Téléphones portables : faut-il avoir peur des ondes électromagnétiques ?

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SANTÉ - Aucune étude scientifique, jusqu'à présent, n'a réussi à prouver de façon claire que les radiofréquences pouvaient être dangereuses pour la santé. Pour la première fois, un téléphone portable vient pourtant d'être retiré du marché, en raison du niveau d'ondes électromagnétiques auquel il exposait son propriétaire. Décryptage.

Tout le monde (ou presque), de nos jours, possède un téléphone portable. Pourtant, si la plupart des utilisateurs n'y pensent pas, certains s’inquiètent du danger potentiel des ondes électromagnétiques, indispensables à son utilisation. Même si leur nocivité n'est pas établie de manière claire, des interrogations persistent quant aux effets à long terme, et la possibilité de développer un cancer, notamment chez l'enfant. Le débat est récurrent. Mais, pour la première fois, un smartphone fait actuellement l’objet d’une campagne de rappel, à cause du niveau d'ondes électromagnétiques auquel il expose son utilisateur.


Une première, en France comme à l'étranger. Le coupable en question se nomme HAPI 30, un modèle relativement basique qu’Orange commercialisait sous sa propre marque, et dont la fabrication était assurée par la société française Mobiwire. En février dernier, l’opérateur a commencé à prévenir, par courrier, les utilisateurs concernés - soit 0,3 % de ses clients selon Orange, ce qui représenterait tout de même environ 90.000 personnes dans l'Hexagone. "Ce mobile ne présente aucun risque pour la santé", assure Orange dans la lettre adressée à ses clients. 

L’anomalie se produisait uniquement "dans un cas d’usage rarissime" : au moment de "l’envoi d’un MMS sous couverture réseau 2G, alors que le clapet du mobile est fermé et qu’il est plaqué contre le corps". Ce sont les contrôles réalisés par l’Agence nationale des fréquences (ANFR) qui ont permis de déceler un dépassement du DAS (ou "Débit d’absorption spécifique autorisé"). Cet indice, exprimé en watts par kilogramme (W/kg) permet de mesurer la quantité d’énergie absorbée, sous forme de chaleur, par les tissus biologiques.


Dans les faits, de nombreux appareils sont capables de telles émissions. Un seul, cependant, nous accompagne d'assez près pour que la législation européenne exige que son indice DAS soit systématiquement spécifié : le téléphone portable. On distingue même, dans son cas, deux mesures différentes : le DAS au niveau de la tête et le DAS au niveau du tronc. Dans l'Union européenne, une limite contraignante est fixée à 2 W/kg pour ce qui est du DAS au niveau de la tête, et à 2W/kg pour le tronc, comme le recommande l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Depuis 2012, l'Agence nationale des fréquences a effectué des contrôles sur 440 modèlesGilles Brégant, directeur de l'Agence nationale des fréquences (ANSR)

La mesure DAS se fait à l'aide d'un mannequin en fibre de verre intégré dans une simple table en bois (voir vidéo ci-dessous). Un support permet de positionner avec une relative précision l'appareil à tester sous ledit mannequin, tandis qu'un bras articulé manie une sonde au-dessus de la table. Pour simuler les caractéristiques du corps humain, le mannequin est rempli d'un liquide adéquat. Une fois le tout bien calibré, le bras équipé de la sonde cherche méthodiquement le point le plus exposé aux ondes du téléphone à l'intérieur du mannequin, quand l’appareil émet au maximum de ses capacités.

"Depuis 2012, l'Agence nationale des fréquences a effectué des contrôles sur 440 modèles, explique à LCI Gille Brégant, son directeur. Nous vérifions que les résultats indiqués par les constructeurs sont exacts, en faisant passer des tests indépendants à des smartphones que nous prélevons en boutique dans l'Hexagone." Les rappels de ce type pourraient être amenés à se répéter, car l’Agence nationale des fréquences a renforcé son action de contrôle des émissions des téléphones mobiles.


Jusqu'en avril 2017, le DAS au niveau du tronc pouvait être mesuré à 5 comme à 25 mm du corps, ce qui faussait toute comparaison. Et maintenant, la mesure se fait à 5 mm obligatoirement. Depuis quelques mois, le gendarme des fréquences dispose, en outre, de nouveaux pouvoirs de sanction, en vertu de la directive européenne 2014/53/UE dite directive RED. "Dorénavant, nous pouvons infliger des amendes à l’encontre des constructeurs cas de non-respect des normes. Celle-ci peut aller jusqu'à plusieurs centaines de milliers d'euros, par unité", précise Gilles Brégant, le directeur de l'ANFR.


