Spoutnik V et le vaccin chinois ont-ils prouvé leur efficacité, comme l'assure Jean-Luc Mélenchon ?

Jean-Luc Mélenchon Assemblée nationale 1er avril 2021

IMMUNITÉ - Pour vilipender la stratégie vaccinale européenne, Jean-Luc Mélenchon a assuré ce jeudi que les vaccins russes et chinois "fonctionnent". C'est un peu plus compliqué que ça.

Mise à jour du 12/04

Les autorités sanitaires chinoises ont reconnu le samedi 10 avril, un jour après la publication de cet article, que l'efficacité de leurs vaccins n'était "pas très élevée". Nous avons rajouté cette information. 

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C'est l'un des plus grands défenseurs du vaccin russe en France. Jean-Luc Mélenchon ne cesse depuis plusieurs mois de s'insurger contre l'Union européenne qui "bloquerait" volontairement les négociations avec les laboratoires qui produisent le vaccin Spoutnik V, destiné à lutter contre le coronavirus. Jeudi 8 avril sur BFMTV, il a réitéré. Décrivant la stratégie vaccinale des 27 comme "politique" et en lutte contre l'Est, le chef de fil des Insoumis à l'Assemblée a tenu à faire l'éloge des vaccins chinois et russes, toujours pas autorisés par le régulateur européen. Pour le candidat à l'élection présidentielle, ces deux vaccins "fonctionnent". Qu'en est-il réellement ? 

Spoutnik V efficace ... mais avec des inquiétudes

Comme souvent, le député de gauche a d'abord chanté les louanges de "Gam-Covid-Vac", son nom officiel, pour lequel on sait selon lui "depuis novembre dernier qu'il est efficace". Pas vraiment. Si le laboratoire Gamaleïa, où le vaccin anti-Covid-19 est fabriqué, a été le premier à annoncer un vaccin contre ce virus, il a aussi été rapidement critiqué. D'une part pour sa précipitation - Moscou est accusé d'avoir grillé des étapes - puis pour son absence de transparence. Ce n'est finalement qu'en février que ce produit a fait ses preuves. Une étude parue dans The Lancet concluait en effet à une efficacité de 91,6% contre les formes symptomatiques

Des conclusions robustes et validées par des experts indépendants, issues du dernier stade des essais dit de phase 3, qui portaient sur un peu moins de 20.000 participants. Pour rappel, lors de cette phase, on vérifie le produit sur de grandes cohortes. Sur les milliers de participants inoculés entre septembre et novembre, trois quarts avaient reçu deux doses de vaccin et quelque 4900 volontaires un placebo, à trois semaines d'intervalle. Des résultats jugés "clairs" par les experts indépendants qui ont validé l'étude. "Le principe scientifique de cette vaccination est démontré", ont ainsi estimé ces deux spécialistes britanniques dans un commentaire joint à l'étude. 

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REPORTAGE - Au cœur de la production du vaccin russe à Saint-Pétersbourg

Seulement, si la grande majorité des États membres ne s'en procurent pas massivement, c'est pour de nombreuses raisons. Et pas forcément politiques. Comme nous vous l'expliquions déjà ici, une évaluation est en cours au niveau européen. Le vaccin suit le même protocole d'homologation que ceux qui ont bénéficié avant lui d'une autorisation de mise sur le marché. Mais des inquiétudes persistent. D'après le Financial Times, l'Agence européenne du médicament (EMA) devrait en effet lancer une enquête pour vérifier si les standards éthiques et scientifiques ont été respectés lors des essais thérapeutiques évoqués plus haut. Pour faire le clair, un groupe d'experts est même attendu en Russie ce samedi 10 avril pour étudier ces expérimentations, d'après le ministre russe de la Santé, Mikhaïl Mourachko. 

L'autre alarme vient de Slovaquie. Le régulateur des médicaments du pays a émis ce jeudi des doutes sur la composition d'un lot de 200.000 doses reçues en mars. Les lots utilisés dans les tests précliniques et cliniques "n'ont pas les mêmes caractéristiques et propriétés que ceux importés en Slovaquie",  a indiqué l'Institut national de contrôle des médicaments (SUKL). Raison pour laquelle il refuse d'inoculer le produit à la population. La seule base des tests de laboratoire n'étant pas suffisante pour conclure à "l'efficacité et la sécurité pour l'homme". L'institut a précisé que le fabricant du vaccin n'avait pas répondu à la demande répétée de fournir des données sur la composition de ces stocks. 

