Trois fois plus de décès liés à l'alcool en France qu'aux Etats-Unis ?

La consommation d'alcool en France recule, mais reste importante par rapport à de nombreux pays.

MORTALITÉ - Les autorités sanitaires américaines alertent sur la très forte hausse des décès liés à l'alcool lors des dernières décennies. En France, la tendance est inverse. Mais le nombre de décès liés à l'alcool est proportionnellement bien supérieur.

"L'Amérique a un problème avec l'alcool". Voici le titre sans ambiguïté d'un article publié ces derniers jours par le magazine The Atlantic. Une publication qui s'appuie sur des données préoccupantes récoltées par les autorités de santé outre-Atlantique, mettant en avant une hausse significative de la consommation d'alcool dans la population et de la mortalité qui lui est associée.

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Passées globalement inaperçues en France, ces données ont été mises en lumière par une journaliste sur les réseaux sociaux. Souhaitant dénoncer l'influence des lobbies de l'alcool en France, elle a effectué une comparaison avec des chiffres relatifs à l'Hexagone. Elle assure qu'ils sont proportionnellement presque trois fois supérieurs chez nous (41.000 décès pour 67 millions d'habitants, contre 71.000 pour 328 millions d'habitants). Si les dynamiques observées entre les deux pays diffèrent très largement, ce parallèle est juste.

La France part de loin

Jeter un œil aux données de l'OMS permet de constater qu'en volume d'alcool pur consommé par an, les Français sont au-dessus des Américains avec 12,6 litres par an et par personne de plus de 15 ans, contre 9,8 outre-Atlantique. Il faut toutefois rapidement noter que les types d'alcool consommés varient de manière très nette. Quand nous buvons une majorité (59%) de vin, la bière (47%) est plébiscitées aux États-Unis.

Le chiffre de 70.000 morts par an avancé par The Atlantic est facile à retrouver et confirmer. Il provient d'une publication de l'Institut national américain sur l'abus d'alcool et l'alcoolisme (NIAAA), datée de janvier. Les données font état de 72.558 décès très exactement en 2017. Quid des quelque 41.000 morts en France mis en parallèle ? Là encore, un détour du côté des sources officielles permet d'en retrouver l'origine. Cette estimation provient d'un bulletin épidémiologique hebdomadaire de Santé Publique France daté du 19 février 2019. Un constat effectué pour l'année 2015 et qui faisait conclure à l'agence que l'alcool était la deuxième cause de mortalité dite "évitable" dans notre pays.

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Quelques brefs calculs sont ensuite nécessaires pour rapporter ces décès à la population totale des deux pays. Ils mettent en avant une proportion de morts presque 3 fois supérieure (2,85) dans l'Hexagone. Les États-Unis, s'ils affichaient une mortalité liée à l'alcool identique à la nôtre, enregistreraient un peu plus de 200.000 décès chaque année liés à cette cause. Si l'on s'intéresse à des rapports de l'OMS, on apprend par ailleurs que la part des décès liés à l'alcool parmi toutes les causes de mortalité est logiquement plus élevée en France qu'elle ne l'est outre-Atlantique (5,9% contre 4,8%). Ces chiffres demeurent néanmoins assez faibles par rapport à ceux observés en Russie (21,6% des décès imputables à l'alcool), à la Lituanie (24,5%) ou à l'Ukraine (20,5%). De manière générale, on boit (et on en meurt) davantage en Europe et en Europe de l'Est qu'ailleurs dans le monde, même si le Vieux continent est l'un des rares territoires où l'on observe une diminution des volumes consommés.

Les volumes, justement, sont à prendre en compte. Si la France affiche des données de mortalité plus importantes que les États-Unis, notre pays se trouve dans une dynamique totalement différente. Quand le nombre de décès a doublé en moins de 20 ans côté américain, les indicateurs montrent au contraire un recul dans l'Hexagone. Santé Publique France met en avant une baisse constante de la consommation depuis 1960, malgré des niveaux toujours élevés. Si 87% des 18-75 ans consomment de l’alcool au moins une fois par an, un chiffre bien plus élevé que dans une majorité de pays, la tendance est plus inquiétante aux États-Unis. En début d'année, lorsqu'il a présenté les dernières données disponibles, le directeur du NIAAA a fait part de sa préoccupation : il a souhaité que le rapport de l'agence constitue "un signal d'alarme sur la menace croissante que représente l'alcool pour la santé publique", alors que les États-Unis ne déploraient "que" 35.914 morts dus à l'alcool en 1999. 

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