Un médecin intérimaire à l’hôpital peut-il être facturé 3000 à 4000 euros par jour ?

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SALAIRES- Sur LCI, Christophe Castaner a évoqué la dérive de l’intérim à l’hôpital public, l’illustrant par des montants exorbitants facturés par certains praticiens. Si la pratique existe depuis des années, elle n’est pas quantifiée précisément par la Fédération hospitalière de France.

Se félicitant de la revalorisation salariale des soignants à l’occasion du Ségur de la Santé, le président du groupe LaREM à l’Assemblée nationale a voulu alerter mercredi 17 novembre sur les dérives du système de l’intérim à l’hôpital public, liées au manque d'effectifs. "Aujourd’hui, certains passent par des boites d’intérim et un médecin à l’hôpital peut être facturé 3000 à 4000 euros par jour", a avancé Christophe Castaner sur le plateau de LCI. Nous avons cherché à distinguer le vrai du faux.

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D’abord, le député connait bien le sujet puisqu’il a lui-même rédigé une proposition de loi visant à encadrer les rémunérations des intérimaires médicaux, en compagnie de trois autres députées de la majorité, dont Stéphanie Rist qui donnera son nom à la future loi. En substance, celle-ci va plus loin que le décret en vigueur, qui fixe un plafond rémunérant les médecins venant remplacer ses confrères absents à l’hôpital à hauteur de 1170 euros maximum. Reportée à 2022 en raison de la crise sanitaire et du besoin de main d’œuvre, la loi Rist vise à mieux contrôler ces rémunérations en prévoyant de nouvelles sanctions à l’encontre des établissements qui ne respecteraient pas le plafonnement actuel.

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Christophe Castaner : L’Interview Politique du 17 novembre 2021

En pratique, l’hôpital public ne peut se permettre de ne pas fonctionner s’il n'a pas assez de main d'œuvre, selon le principe de la continuité du service public. Et cette nécessité donne lieu à de véritables enchères : chaque médecin intérimaire facture sa mission comme il l’entend puisque l'offre est forte. "Tout le monde sait que ça existe et que c’est assez répandu. L’enjeu maintenant est d’enrayer la tendance", nous confirme Amélie Roux, responsable des ressources humaines à la Fédération hospitalière de France (FHF). Si la fédération a bien des remontées de terrain, celles-ci ne sont pas exhaustives puisqu’il s’agit de montants irréguliers. De plus, la FHF n’a jamais cherché à mener d’enquête sur le sujet. Seule certitude, "c’est moins courant dans des endroits attractifs de la côte méditerranéenne que dans des déserts médicaux".

En réalité, le phénomène des factures exorbitantes dans l’intérim médical perdure depuis des années. En 2013, Olivier Véran, alors simple député et médecin de profession, rédigeait un rapport intitulé "Hôpital cherche médecins, coûte que coûte" pour en finir avec le "mercenariat" de l’intérim médical. Il chiffrait alors le surcoût de l’intérim (légal comme illégal) à 500 millions d’euros pour les hôpitaux. Mais comment chiffrer aujourd’hui ces surfacturations illégales ? Et surtout, d’où viennent les montants de 3000 à 4000 euros évoqués par Christophe Castaner ? Renvoient-ils à une réalité au sein de l’hôpital public ? 

"Les maîtres chanteurs de l'hôpital public"

Il est probable que le député des Alpes-de-Haute-Provence se soit appuyé sur le ministre de la Santé. Dans un entretien à Libération le 27 octobre dernier, Olivier Véran s’est expliqué sur le report de la loi Rist à l’an prochain. Et s'est dit "convaincu qu’il faut en finir avec des missions payées jusqu’à 3000 euros les vingt-quatre heures. Pour un praticien hospitalier qui se bat, qui bosse pour une rémunération six fois moindre, c’est extrêmement démoralisant, démotivant et même, au bout d’un moment, tentant". 

Ce chiffre se retrouve aussi dans une tribune du président de la FhF, écrite quelques jours plus tôt et demandant à "moraliser les maîtres chanteurs de l’hôpital public". "Alors qu’un jeune praticien à l’hôpital perçoit un salaire net mensuel d’environ 4500 euros, certains intérimaires exigent jusqu’à 3000 euros pour une seule journée. Comment accepter que de l’argent public serve encore à alimenter les fortunes de quelques-uns quand l’hôpital souffre encore de financements insuffisants ?", s’est interrogé Frédéric Valletoux. 

En revanche, aucun propos ni chiffre récent ne permet d’appuyer ce montant maximal de 4000 euros, qui pourrait être gagné en une journée par un médecin intérimaire. Ce qui ne veut pas dire que la situation ne s’est jamais rencontrée, mais surement qu’elle est minoritaire. "Plus le montant va être haut, plus il correspond à des situations extrêmes", abonde Amélie Roux, pour qui "le simple fait que ce ne soit pas impossible qu’on ait pu payer un médecin 4000 euros pour 24h montre tout le problème". 

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En revanche, le montant de 2000 euros, soit presque 900 euros de plus que le montant fixé par décret, est régulièrement évoqué par les spécialistes. Par exemple par Nathalie Coutinet, économiste spécialiste des politiques de santé en Europe, qui avançait en mars 2020 dans La Marseillaise "qu’en province, on en arrive à des situations ubuesques : des médecins demandent des temps partiels pour pouvoir aller faire de l’intérim dans un autre hôpital, parce qu’un médecin peut être payé 4000 euros par mois mais gagner 2000 euros à la journée en intérim". Ou encore par Jean-Paul Ortiz, président de la Confédération des Syndicats Médicaux français, qui nous expliquait il y a plus de trois ans que "certains hôpitaux payent encore leurs anesthésistes plus de 2000 euros pour 24 heures". Le phénomène est donc loin d’être jugulé car il est favorisé à la fois par un plafonnement quasi inexistant et un besoin accru à l’hôpital public, mais il reste impossible à quantifier sans enquête nationale de terrain.

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