Un ovaire artificiel, nouvel espoir pour les femmes survivantes d'un cancer

Un ovaire artificiel, nouvel espoir pour les femmes survivantes d'un cancer

Santé
DirectLCI
INNOVATION - Un ovaire artificiel a été créé en imprimante 3D par des scientifiques danois. Cette invention pourrait être une solution potentielle pour les femmes devenues infertiles suite à des traitements lourds, comme la chimiothérapie.

Un ovaire artificiel créé en laboratoire par bio-impression 3D. C’est l’innovation scientifique qu’ont présentée des scientifiques danois la semaine dernière au Congrès européen de médecine de la reproduction. Pour certaines femmes, cet ovaire synthétique pourrait être une nouvelle solution pour concevoir naturellement un enfant suite à une infertilité due à de lourds traitements médicaux, notamment anticancéreux.

L'infertilité a besoin de nouvelles solutions

En effet, si la chimiothérapie permet à de nombreuses femmes de vaincre le cancer, ses rayons restent nocifs pour le corps. D’après Nasrine Callet, gynécologue oncologue à l’institut Curie, contactée par LCI, "les différentes drogues présentes dans les chimiothérapies endorment les ovaires, de façon réversible, ou définitive. Mais cela provoque toujours des problèmes d’ovulation." Elle ajoute que "tout traitement de cancer peut altérer la fertilité et créer des déséquilibres dans le système reproducteur." Que ce soit la chimiothérapie, la radiothérapie (utilisée notamment dans les cas de cancers du col et de l'utérus) ou l'hormonothérapie (utilisée pour le cancer du sein). Pour aider les femmes s’apprêtant à subir ce genre de situations, plusieurs solutions sont déjà proposées. 


"Depuis quelques années, nous essayons d’anticiper pour préserver la fertilité, explique Nasrine Callet. Soit la fertilité du couple : en congelant les embryons avant le traitement. Soit la fertilité de la femme : en prélevant et en congelant ses ovocytes." Une fois en rémission, les femmes peuvent ainsi se faire réimplanter leurs embryons ou leurs ovocytes. Malheureusement, ces techniques ne sont pas infaillibles car il y a beaucoup de pertes lors des décongélations. Une greffe de l’ovaire - prélevé avant le traitement - est aussi possible. Mais cette technique est plus contestée, car dans les cas de certains cancers, c’est un risque supplémentaire de réimplanter du tissu malade, où des cellules cancéreuses.

Garder la tête froide malgré les essais encourageants

Cet ovaire artificiel serait donc une solution pour renouer avec la fertilité sans risque de réintroduction de malignité. En effet, les scientifiques du Rigshospitalet de Copenhague - à l'origine de cette innovation - proposent au préalable de "nettoyer" de toutes ses cellules le tissu ovarien prélevé, avant de le réimplanter grâce à l’ovaire artificiel. Lors de tests en laboratoire, l’organe synthétique a réussi à maintenir en vie un quart des vingt ovocytes humains implantés dans une souris. Les scientifiques ont également noté que des vaisseaux sanguins avaient commencé à se développer pour le nourrir. Ces ovaires ont par la suite été greffés sur sept souris, dont trois d’entre elles ont donné naissance à des portées de souriceaux en parfaite santé.

Mais Nasrine Callet tient à tempérer : "C’est un premier pas, c’est encourageant, mais tout n’est pas résolu, donc il faut garder la tête froide." D’abord car cela reste une expérimentation qui sera beaucoup plus difficile à tester chez la femme. Ensuite parce que le rapport entre cancer et fertilité est très complexe. Chez les malades graves, il faut pouvoir prendre du recul par rapport à sa maladie pour autoriser les grossesses. "Nous attendons parfois 5 ans [avant d’autoriser une grossesse]. Pour être sûrs que la femme est vraiment en rémission complète, mais aussi que les traitements - nocifs pour l’enfant - sont éliminés", soutient la docteure. 


C’est néanmoins une potentielle voie d’avenir, et pas seulement pour les femmes atteintes de cancer. "Les femmes atteintes de sclérose en plaques subissent des traitements aussi agressifs. Et cela pourrait aussi être une alternative très intéressante pour les femmes ayant des dérèglements hormonaux, qui sont naturellement ménopausées précocement", se réjouit Nasrine Callet.

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter