Un vaccin financé par Bill Gates à l'origine d'une épidémie de polio en Afrique ? Des accusations fallacieuses

Bill Gates est régulièrement la cible de fakes news liées aux activités de sa fondation.
Santé

CIBLE FACILE - Régulièrement au cœur de théories du complot, Bill Gates est aujourd'hui accusé d'avoir via sa fondation causé une épidémie de polio en Afrique. Si une résurgence des cas est bien notée, la vaccination a en réalité quasiment éradiqué la maladie sur le continent africain.

Des publications accusent depuis quelques jours Bill Gates d'avoir contribué à propager une épidémie de polio en Afrique, par l'intermédiaire d'un vaccin financé par sa fondation. "Ce devrait être l’un des plus grands scandales en matière de santé publique, mais il n’a pas reçu beaucoup d’attention", tance ainsi le site Wikistrike, réputé pour colporter des théories du complot dans le domaine de la santé.

"Alors que des organisations internationales comme l’Organisation mondiale de la santé (OMS) se vantent régulièrement d’avoir soi-disant 'éradiqué la polio' grâce aux vaccins, il semble que ce soit le contraire qui se produise", peut-on notamment lire. Un message qui s'appuie sur un récent communiqué de l'OMS alertant sur la circulation d'un virus de polio de type 2 au Soudan. Pour autant, une étude approfondie de la situation permet de constater que les accusations envers le milliardaire s'avèrent dans leur immense majorité infondées.

Une souche issue d'un vaccin a muté

Que nous apprend l'OMS ? Via son communiqué, elle indique que les autorités de santé soudanaises ont observé la circulation sur leur sol d'une souche de poliovirus de type 2. Deux cas de paralysie aiguë ont notamment été notifiés, tandis que "le séquençage des virus isolés au Soudan jusqu'à présent montre que ces virus sont liés à des virus signalés précédemment au Tchad voisin".

Cette annonce surprend, alors que l'OMS communiquait quelques jours plus tôt sur la disparition de la polio en Afrique, les derniers cas ayant été recensés en Nigéria. Or, il ne s'agissait là que d'une disparition de la souche "naturelle" du virus, et pas de la forme dont il est ici question. Cette dernière, comme d'autres avant elle, est le rare résultat de campagne de vaccination par voie orale, et n'a pas encore réussi à être éradiquée.

Comme l'explique l'OMS, "le vaccin antipoliomyélitique oral (VPO) contient une forme atténuée (affaiblie) du poliovirus qui active une réponse immunitaire de l’organisme. Quand le VPO est administré à un enfant, la souche vaccinale affaiblie se réplique dans l’intestin pendant une période limitée, ce qui lui permet de développer son immunité en synthétisant des anticorps". Or, ajoute l'organisation internationale, "il arrive de temps en temps, dans les populations ayant une très faible immunité, que la souche vaccinale excrétée puisse continuer de circuler sur une durée prolongée. Plus elle survit longtemps, plus elle peut subir de mutations génétiques. Dans de très rares cas, le virus acquiert, par mutation, la capacité de provoquer une paralysie et il est devenu ce que l’on appelle un poliovirus circulant dérivé d’une souche vaccinale (PVDVc)."

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Le virus qui circule actuellement au Soudan et au Tchad est donc le résultat de mutations intervenues suite à des campagnes de vaccination. Si Bill Gates se retrouve accusé, c'est parce que sa fondation fait partie des partenaires réunis pour financer le Global Polio Eradication Initiative, instance mondiale en charge de la lutte contre la polio. Parmi les autres partenaires de ce programme, on retrouve l'Unicef, l'OMS ou l'organisation humanitaire Rotary International. 

La vaccination a montré son efficacité

S'il est malhonnête de présenter les vaccins à l'origine de cette résurgence du virus comme seulement financés par Bill Gates, il est surtout trompeur de faire passer la vaccination comme un vecteur majeur d'épidémies en Afrique, alors que c'est précisément elle qui a permis de réduire de manière considérable le nombre de cas. De 350.000 par an à l'orée des années 1990, nous sommes en effet passés en 2018 à environ 150...

L'OMS ne cherche pas à dissimuler ces contaminations post-vaccination liés à une série de mutations. Elle entend désormais accentuer ses actions en Afrique car, comme elle le rappelle, "la solution est toujours la même pour toutes les flambées de poliomyélite : administrer plusieurs fois à chaque enfant le vaccin antipoliomyélitique oral pour interrompre la transmission, quelle que soit l’origine du virus".

Dans les mois à venir, les campagnes de vaccinations vont donc reprendre afin de protéger les populations qui ont pu être touchées par cette nouvelle souche, d'origine non-naturelle. Il est d'ailleurs possible que l'épidémie de Covid-19 soit l'une des causes de cette résurgence, puisque de nombreuses campagnes de vaccinations ont été suspendues au printemps. Un arrêt temporaire "à contre-cœur", comme l'a décrit l'agence de presse AP, et qui est intervenu dans 38 pays africains. En avril, déjà, l'OMS et ses partenaires indiquaient que cette mise en pause forcée pourrait entraîner une résurgence des cas.  

On peut donc conclure qu'il est malhonnête d'accuser Bill Gates ou sa fondation d'avoir propagé la polio en Afrique. Les efforts menés en matière de vaccination et pour lesquels s'engage le philanthrope ont en effet permis de réduire de manière spectaculaire le nombre de cas depuis 30 ans. Si une nouvelle souche est apparue et s'est développée ces derniers mois, avec une origine vaccinale, son expansion est potentiellement due au Covid-19, qui a stoppé les campagnes de vaccination en cours et favorisé sa propagation. 

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