"Lors de nos contrôles, nous avons enregistré des dépassements sur d'autres téléphones", confie Gilles Brégant. Dans ces cas-là, les constructeurs mènent une contre-enquête. D'où la lenteur de la procédure. "Cela peut prendre plusieurs mois. A l'issue de cela, l'ANSR rendra public le nom des modèles concernés." Mais de manière générale, selon le président de l'ANFR, la tendance est à la baisse : "Les constructeurs se sont conformés aux nouvelles normes, par ailleurs la qualité des réseaux mobiles fait que les appareils émettent beaucoup moins de radiofréquences qu'il y a dix ou quinze ans", assure le directeur de l'organisme public.

Après le dieselGate, en route vers le PhoneGate ?

Le renforcement des contrôles fait également suite à l’activisme du lancer d'alerte Marc Arazi. Cet expert, médecin de formation, est à l'origine du scandale du PhoneGate. "Depuis des années, les niveaux d’exposition aux radiofréquences annoncés par les fabricants de téléphones portables sont très largement dépassés en conditions réelles d’utilisation", nous affirme l'ancien coordinateur de Priatem, une association (qu’il a quitté depuis) qui milite pour la recherche d'une implantation réfléchie des antennes-relais.


Depuis maintenant un an, grâce au combat de Marc Arazi, il est possible de connaître le niveau de radiofréquences émises par un téléphone mobile, par marque et par modèle. Pour cela, il suffit de vous rendre sur le portail de l’ANFR. Toutefois, à en croire le président de l'ONG "Alerte Phonegate", même si aucun risque avéré n’est reconnu officiellement, quelques gestes s'imposent pour limiter son exposition, ne serait-ce que par mesure de précaution. "Les fabricants respectent bien ces normes… du moins quand l’appareil n’est pas placé au contact du corps", affirme-t-il. 

Que dit la communauté médicale ?

Depuis 2011, l’OMS considère les ondes radiofréquences comme étant potentiellement cancérigènes. En France, selon le dernier rapport de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses), seule une utilisation intensive de notre téléphone portable et donc une exposition très élevée pourrait favoriser le développement d'une tumeur cérébrale. Est considéré comme un utilisateur intensif une personne qui téléphone avec son mobile plus d'une heure par jour, tous les jours, et ce pendant plusieurs années consécutives. 


Jusqu'à maintenant, aucune étude scientifique n'a réussi à prouver de façon claire que les radiofréquences pouvaient être dangereuses. En février dernier, le Programme national toxicologique américain (NTP) a publié les résultats d'une grande étude. Pendant 10 ans, environ 3000 rongeurs (rats et souris) ont été soumis à divers tests. Les plus longs ont duré deux ans, ce qui équivaut à 70 ans chez un humain, précise le NTP dans son communiqué. Que nous disent-ils ?


Premièrement, il existerait "quelques preuves d'une activité cancérigène des téléphones portables". Cette affirmation se base sur l'observation de "schwannomes malins au niveau du cœur" des rats mâles testés. Ainsi, "5,5% des rongeurs exposés au plus haut niveau d'ondes ont développé ce type de tumeurs", peut-on lire dans le compte-rendu de l'étude. A l'inverse, le groupe sans ondes n'a rien développé.Ces éléments font dire au NPT que les radiofréquences pourraient avoir un impact sur le développement de  ce type de tumeurs. Mais uniquement chez les rats mâles, le lien n'existant plus s'il s'agit de rates (comme chez les souris).

Le CIRC a conclu en 2011 que l’exposition aux champs électromagnétiques était un cancérogène possible. Depuis d’autres études épidémiologiques ont confirmé le risque de tumeurs du cerveau chez les utilisateurs les plus intenses.Dr Annie Sasco, médecin et épidémiologiste, ancienne directrice de l'Unité d’épidémiologie pour la prévention du CIRC

Pour le Dr Annie Sasco, médecin et épidémiologiste, ancienne directrice de l'Unité d’épidémiologie pour la prévention du cancer au Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), il existe désormai des "preuves évidentes" reliant le rayonnement des téléphones mobiles au développement de cancers chez les rats. "Depuis bientôt 10 ans, j’ai appelé avec d’autres médecins et scientifiques à la précaution dans l’usage des téléphones cellulaires. Le CIRC a conclu en 2011 que l’exposition aux champs électromagnétiques était un cancérogène possible. Depuis d’autres études épidémiologiques ont confirmé le risque de tumeurs du cerveau chez les utilisateurs les plus intenses", affirmait cette spécialiste, dans un communiqué, le 28 mars dernier.

Si vous n'êtes pas rassurés pour autant, plutôt que de s'envelopper d'une couverture d'aluminium comme l'acteur Chuck McGill dans la série américaine "Better Call Saul", le plus simple reste d'utiliser un kit main libre et d'opter un smartphone avec un DAS faible. 

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