Dans la tourmente, le laboratoire a répondu sur les réseaux sociaux. Il a rejeté ces deux accusations, dénonçant des "fake news". 

L'efficacité des vaccins chinois n'est "pas très élevée"

En attendant que ces craintes se dispersent, ou s'accentuent, et avec un vaccin dont la production n'est pas assez conséquente pour réellement changer la donne, la ligne européenne est donc celle de la précaution. Mais qu'en est-il du vaccin chinois ? Contrairement à Moscou, son voisin submerge le monde de ses produits, qui offrent une alternative moins coûteuse et aisément stockable. Et il ne s'agit pas que d'un seul vaccin. En Chine, des dizaines de vaccins contre le coronavirus sont en cours d'expérimentation, parmi lesquels trois sont administrés à la population. Il s'agit de CoronoVac, produit du laboratoire Sinovac, et de deux vaccins baptisés Sinopharm et Sinovac, du laboratoire éponyme.

Malgré cette abondance, les données manquent. Il n'existe qu'une seule étude publiée à ce stade et elle concerne uniquement la phase 2 du CoronoVac. Les résultats, parus dans la revue scientifique The Lancet à la mi-novembre, décrivaient le vaccin comme "sûr" et permettant de déclencher une "réponse immunitaire" chez les patients en "bonne santé". Cependant, il est important de noter que les essais de phase 2 ne sont réalisés que sur des personnes jeunes et en bonne santé, comme nous l'avons déjà expliqué ici, et sur de petites cohortes : ils concernaient 700 Chinois âgés de 18 à 59 ans et sans comorbidité. Aucune étude n'est ensuite parue pour la troisième et dernière phase des essais cliniques. Des observations sur l'efficacité du produit en population générale sont toutefois très peu encourageantes. Lors d'études effectuées au Brésil, elle n'a été évaluée qu'aux alentours de 50% contre les contaminations et de 80% contre les hospitalisations. Un chiffre inférieur à ceux communiqués par Pfizer (95%) et Moderna (94%). 

Quant à Sinopharm et Sinovac, ils ont aussi fait la preuve de leur sûreté. Mais pas de leur efficacité. Ainsi, des experts de l'OMS ont conclu fin mars que ces deux produits étaient effectivement sûrs et efficaces, mais que des éléments supplémentaires étaient nécessaires. Encore une fois, ce manque de données concerne "les personnes âgées et les personnes souffrant d'autres maladies", a estimé le Groupe stratégique consultatif d'experts (SAGE) sur la vaccination de l'Organisation mondiale de la santé. Là encore, ces deux vaccins n'ont fait l'objet d'aucune publication scientifique sur des essais de phase 3. Seul un communiqué, publié le 2 janvier 2021 par Sinopharm, assure une efficacité de 79,43% pour l'un d'entre eux. Un taux encore une fois bien inférieurs aux vaccins actuellement inoculés en Europe et qui doit encore être prouvé. 

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Dans ces deux cas, les données montrent donc que les vaccins chinois offrent une efficacité bien inférieure à celle des vaccins actuellement inoculés en Europe. Face à l'évidence, les autorités sanitaires chinoises ont été obligées de reconnaitre que leurs produits avait un taux de protection qui n'était "pas très élevé". Ce samedi 10 avril, le directeur des centres chinois de contrôle et de prévention des maladies, Gao Fu, a ainsi déclaré qu'il cherchait un moyen de surmonter ce problème, évoquant les possibilités de modifier l'intervalle entre les doses, d'ajuster la posologie ou de réaliser une troisième dose notamment avec les vaccins à ARNmessager. 

De plus, et contrairement au Sputnik V, aucun laboratoire chinois n'a soumis de dossier à l'Union européenne. Ces vaccins, même s'ils "fonctionnaient" ne pourraient donc pas être autorisés par le régulateur européen. 

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