Un couvre-feu strict est-il plus efficace qu'un confinement "light" ?

L'OMS n'est pas hostile aux confinements, mais ne les voit pas comme une réponse unique à la crise sanitaire.

MESURES – Pour briser le plateau épidémique constaté ces derniers jours, le gouvernement a annoncé la mise en place d'un couvre feu plus strict que prévu. Quels sont les effets attendus ce celui-ci ? Elements de réponse.

Face aux mauvais chiffres, le gouvernement a dû revoir sa copie. A partir du 15 décembre, un couvre-feu plus strict que prévu sera mis en place : les établissement recevant du public devront rester fermés et l'horaire de ce couvre-feu sera avancé à 20h et non plus 21h. La raison ?  Le nombre de nouveaux cas décelés par jour, qui devait tomber sous les 5.000 avant cette date, se situe à près de 14.000 par jour. Une statistique que la mise en place des tests antigéniques, gros pourvoyeurs de nouveaux cas positifs, ne suffit pas à expliquer. "Ce soir, par exemple, on compte près de 14 000 nouveaux cas en 24 heures, alors qu’il n’y en avait que 12 000 jeudi dernier", a détaillé Olivier Véran jeudi soir lors des annonces gouvernementales. Et dans les hôpitaux, la situation n’est pas non plus au beau fixe. "Il y aura plus de malades encore hospitalisés au 15 décembre qu’il n’y en avait au 11 mai lors du déconfinement", a indiqué ce dernier, expliquant concrètement qu’un nouveau malade du Covid-19 était hospitalisé toutes les minutes et qu’un patient entrait en réanimation toutes les sept minutes en France. 

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Une stagnation depuis mi-novembre

Pourquoi la France a-t-elle connu une forte baisse des contaminations avant d'atteindre ce "plateau" épidémique sous lequel elle ne parvient pas à passer ? "Ce que l’on voit depuis le milieu du mois de novembre, c’est une stagnation de la situation", confirme la Pr Dominique Costagliola, sur France Info. L’épidémiologiste explique cela par "la réouverture des écoles et par un confinement 'light'", et puis probablement par la baisse des températures pouvant favoriser la circulation du virus. 

La Pr Costagliola met ensuite en avant une baisse des indicateurs épidémiologiques "les 15 premiers jours de novembre" et estime qu’"il est probable que la baisse s’explique par les mesures prises avant le confinement, c’est-à-dire le couvre-feu, mais aussi la fermeture des écoles". Par ces propos, on comprend que le couvre-feu a permis de ralentir considérablement l’épidémie, à la différence du confinement qui, dans sa deuxième version, est plus allégé que le premier. Ainsi, les écoles sont restées ouvertes durant toute cette période et les magasins ont fermé un mois, contre deux au printemps dernier. 

2 à 3 semaines pour mesurer des effets

On sait qu’il faut deux à trois semaines pour mesurer l’effet d’une restriction. En regardant les chiffres, on peut ainsi observer que les indicateurs commencent à baisser deux semaines après la mise en place du couvre-feu, le 24 octobre, et qu’ils stagnent à partir de la deuxième semaine de novembre, soit deux semaines après l’entrée en vigueur du reconfinement, le 30 octobre. Santé Publique France (SPF) constate ainsi "un léger ralentissement de la circulation virale" dans son bulletin du 12 novembre (qui reprend la situation des sept derniers jours), avec une diminution du nombre de nouveaux cas de 14%, du taux de positivité de 1,5 point, mais une augmentation forte du nombre de décès de 29%. Cette baisse amorcée ne peut être due au reconfinement, instauré depuis une semaine. Pour juger de ses effets, il faut donc regarder les semaines suivantes.

Dans son bulletin hebdomadaire du 19 novembre, SPF confirme la baisse enclenchée la semaine précédente ainsi que le franchissement du pic épidémique, mais prévient : les indicateurs restent à des niveaux trop élevés. SPF observe alors, depuis sept jours "des diminutions simultanées du nombre de nouveaux cas confirmés (-40%), des hospitalisations (-13%) et des admissions en réanimation (-9%)" et une première stabilisation du nombre de décès avec une baisse de 2%.

Seulement 6% de nouveaux cas en moins

Le ralentissement de l’épidémie se confirme les deux semaines suivantes, mais avec une tendance à la stagnation. Dans son bilan du 26 novembre, SPF constate une baisse sur la semaine du nombre de nouveaux cas de 38%, des hospitalisations de 22% et des entrées en réanimations de 25%. "Une première tendance à la diminution est observée en semaine 47 mais reste à confirmer dans les prochaines semaines", note ici Santé Publique France. Dans celui du 3 décembre, SPF indique une diminution du nombre de nouveaux cas de 34%, des hospitalisations de 31% et des entrées en réanimation de 33%. Le nombre de morts, lui, baisse de 25%. Aujourd’hui, les courbes des nouveaux cas et des réanimations stagnent toujours, de manière visible. 

Selon Covid Tracker, outil de modélisation de l’épidémie, le nombre de nouveaux cas détectés est en baisse de seulement 6% par rapport à la semaine dernière et les places en réanimations de 13%. Ce que nous a confirmé Pierrick Tranouez, chercheur à l’université de Rouen contribuant à l’outil de modélisation CoVprehension : "On a eu une belle descente (du nombre de nouveaux cas, ndlr) au début du confinement mais la descente s’aplatit de plus en plus. Et sur une moyenne glissante sur sept jours, la courbe en réanimation s’aplatit depuis le 2 décembre."

La Guyane, modèle pour la métropole

Si l’on revient sur les effets spécifiques du couvre-feu, le premier département à l’expérimenter a été la Guyane. Et elle a servi de modèle pour instaurer cette mesure restrictive dans la métropole, bien que les réalités du climat et des modes de vie soient difficilement comparables. En octobre, les autorités de santé ont expliqué combien la mesure, instaurée dès le mois de mars, avait été efficace. "Du fait du couvre-feu, nous avons bénéficié d’une réduction de moitié du pic d’hospitalisations en réanimation. Le couvre-feu a réduit immédiatement d’un tiers la circulation du virus et ça a eu un effet immédiat", avait indiqué le 13 octobre Clara de Bort, directrice générale de l’ARS Guyane, sur France Info. 

Et Olivier Véran, d’appuyer deux jours plus tard : "On a noté vraiment une cassure dans la courbe épidémique et qui s’est maintenue dans la durée". Les DOM-TOMS suivant leur propre calendrier de déconfinement en raison d’une réalité épidémique différente de la métropole, le confinement a été levé mardi 8 décembre en Martinique, pour laisser place à un couvre-feu d’une semaine de 21h à 4h du matin.

Si le confinement allégé a permis de ralentir l'épidémie dans le pays, il n'a pas provoqué de chute nette de tous les indicateurs. C'est pourquoi le gouvernement n'a pas souhaité la levée totale des mesures de restrictions - notamment en prolongeant la fermeture des musées, théâtres et cinéma et en imposant un couvre-feu qui a désormais 3 semaines pour démontrer son efficacité.

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