Sport sur ordonnance : "Une activité sportive diminue jusqu’à 50% le risque de récidive de votre cancer"

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INTERVIEW - A partir du 1er mars, les médecins pourront prescrire du sport aux personnes en affections longue durée. Jean-Marc Descotes, qui a participé à l’élaboration de cette loi "Sport sur ordonnance", nous éclaire sur ce qui change, le rôle que peut jouer le sport dans le traitement d’un cancer… Et porte également un regard critique sur le décret finalement inscrit au "Journal officiel".

Le "sport sur ordonnance", c'est pour ce mercredi 1er mars. Ce qui signifie que, dès à présent, les médecins seront à habilités à prescrire du sport, l'idée étant de "permettre à une personne d’adopter un mode de vie physiquement actif sur une base régulière afin de réduire les facteurs de risque et les limitations fonctionnelles liés à l’affection de longue durée". C'est-à-dire pour des personnes atteintes de certains types de cancers, de diabète, de certaines maladies neurodégénératives ou ayant été victime d’un AVC. Seul hic : ces activités sportives à des fins médicales ne seront pas remboursées par la Sécurité sociale, a décidé Valérie Fourneyron, la ministre des Sports à l'époque de l'élaboration de la loi. En clair : il ne s'agit que d'inciter à faire du sport. Cela fait pester Jean-Marc Descotes, co-fondateur de la CAMI Sport & Cancer, la première fédération à avoir développé et structuré l’activité physique en cancérologie.

LCI : Quelles sont exactement les vertus du sport pour une personne atteinte d’un cancer ?

Jean-Marc Descotes : Notre spécialité, c’est d’intervenir chez des personnes en phase de traitement curatif. On n’est pas dans de la prévention. Après, on ne soigne pas directement le cancer, on agit pour soigner les effets secondaires des traitements. Ce sont eux, en fait, qui rendent malades. Sur des chimiothérapies ou des radiothérapies, les patients perdent de la masse musculaire, sont fatigués, ont du mal à respirer ou à se déplacer. Nos programmes luttent contre ces douleurs et ces effets indésirables. Il y a un lien entre la capacité à supporter le traitement et l’efficacité que le traitement va avoir.

LCI : Qu’apporte le sport que ne peut pas apporter une médication ?

Jean-Marc Descotes : La fatigue touche entre 70 et 95% des patients sous des chimiothérapies ou des radiothérapies. Et vous ne récupérez pas de cette fatigue-là en vous reposant. Elle affecte votre quotidien. Au niveau international, aujourd’hui, l’activité sportive est reconnue comme le seul traitement validée contre cette fatigue en cancérologie : elle diminue en moyenne de 36% la fatigue chez les patients. En outre, on constate que chez les personnes atteintes du cancer du sein, il y a généralement une importante prise de poids, liée au traitement. Cela accroît le risque de mortalité. Quant à la perte de masse musculaire, elle augmente la toxicité des traitements. Enfin, une activité physique et sportive dans votre parcours de soins diminue jusqu’à 50% le risque de récidive de votre cancer.

LCI : Vous avez écrit une tribune publiée dans "Le Monde" pour protester contre la version finale du décret "sport sur ordonnance", sur la question du non remboursement par la Sécurité sociale…

Jean-Marc Descotes : Oui, en fait on promet une chose sans donner les moyens d’honorer la promesse. On laisse aux organisations de sport-santé la charge de la mise en place. Cela empêche son implantation, son développement et sa pérennisation. Du coup, de plus en plus de médecins vont se mettre à "prescrire" de l’activité physique, dans des conditions floues, mais sans qu’il y ait derrière des relais identifiés, des lieux sécurisés. Il manque ces choses qui rendent, par exemple, un médicament traçable et sûr. Faire du sport, cela veut tout et rien dire à la fois. Quelles pratiques ? Avec qui ? Pour quels objectifs ?

LCI : Considérez-vous tout de même cette loi comme une avancée ?

Jean-Marc Descotes : Oui, on peut voir le verre à moitié plein : cela va inciter les médecins à parler de l’activité physique aux patients. Le sport s’inscrit maintenant dans la loi. Mais, selon que vous soyez à Neuilly-sur-Seine ou à Bobigny, les populations ne peuvent pas se prendre en charge de la même manière. Une politique de santé publique, c’est avoir le souci de l’intérêt général. Et donc de permettre à toutes les personnes d’y avoir accès. Là, on sait qu’il y aura des villes qui financeront et d’autres qui ne financeront pas. Et derrière ça, l’esprit généré est dramatique. Mme Fourneyron (ancienne ministre des sports, ndlr) dit qu’il n’a jamais été question de rembourser l’activité physique. Seulement, sur les quatre députés qui ont écrit cette loi, il y en avait au moins deux qui étaient pour le remboursement. Je le sais, je l’ai écrite avec eux. Du coup, on n’a pas vraiment de solutions à nos problèmes.

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