Un demi-milliard de masques en stocks : la France en a-t-elle trop ?

Depuis le 20 juillet, le port du masque est obligatoire en France dans tous les lieux clos

EXCÉDENT - La ministre déléguée à l'Industrie, Agnès Pannier-Runacher, a indiqué ce jeudi que les stocks de masques étaient "largement en capacité de servir tous les Français". Qu'en est-il ? Nous avons interrogé producteurs, pharmaciens et grande distribution.

Mars, avril, mai, juin... A chaque mois, sa doctrine du masque. Jusqu'au 18 mars, le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, s'inquiétait "de voir beaucoup de gens avec des masques dans la rue" alors que ces derniers étaient réservés aux professionnels de santé. Puis, son usage a été vivement recommandé à partir du mois de mai lors du déconfinement, avant de devenir obligatoire dans tous les lieux clos depuis le 20 juillet. 40 millions de masques vont être envoyés aux 7 millions de Français les plus précaires. De quoi satisfaire un usage suffisant pendant 3 mois. Mais pour l'ensemble du pays, y aura-t-il assez de stocks  ou au contraire, la France est-elle désormais en "surproduction" ? Jeudi, Agnès Pannier-Runacher. la ministre déléguée à l'Industrie a assuré qu'il y avait "beaucoup de stocks" et que la production nationale était suffisante. Pénurie ou stocks excessifs... qu'en est-il vraiment ?

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Une surproduction de masques en tissu

Du côté des protections certifiée en tissu, c'est plutôt la surproduction qui domine. Comme l'explique à LCI Pierric Chalvin, délégué général d’Unitex, un organisme qui rassemble plusieurs entreprises du textile. "Aujourd'hui, nous avons plus 22 millions de masques en tissu sur les bras au niveau national. Sans compter la quantité importante de tissu stockée, faute d'être transformées en masques pour le moment". 

Souvenons-nous il y a quelques mois au plus fort de l'épidémie, l'industrie tricolore textile et de la mode s'était immédiatement mobilisée pour convertir ses lignes de production afin de proposer une protection pour tous les Français. Et si durant les premières semaines de l'épidémie ces derniers se sont tournés vers ces masques Made in France, la possibilité d'acheter des masques chirurgicaux en grande surface à partir du 4 mai a entraîné un effondrement des ventes pour ceux en tissu. Les entreprises textiles se sont retrouvées en surproduction. D'ailleurs, Pierric Chalvin rappelle que "les usines ont diminué la production" mais que "les capacités actuelles sont de l'ordre de 25 millions de masques en tissu par semaine". 

Les pharmacies ont fait le plein

Du côté des officines, on est très loin de l'approvisionnement au compte-goutte des débuts de l'épidémie et des files d'attente des clients. "Les stocks sont pleins", assure à LCI le président du Conseil Central de l'Ordre des Pharmaciens, Pierre Béguerie. "Au plus fort de la pandémie, les pharmaciens ont multiplié les commandes de masques pour les proposer aux professionnels de santé, puis aux particuliers. Puis quand les distributeurs ont pu en vendre aussi, nos ventes ont baissé et nous nous sommes retrouvés avec un stock important", qu'il s'agisse de masques sanitaires ou en tissu. Si Pierre Béguerie reconnaît que la demande de masques est repartie à la hausse depuis l'obligation d'en porter un dans les lieux clos, "il n'y a plus aucune inquiétude pour l'approvisionnement maintenant". 

Un demi-milliard de masques en stock

Au plus fort de l'épidémie, les professionnels de santé étaient confrontés à de grandes difficultés pour s'équiper correctement. Pour pallier le plus rapidement possible à cette pénurie, le gouvernement a pris un décret de réquisition applicable durant toute la durée de l'état d'urgence. L'ensemble de la production nationale de masques sanitaires a ainsi été attribuée aux établissements de santé. Lors de son audition à l’Assemblée nationale en juin dernier, Jérôme Salomon assurait que 3,7 milliards de masques avaient été commandés et que 772 millions avaient été distribués durant la crise sanitaire.  

Si aujourd'hui le décret de réquisition n'a plus cours, la DGS nous indique que le stock de masques à usage des professionnels de santé est d'environ un demi-milliard au total. "Des commandes massives de l'Etat, à hauteur de 4 milliards, permettent d'éviter toute pénurie", précise-t-elle à LCI. Sans oublier que la France a acquis une large autonomie de production. Alors que le pays ne pouvait produire que 3,5 millions de masques sanitaires par semaine en janvier, la capacité hebdomadaire atteint désormais 30 millions de masques chirurgicaux et 20 millions de FFP2. 

La grande distribution gère ses "commandes importantes"

Lorsque les distributeurs ont reçu l'autorisation de vendre à leur tour des masques sanitaires et en tissu au mois de mai, les différentes enseignes se battaient pour savoir qui auraient la plus grande quantité en pré-commande : 90 millions pour Intermarché, 170 millions pour Leclerc ou encore 175 millions du côté de Carrefour. Les premiers jours de vente ont donné lieu à quelques scènes de cohue, mais les files d'attente ont rapidement disparu des grandes surfaces et il est possible d'acheter ses masques sanitaires ou en tissu sans risque de trouver un rayon vide.

Si aucune des enseignes contactées ne nous a communiqué le chiffre des stocks actuellement détenu, la Fédération du commerce et de la distribution contactée par LCI indique que "les distributeurs ont passé des commandes importantes pour répondre, d’une part, à la demande immédiate au moment du déconfinement, et d’autre part, à la demande sur le plus long terme" et comme "les relations avec leurs fournisseurs étant désormais établies depuis plusieurs mois, il n’existe pas de raison de craindre des difficultés d’approvisionnement". 

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