Un médicament contre l'overdose bientôt dans votre armoire à pharmacie ?

Santé

DROGUES – Pour lutter contre les décès par overdose, l'OMS préconise de faciliter l'accès à la naloxone, une substance déjà utilisée par les personnels soignants.

Chaque année, 69.000 personnes meurent d'une overdose due à l'administration de produits opiacés (les substances dérivées de l'opium, comme la morphine , l' héroïne ou la méthadone ), alerte l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Pour diminuer ce nombre préoccupant de décès liés à la drogue, l'OMS recommande d'élargir l'accès à un médicament antidote de l'overdose : la naloxone .

Utilisation par les médecins et bientôt les familles

Ce médicament, connu en France sous le nom de Narcan , combat rapidement les effets nocifs des opioïdes . C'est un antagoniste pur des opiacés, c'est-à-dire que son administration abolit leur action. Il est utilisé depuis une quarantaine d'années par les personnels ambulanciers et hospitaliers dans la prise en charge des overdoses d'opioïdes.

L'OMS recommande d'en faciliter l'accès aux personnes susceptibles d’assister à un problème d’overdose dans leur entourage (amis, famille, partenaires de consommateurs de drogues et travailleurs sociaux). En clair, si vous avez un proche toxicomane, ayez de la naloxone dans votre armoire à pharmacie.

Diminution des overdoses grâce à la naloxone

Pour justifier ces lignes directrices ( ici en anglais ), l'OMS met en avant les résultats encourageants du programme "naloxone à domicile" mis en place en 2010 en Écosse. Dans ce cadre, 6472 kits de naloxone ont ainsi été délivrés en 2013-2014 contre 3878 en 2012-2013, soit une hausse de près de 70%. La plupart des kits ont été distribués dans les communautés aux personnes exposées à un risque d’overdose d’opioïdes, après une formation auprès d’un spécialiste. De 2012 à 2013, le nombre des décès liés à la drogue a été ramené de 581 à 526.

Mais "la naloxone ne peut pas se substituer à un service d'urgence", précise à metronews l'addictologue Dan Véléa. Le danger est de provoquer un réveil trop brutal du patient dû à une utilisation trop rapide ou trop massive de ce médicament. Ce syndrome de sevrage violent qu'il induit doit être évité parce qu'il peut conduire à la fuite du patient.

Pas une alternative aux soins médicaux

Or il ne suffit pas d'administrer une seule dose pour empêcher l'overdose : "Même si le patient est réveillé, des opiacés subsistent résiduellement dans le sang, et peuvent conduire à un nouveau surdosage." Sans oublier que les overdoses aux seuls opiacés sont rares. Souvent, les opioïdes ont été mélangés et consommés avec de l'alcool.

La naloxone n'est donc pas un médicament miracle. Les personnes témoins d'une overdose d'opioïdes peuvent certes sauver des vies en administrant de la naloxone avant l'arrivée des secours. Mais il leur faut également appeler le 15 et mettre la victime en position latérale de sécurité. L'OMS conclut : "Cela ne doit pas être considéré comme une alternative aux soins médicaux mais comme une réponse provisoire d'urgence."

EN SAVOIR + >> Salles de shoot : des expérimentations prévues pendant six ans

Lire et commenter