIH est net, il y a une vraie crainte de rebond épidémique"

INTERVIEW - Passée au second plan depuis plus d'un an, la lutte contre le sida subit de plein fouet la pandémie de Covid-19. La baisse du dépistage laisse craindre une recrudescence de l'épidémie et une hausse de la mortalité. État des lieux avec Sandrine Fournier, directrice du pôle 'Financements, Recherche et Associations' de Sidaction.

Si l'épidémie de Covid-19 préoccupe le monde entier, celle du sida peine à se frayer un chemin, alors que le Sidaction 2021 démarre ce jeudi soir, jusqu'à dimanche, un an après son annulation. En 2020, les confinements successifs et la place de la pandémie de Covid-19 dans l'esprit de la population ont eu raison de la prévention du VIH, en baisse partout dans le monde. Quelles en sont les conséquences ? Comment y remédier ? L'école doit-elle prendre le relai pour informer les jeunes sur le sida ? Sandrine Fournier, directrice du pôle 'Financements, Recherche et Associations' de Sidaction, répond à LCI.

À quel point l'épidémie de Covid-19 a-t-elle fait chuter le dépistage du VIH ?

Sandrine Fournier : Le dépistage est le premier acte de prévention. Avant le Covid-19, nous voyions pour la première fois s'infléchir la courbe de l'épidémie. C'était le résultat de la conjonction entre un dépistage répété, qui se banalisait et montait en puissance, et les traitements, puisque lorsque l'on est séropositif et traité, on ne transmet plus le virus. Nous étions vraiment dans une très bonne dynamique, et puis le Covid-19 est arrivé. Son impact sur le dépistage est net : - 650.000 tests entre avril et septembre 2020, sans rattrapage, en France. Cela représente une baisse d'environ 10% sur un an. Il y a donc une vraie crainte de rebond épidémique.

L'ONU Sida anticipe entre 69.000 et 148.000 décès supplémentaires liés au sida d'ici 2022 - Sandrine Fournier, directrice du pôle 'Financements, Recherche et Associations' de Sidaction

Cette baisse est-elle provoquée par les confinements successifs ou par la monopolisation du Covid-19 dans l'espace public ?

C'est une conjonction de tout cela, mais aussi parce que la majorité de la population réalise des tests du VIH dans les laboratoires de ville. Or, il y a des files d'attente assez longues de personnes avec des symptômes du Covid, cela dissuade. Les tests sont donc retardés, y compris pour les personnes qui ont une activité sexuelle. C'est ce qui nous inquiète.

Pour le cancer, certains spécialistes chiffrent à 10.000 morts supplémentaires les conséquences de l'épidémie de Covid-19. Et pour le Sida ?

Au niveau mondial, l'ONU Sida estime qu'il pourrait y avoir entre 123.000 et 293.000 nouvelles infections supplémentaires en raison du Covid-19 entre 2020 et 2022. C'est énorme. De la même manière, l'ONU Sida anticipe entre 69.000 et 148.000 décès supplémentaires liés au sida, sur cette même période. L'impact est donc considérable.

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Les déprogrammations et reports de rendez-vous provoqués par la pandémie ont-elles aussi des conséquences pour les patients atteints du VIH ?

Pour les personnes qui vivent bien avec le VIH, en bonne santé et sans autre pathologie, voir son rendez-vous annuel reporté de quelques mois à cause du Covid-19 n'a pas forcément de grande incidence. Mais pour des personnes qui vivent depuis longtemps avec le VIH, ont toutes formes de comorbidités, sont précaires et ont une santé mentale complexe, l'épidémie de Covid-19 représente un tsunami qui empire leur situation.

Quelles sont les solutions pour que le dépistage reprenne malgré la pandémie ?

Il y a d'abord les médias, qui sont conscients de la nécessité de parler du VIH. Pour nous, c'est l'occasion de sensibiliser la population. Cela passe aussi par l'adaptation : puisque les associations ne peuvent plus aller vers les personnes dans les lieux tels que les bars ou les boites de nuit, où elles faisaient habituellement de la prévention, elles multiplient les actions sur Internet, sur les applications de rencontre, là où il y a de l'activité et où elles peuvent cibler les populations particulièrement exposées au VIH. Enfin, cela passe aussi par l'envoi de kits de dépistage à domicile, avec des autotests. Les associations sont créatives et réactives pour la prévention comme pour l'accompagnement.

Pour informer les jeunes, il est temps d'avoir du courage politique- Sandrine Fournier, directrice du pôle 'Financements, Recherche et Associations' de Sidaction

Parmi les lieux de prévention, il y a aussi les écoles. En 2019, vous indiquiez à LCI que l'Éducation nationale devait "faire beaucoup mieux" pour l'information sur le VIH auprès des jeunes. Deux ans plus tard, est-ce toujours le cas ?

Malheureusement, c'est toujours d'actualité, et cela a été aggravé par la pandémie. J'observe que des associations continuent leurs actions en milieu scolaire, d'autres non. Certaines m'expliquent qu'elles ont été autorisées à continuer à réaliser des actions de prévention auprès des collégiens, mais pas auprès des lycéens. Pourtant, cela ne s'améliore pas : 23% des jeunes déclarent n'avoir jamais bénéficié d'un enseignement ou d'un moment d'information sur le VIH au cours de leur scolarité. C'est en constante augmentation. Il est temps d'avoir du courage politique. On a su mobiliser pour que personne ne sorte du collège sans connaissance du code de la route. Considère-t-on que la santé sexuelle, la prévention des grossesses précoces, du VIH et d'autres IST est de moindre importance ? Je suis sidérée.

Avec la crise économique liée à la crise sanitaire, craignez-vous une baisse des dons pour ce Sidaction 2021 ?

Nous espérons obtenir des dons à la hauteur de ce qu'ils étaient avant le Covid-19. En 2020, nous avons annulé le Sidaction, car il était prévu au début du confinement. En puisant sur nos fonds propres, nous avons réussi à maintenir à même hauteur les financements pour les associations et les chercheurs. Mais nous ne pourrons pas le refaire. Les dons sont donc très importants, nous en avons vraiment besoin.

Tout au long du week-end, les dons peuvent être réalisés par téléphone (110, appel gratuit) ou sur internet, via sidaction.org.

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