Un million de tests Covid par mois dans les écoles : l'objectif est-il tenu ?

Un million de tests Covid par mois dans les écoles : l'objectif est-il tenu ?

DÉPISTAGES - Le gouvernement a affiché des objectifs élevés en matière de dépistage dans les écoles. Pas encore atteints, ils se heurtent parfois à des difficultés et des réticences sur le terrain.

"Nous avons monté un protocole qui vise à dépister jusqu’à un million d’enfants et d’enseignants par mois, ce qui est énorme. En descendant le dépistage jusqu’à l’âge de 6 ans, partout là où ça fait sens." Mi-janvier, Olivier Véran affichait les ambitions du gouvernement en matière de dépistage en milieu scolaire. Un volontarisme repris à son compte par le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer.  En visite le 1er mars en Haute-Saône, il indiquait miser sur 300.000 tests par semaine au 15 mars à l'échelle nationale.

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Une stratégie offensive qui suscite aujourd'hui des critiques. La dernière en date vient de Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Tenon et membre de la cellule de crise de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris. Au micro de France Inter, il a dénoncé un système "totalement déconnant" à l'école : "On a des décisions politiques et la faisabilité qui est déconnectée", a-t-il lancé, précisant : "Les tests ne sont pas là".

Les 300.000 tests hebdomadaires pas encore atteints

Où en sommes-nous  des objectifs fixés par le gouvernement ? Contacté par LCI, le ministère de l'Éducation nationale indique avoir fourni dans son compte rendu hebdomadaire "les premiers chiffres concernant le dépistage salivaire pendant la semaine du 15 au 19 mars", en attendant de nouvelles données attendues le 2 avril. Le document précise ainsi que 320.285 tests ont été "proposés" ce qui fait écho aux 300.000 évoqués par Jean-Michel Blanquer. 

À ceci près que les enseignants et les élèves ne sont pas tenus d'accepter de se faire tester. En conséquence, le nombre de tests effectivement réalisés est inférieur : 200.404 tests salivaires ont été effectués, "très majoritairement dans les écoles primaires", précise le ministère, ajoutant que dans le secondaire, ce sont des tests nasopharyngés qui sont proposés. Sachant que "l’école primaire compte cette année 4,189 millions d'élèves" et que "les maternelles ne sont pas testées, le calcul nous amène à 4,8% d’élèves du primaire testés".

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Peu invasifs, les tests salivaires demandent requièrent toutefois le respect de certains protocoles. Il est ainsi nécessaire de récolter une quantité suffisante de salive, tandis que la récolte d'échantillon doit être effectuée "30 minutes après la dernière prise de boisson, d'aliment, [...] d'un brossage des dents ou d'un rinçage bucco-dentaire", précise la Haute Autorité de Santé (HAS). 

Si des enseignants pourraient en théorie les réaliser, une option initialement envisagée, ces derniers sont rapidement montés au créneau. Ils ont sollicité la mobilisation de professionnels qualifiés, à commencer par les infirmiers et médecins scolaires, jugés plus qualifiés. "Il y a une responsabilité qui est engagée. Nous ne faisons pas partie, nous enseignants, des personnels qui sont habilités à faire passer des tests", estimait sur France Info Guislaine David, secrétaire générale et porte-parole du SNUipp-FSU.

Des missions détournées ?

Dans les établissements scolaires, les avis relatifs à cette campagne de dépistage sont mitigés. Si l'on se réjouit que le ministère cherche à prévenir au maximum les risques et que le renforcement des protocoles ait abouti à un abaissement des seuils de contaminations à partir desquels fermer des classes en zone rouge, on s'interroge sur les moyens mis à disposition. Très sollicité(e)s, les infirmiers et infirmières scolaires se retrouvent en première ligne et assurent aujourd'hui une bonne partie des tests effectués. 

"On a annoncé 300.000 tests salivaires par semaine sans avoir le personnel pour le faire et sans avoir le personnel scolaire volontaire", glisse Saphia Guereschi, secrétaire générale du SNICS-FSU, le syndicat majoritaire des infirmier(e)s de l'Éducation nationale. Elle reconnaît une montée en charge notable depuis janvier, tout en regrettant une forme d'improvisation, "les professionnels ne sachant au départ pas où ni comment allaient se dérouler les tests".

"On mobilise du personnel de santé de l'Éducation nationale en priorité", poursuit Saphia Guereschi, "des personnels qui ont déjà d'autres missions et qui doivent normalement assurer l'accueil et la prise en charge de jeunes en difficulté". Un rôle "essentiel, surtout dans la période actuelle", qu'il est impossible d'endosser convenablement. Il s'agit d'un dispositif ambitieux, reconnaît la représentante syndicale, "mais il faut pouvoir mettre le personnel en face". Parmi les solutions proposées : le recours à la sécurité civile, mais aussi à des infirmiers libéraux. 

Libérer les infirmiers scolaires du geste technique, voilà ce que souhaite le SNICS-FSU, estimant que ses membres pourraient "se concentrer davantage sur la mise en place et l'incitation à se faire tester auprès des élèves", ainsi qu'à une supervision des opérations, de sorte à pouvoir "intervenir efficacement à chaque fois qu'il y a un cas positif". Dernier aspect mis en avant : l'absence de recours aux autotests. "Les enseignants seraient en capacité de s'autotester", glisse Saphia Guereschi, tandis que les parents "seraient capables de tester les enfants et se verraient responsabilisés".

La HAS a jugé pertinent le recours à ces autotests pour les plus de 15 ans, indiquant qu'elle évaluerait prochainement l'opportunité de l'élargir à la tranche 10-15 ans. Cependant, la distribution de ces tests est aujourd'hui au point mort. Les autorités de santé estiment en effet plus judicieux pour l'heure d'empêcher leur vente directe au grand public. "Les représentants de la profession pharmaceutique alertent sur les risques encourus en cas de mise à disposition directe au public, qui ne respecterait pas les recommandations de la Haute autorité", indiquait le 18 mars l'Ordre national des pharmaciens, dont les avertissements ont été entendus. Un choix incompréhensible aux yeux du SNICS-FSU, pour qui ces autotests représentent une aubaine. 

En résumé, les objectifs de 1 million de tests mensuels ou de 300.000 tests salivaires hebdomadaires ne sont pour l'heure pas atteints, et ce malgré l'embauche de 1700 "médiateurs", censés épauler les infirmiers et médecins scolaires. Une accélération du nombre de tests a bien été observée depuis la mi-janvier, mais elle se heurte toujours à une série d'écueils : le besoin de moyens humains afin d'assurer les prélèvements, ainsi qu'un manque d'enthousiasme des élèves et du corps enseignant, qui ne sont pas toujours enclins à se faire tester. Les prochains chiffres fournis par le ministère de l'Éducation nationale devraient toutefois permettre de mesurer l'évolution de la mobilisation, en attendant une possible fermeture des écoles en raison de l'aggravation de la situation sanitaire.

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