Trop d'antibiotiques : attention danger !

Santé

MÉDICAMENTS – La France est en tête... des pays européens où la consommation des antibiotiques est trop élevée. L'Agence du médicament alerte sur le danger créé. On vous explique pourquoi.

Les recommandations n'ont pas suffi. La consommation d'antibiotiques est repartie à la hausse depuis 2010 (+5,9%). L'Agence du médicament (ANSM) alerte sur cette tendance et montre du doigt le risque d'antibiorésistance. Concrètement, les microbes, et plus particulièrement les bactéries, ont la particularité de s'adapter aux antibiotiques, explique à metronews le spécialiste de bactériologie Antoine Andremont, auteur d'Antibiotiques, le naufrage (Bayard).

Chasse au gaspillage d'antibiotiques

La plupart sont tuées par ce médicament, mais certaines résistent : "C'est comme le premier jour d'un gros orage, personne n'a pris de parapluie, tout le monde est mouillé sauf celui qui en a toujours un sur lui. Le deuxième jour, tout le monde a son parapluie. De même, quand une bactérie a appris à se protéger contre une pluie d'antibiotiques, elle montre aux autres comment faire."

Pendant longtemps, cette capacité d'adaptation des bactéries ne posait pas de problème puisque l'on développait de nouveaux antibiotiques. La médecine avait un temps d'avance. Mais depuis les années 1980, "les ressources antibiotiques sont limitées" et les bactéries, donc, de plus en plus résistantes. D'où l'importance de cette "chasse au gaspillage d'antibiotiques".

Plus de médecine de pointe sans antibiotiques

"Bien utilisés, les antibiotiques sont un médicament miracle", souligne le professeur Andremont. Sans eux, les infections urinaires pourraient de nouveau être suivies de complications mortelles, comme une septicémie. Dans un monde sans antibiotiques, c'en serait fini de la médecine moderne, des greffes, de la chimiothérapie, de la réanimation, qui mettent les patients dans un état fragile intraversable sans antibiotiques. Le médecin généraliste Sauveur Boukris, auteur du livre Enfin guérir – Quand la médecine classique ne suffit plus (Cherche-midi), rappelle donc à metronews que la prescription d'antibiotiques n'est pas faite de gaieté de cœur : "Ce n'est pas nous qui créons les infections, nous ne faisons que les traiter."

Et pourtant, en médecine de ville, de nombreuses prescriptions d'antibiotiques n'ont pas lieu d'être : 70% se rapportent à des affections des voies respiratoires, selon l'ANSM. Alors que "beaucoup sont virales", ajoute le professeur Andremont. Mais, pour le savoir, encore faut-il avoir à sa disposition des tests comme celui qui permet de savoir si une angine est ou non virale . Plutôt que de jeter la pierre aux médecins, le professeur de bactériologie appelle les pouvoirs publics à relancer la campagne "Les antibiotiques, ce n'est pas automatique".

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