Violentée par un pervers narcissique, elle se livre : "Il m’a fait le plus beau cadeau du monde en me donnant un fils mais m’a fait vivre un enfer"

Santé
TÉMOIGNAGE – A l’occasion de la journée internationale de l’élimination de la violence faite aux femmes, Emma, 51 ans, raconte les tourments d’une spirale infernale.

Emma, la trentaine, pensait avoir rencontré l’homme de sa vie. Mais plus le temps passe, plus il se dévoile : c’est un pervers narcissique. Humiliations, violences physiques et psychologiques…Elle encaissera, tout comme leur fils. Après leur séparation, c’est par le biais du petit garçon qu’il se vengera. S’en suivra une longue bataille juridique. LCI a recueilli son témoignage. 

LCI : En août dernier, vous avez décidé de raconter votre calvaire dans un livre. Pourquoi ?

Emma : Mon fils Lucas*, qui a aujourd’hui 21 ans et étudie les Lettre Modernes a publié un livre où il raconte notre histoire ("Et moi alors ?", Les éditions du Net, 2015). Il y a eu un véritable engouement. Sur la page Facebook, de nombreuses mamans, et même des papas, sont venus nous demander de l’aide. A ce moment-là, j’ai repris les commandes pour le préserver. Dans son livre, Lucas parle de sa souffrance. Dans le mien ("Je voulais juste protéger mon enfant et l’entendre rire à nouveau", Les éditions du Net, 2016), je livre des conseils pour s’en sortir, ou du moins tenter de le faire, grâce à mon expérience. La "version maman" de notre histoire. Vous savez, je suis loin d’être la seule à vivre ça et je voulais donner un peu de l’aide que je n’ai pas reçue.

LCI : Vous décrivez le père de Lucas comme un pervers narcissique. Qu’entendez-vous par là ?

Emma : Je l’ai rencontré sur un site de rencontre. J’avais 32 ans, il en avait 30. Au début, il avait tout du prince charmant. Je ne m’en suis pas rendue compte à l’époque mais il s’adaptait à ce que je lui disais ou à ce que je faisais. Son but était de me plaire et finalement d’étendre son emprise sur moi. Petit à petit, je me suis rendue compte de ses travers. Ça a commencé par des demandes sexuelles déviantes et un dénigrement de ma famille et de mes amis. Lorsque j’ai voulu mettre de la distance entre nous, je suis tombée enceinte. C’était un second départ. Il m’a fait le plus beau cadeau du monde en me donnant un fils mais m’a fait vivre un enfer par la suite. Il soufflait constamment le chaud et le froid sur notre relation. Une heure il était adorable, la suivante, exécrable. C'est déjà arrivé qu'il refuse que je prenne mon bébé dans les bras par exemple.

LCI : Était-il violent physiquement ?

Emma : Oui, il m’a déjà giflé. Je me suis d’ailleurs percée un tympan en tombant contre une armoire. La pire fois a été quand il m’a donné un coup de poing alors que j’avais Lucas dans les bras. On est tombé tous les deux à terre. Je saignais et j’ai eu très peur que ça soit le sang de mon fils.

LCI : Pourquoi ne pas avoir l’avoir quitté ou porté plainte dès les premières formes de violences ?

Emma : J’avais très peur. Il me disait que si je le quittais, il me ferait passer pour folle pour qu’on m’enlève mon enfant. J’étais fragile à l’époque. Il le savait. Et malgré tout, j’avais des sentiments pour cet homme. Il était solitaire, rejeté par sa famille et souffrait beaucoup. Je l’excusais. Finalement, c’est lui qui m’a quittée pour une autre femme. Lucas avait 4 ans. Ça m’a détruite.

LCI : Comment s’est passée la garde alternée ?

Emma : On s’est arrangé pour ne pas passer au tribunal. Il venait récupérer Lucas de temps en temps le weekend. Bizarrement ou pas, il s'est montré jaloux quand j’ai commencé à reprendre du poil de la bête. Il s’est vengé sur mon fils en me rabaissant devant lui, puis en le rabaissant lui. Pour Lucas, ça a été très dur au point qu’il ne voulait plus aller chez son père. Il avait peur, se cachait. A 10 ans, quand il est rentré de chez son père, il m’a clairement dit qu’il ne voulait plus y aller. Personne n’a jamais su ce qu’il s’était passé mais Lucas n'a plus été le même.

LCI : La justice vous a condamné plusieurs fois pour non représentation d’enfant et vous a finalement donné gain de cause des années plus tard. Etes-vous en colère ?

Emma : Plus maintenant. Au cours de ma bataille judiciaire, des policiers m’ont entendue et conseillée, d’autres m’ont dénigrée. Pareil du côté des magistrats. Les experts, eux, se contredisaient sur le profil psychologique du père même si le premier rapport révélait déjà une faille narcissique. J’ai perdu beaucoup de plumes dans ce combat. J’ai même été un moment en liberté conditionnelle, comme une criminelle, alors que je voulais juste protéger mon enfant. Les pervers narcissiques excellent dans la manipulation. Depuis, je me suis remariée et j’ai tourné la page.

LCI : Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à une femme ou à un homme qui se retrouve confronté à la même situation que vous ?

Emma : De prendre du recul. Essayer de faire abstraction des menaces. Il faut être plus malin que ces gens, tout noter, récolter toutes les preuves pour constituer un dossier. Si les pervers narcissiques arrivent à nous tromper, il faut garder en tête qu’ils sont capables de rouler tout le monde dans la farine. Mais surtout, il ne faut jamais baisser les bras.

*Le prénom a été modifié

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