Un embryon numérique pour un enfant "parfait"

Un embryon numérique pour un enfant "parfait"

Santé
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SCIENCES - Un laboratoire américain est capable de mettre au point un fœtus digital en combinant virtuellement l'ADN de la mère avec celui du père ou donneur de sperme pour dépister d'éventuelles maladies génétiques bien avant une grossesse. Le procédé a été breveté en janvier dernier et suscite déjà de nombreuses questions d'éthique.

L'enfant "parfait" grâce à un embryon sur mesure. Voilà ce que promet le laboratoire américain GenePeeks depuis quelque temps. Ce dernier s'adresse aux futurs parents souhaitant savoir si leur enfant sera en bonne santé avant même d'être conçu. Comment ? Les chercheurs estiment le risque de maladies génétiques en se basant sur un fœtus digital élaboré grâce à un procédé appelé "The matchright technlogy". Concrètement, les ADN des deux géniteurs sont combinés à partir de salive et un algorithme évalue l'état de santé - théorique - de l'enfant à naître.

Ce procédé, breveté en janvier dernier et disponible fin avril se destine aux banques de sperme et aux cliniques de fertilité. "Lorsque vous êtes à la recherche d'un donneur, la santé de votre enfant est la chose la plus importante. D'où le choix d'un donneur ayant des antécédents de santé solides. GenePeeks consulte les risques de maladies cachées à l'intérieur de l'ADN . Notre technologie prédit comment vous et les gènes d'un donneur interagissent pour voir si votre enfant est exposé à des maladies qui ne sont pas incluses dans le processus de sélection d'une banque de sperme", explique le laboratoire.

Jusqu'où s'arrête la sélection ?

Grâce à cette analyse, la société promet à la future mère un catalogue personnalisé de donateurs, afin qu'elle puisse faire un choix plus confiant. Ce service de simulation a néanmoins un coût important puisqu'il faut débourser pas moins de 1 500 euros pour y accéder. De plus, si ce dernier détecte plus de 500 maladies génétiques pour lesquelles les mutations sont bien connues comme la mucoviscidose, il ne peut pas encore détecter le risque d'anomalies chromosomiques qui se produisent pendant ou après la fécondation et qui entraîne des maladies comme la trisomie 21(le syndrome de Down).

Mais ce sont surtout des questions éthiques que se posent certains scientifiques : visualiser son bébé avant qu'il soit né est un scénario digne du roman 1984 de George Orwell, la frontière avec l'eugénisme semble mince... Pourquoi ne pas aller plus loin en proposant, outre un enfant exempt de toute maladie, un enfant conforme à ses souhaits physiques ? Il suffit pour cela de sélectionner les gènes adéquats. La société se défend d'une telle dérive en précisant sur son site Internet que les résultats précis ne sont pas divulgués : la réponse porte uniquement sur la viabilité du ou des donneurs.

"Nous sommes tous porteurs de mutations. Faut-il affoler les donneurs sans pouvoir leur expliquer les risques qui en découlent ? Certaines situations extrêmement angoissantes pour des individus chez qui on découvrirait une mutation potentiellement grave", explique au Figaro le Pr Louis Bujan, président de la Fédération des Cecos (Centres d'études et de conservation des œufs et du sperme). Malgré ces réticences, GenePeeks espère bientôt découvrir, les origines génétiques liées à d'autres maladies plus complexes (diabète, schizophrénie, autisme) et surtout développer son concept dans le monde entier.

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