Une personne sur cinq fera une dépression au cours de sa vie : comment la détecter, se soigner ou bien aider un proche

Une personne sur cinq fera une dépression au cours de sa vie : comment la détecter, se soigner ou bien aider un proche

DirectLCI
PSYCHO – À l’occasion de la Journée mondiale de la santé ce 7 avril 2017, l’OMS a décidé de mettre un coup de projecteur sur une maladie très répandue mais qui reste en réalité méconnue : la dépression. Un mal qui touche de plus en plus de personnes et dont il est difficile de sortir sans l'aide de spécialistes. Olivier Dubois, psychiatre, nous dit tout sur cette maladie en progression.

C'est une maladie très répandue mais qui reste encore taboue et mal connue. A l'occasion de la Journée mondiale de la santé, l'OMS a décidé de lancer une campagne préventive d'un an sur la dépression. Baptisée "Dépression : parlons-en", son objectif est de faire en sorte que les personnes en souffrance demandent et bénéficient d'une aide adaptée.  


Car la dépression est une maladie psychique qui peut toucher n'importe qui à un moment délicat de sa vie. D'après les estimations de l'OMS, 300 millions de personnes sont touchées par cette affection courante dans le monde. Un chiffre en constante progression comme nous l'explique Olivier Dubois, docteur en psychiatrie. 

On estime qu'environ 20% de la population fera dans sa vie une dépressionOlivier Dubois

LCI : L’OMS a décidé de mettre un coup de projecteur sur la dépression. Y a-t-il vraiment plus de cas ou ceux-ci sont-ils mieux diagnostiqués ?

Olivier Dubois : D’après les chiffres, on estime qu'environ 20% de la population fera dans sa vie une dépression. L’OMS est très clair : parmi les maladies, les troubles psychiatriques sont ceux qui progressent le plus. On peut penser qu’en 2030, ils représenteront la première cause de maladie mondiale, alors qu'actuellement c’est la troisième.

LCI : Quelle est la différence entre dépression et déprime ?

Olivier Dubois : Il ne faut pas confondre les deux. La dépression est un état de maladie, alors que la déprime peut toucher chacun d’entre nous. Ce qui différencie véritablement les deux c’est la durée et l’intensité des symptômes. Une déprime c’est passager alors qu’une dépression est quelque chose d’installé qui ne se guérit pas comme ça. C’est plus profond. Dans la dépression l’intensité de la démotivation, de la tristesse, de la douleur morale ou encore du sentiment d’échec est beaucoup plus intense.

LCI : Comment tombe-t-on dans la dépression ?

Olivier Dubois : Il existe des dépressions inattendues, chez les bipolaires par exemple, sans qu’il y ait forcément un événement particulier. Il se passe quelque chose chimiquement qui provoque un déséquilibre qui impacte leur cerveau, mais ça reste mineur. Après il existe toutes les structures pathologiques, comme les psychoses et les névroses, qui font que certaines personnes ont une difficulté d’adaptation face aux situations délicates. Et il y a aussi des situations qui peuvent entraîner une dépression comme un deuil, un chômage, un burn-out ou un traumatisme ancien qui se réveille. Il existe aussi la dépression post-partum, qui survient après l’accouchement.

Aujourd’hui la dépression se soigne très bien, on a quasiment que des succèsOlivier Dubois

LCI : La dépression touche visiblement davantage les femmes. Est-ce exact ?

Olivier Dubois : Oui c’est vrai. Non pas que les hommes soient plus solides que les femmes, mais ils ont des modes de réaction plus centrés sur les troubles du comportement comme l’addiction ou la violence. Les femmes, elles, ont une sensibilité plus fine, elles sont plus facilement dans la culpabilité et la peur de mal faire. Il y a des différences nettes dans les comportements entre les sexes en psychiatrie et en psychologie.

LCI : Quels sont les signes avant-coureurs d’une dépression ?

Olivier Dubois : Le changement de caractère, la perte d’intérêt, l’isolement, les troubles du sommeil, la perte de libido sont des signes avant-coureurs de la maladie. Les personnes atteintes de dépression se rendent compte que ça ne va pas mais elles ont tendance à minimiser. Elles ont l’impression que c’est normal et qu’il n’y a rien à faire. Ce discours d’isolement et de fatalité est dangereux car il peut conduire à des suicides.

LCI : Justement, comment faire pour aider un proche touché par la dépression ?

Olivier Dubois : C’est très difficile car la famille ne comprend pas toujours. Elle critique et pense qu’il faut juste se secouer. C’est une mauvaise stratégie qui culpabilise et enfonce encore plus les malades. Pour éviter cela il faut être très encourageant, compréhensif et à l’écoute. Une fois qu’on a repéré les signes, il faut mettre le malade en garde et lui dire qu’il existe des solutions. Aujourd’hui la dépression se soigne très bien, on a quasiment que des succès. C’est rare qu’une dépression ne soit pas guérie ou améliorée. Il faut redonner l’espoir et passer la main à des personnes compétentes.

La dépression fait peur parce que l’homme est très orgueilleux par rapport à son cerveau Olivier Dubois

LCI : Comment soigne-t-on les malades ?

Olivier Dubois : Une fois le diagnostic posé, on met en route un traitement : ça peut être un soutien psychothérapique pour lever un blocage ou un médicament qui en quelques semaines peut guérir la personne. Après pour les cas plus complexes et où l’environnement joue un rôle de fragilisateur permanent, il faut un accompagnement et une surveillance, et donc une hospitalisation. On peut même pratiquer l’électrothérapie. Ce sont des chocs électriques modestes et contrôlés qui donnent de bons résultats.

LCI : En tant que vice-président de la société française de médecine thermale, vous proposez aussi des cures. En quoi cela consiste-t-il ?

Olivier Dubois : On ne recommande pas cela pour les états dépressifs trop sévères ou suicidaires. Mais pour les personnes qui vivent des situations complexes au domicile ou au travail, ou qui connaissent des troubles du sommeil, nous proposons un environnement médicalisé ainsi que des soins. La cure est moins stigmatisante que l’hospitalisation et elle permet aux personnes de se recentrer sur elles-mêmes. Nous avons de bons résultats pour les états anxieux et dépressifs.

LCI : La dépression reste un sujet encore tabou. Pourquoi ?

Olivier Dubois : La dépression fait peur parce que l’homme est très orgueilleux par rapport à son cerveau. C’est sa magie, sa gloire. C’est quand même l’organe le plus puissant et en même temps le plus fragile. C’est insupportable de voir que ce cerveau peut tomber en panne. Ça fait peur car on se dit ça peut nous arriver.

En vidéo

Un pilote sur huit dépressif

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter