Numéro unique, généralistes davantage mobilisés... Les pistes pour réformer les urgences irritent les médecins

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FAUSSE BONNE IDÉE ? - Le député de la Charente Thomas Mesnier a présenté mardi un rapport afin de désengorger les urgences, confrontées à une surcharge de travail considérable depuis de longs mois. Ce dernier prône pour un numéro de santé unique et propose d'impliquer les médecins généralistes dans le dispositif des soins non programmés. Pour les professionnels de santé interrogés par LCI, ces propositions ne correspondent pas du tout aux besoins réels.

Dans un rapport présenté mardi, le député LREM de la Charente Thomas Mesnier a estimé qu'il fallait centraliser la régulation médicale "sur le 15", enterrant de fait le numéro dédié aux soins ambulatoires, le 116 117, et propose d'impliquer les médecins généralistes et leur donner plus de responsabilités dans le dispositif des soins non programmés, en renforçant notamment leur rôle dans "les soins de premier ou second recours". Joint par LCI, le Dr Jean-Louis Bensoussan, du syndicat MG France, estime qu'il s'agit d'une mauvaise idée.

C’est une erreur considérable qui ne va faire qu’engorger davantage les urgences.Dr Jean-Louis Bensoussan, médecin généraliste à LCI.

"Nous sommes très très déçus et à la limite, très en colère contre ce rapport parce qu’il ne répond absolument pas à la problématique. Toutes les conclusions que nous voyons apparaître dans ce rapport vont à l’encontre de ce que nous devrions faire." Centraliser tous les appels vers le 15 ? "C’est une erreur considérable qui ne va faire qu’engorger davantage les urgences", déplore-t-il, avant d'ajouter : "Ceci va à l’encontre de toute logique. Cela va désorganiser encore plus les choses, et les gens, à force d’attendre 20 minutes au téléphone, vont encore davantage se rendre aux urgences. Cela ne va rien désengorger du tout."


"Aujourd’hui, il y a des médecins régulateurs libéraux dans toutes les régions de France, il y a des tours de garde de médecins généralistes dans tous les départements de France. Les médecins généralistes répondent déjà aux urgences, aux horaires dites de permanence des soins, quand les cabinets médicaux sont fermés. La problématique est de répondre aux soins non programmés pendant les horaires d’ouverture des cabinets médicaux", poursuit-il, avant d'annoncer : "Les médecins généralistes sont tout à fait prêts à recevoir dans leur cabinet des personnes qui n’ont pas pris rendez-vous, pour la fièvre d’un enfant, un mal de ventre... Plus de la moitié des passages aux urgences sont des soins de médecine générale. Les médecins sont tout à fait prêts à recevoir une ou deux personnes en plus par jour. Il suffit simplement de bien informer le public sur les possibilités d’aller voir le médecin généraliste."

Il faut arrêter de fermer des lits et de supprimer du personnel.Christophe Prudhomme, médecin-urgentiste à LCI.

Pour le Dr Christophe Prudhomme, porte-parole de l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf) et urgentiste au Samu de Bobigny, le rapport de Thomas Mesnier est "hors du temps et très loin des réalités de terrain." "Nous expliquer qu’on va désengorger les urgences en faisant appel aux généralistes, aux pharmaciens, aux infirmières, cela n’a ni queue ni tête. Le problème aux urgences aujourd’hui, ce ne sont pas les patients qui viennent sur leurs deux jambes pour une consultation, il y a des circuits rapides pour eux. Le problème, ce sont les personnes âgées ou de plus de 50 ans qui ont des maladies chroniques qui viennent aux urgences et pour lesquels nous n’avons pas de lit", s'indigne-t-il.


Pour lui, les vraies mesures à prendre pour désengorger les urgences sont "d’arrêter de fermer des lits et de supprimer du personnel dans les hôpitaux" : "Ensuite, il faut médicaliser les EHPAD pour éviter que les personnes âgées ne se retrouvent aux urgences. Il faut créer 200.000 emplois dans ces EHPAD. Je crois qu’il faut également former beaucoup plus de médecins généralistes que de spécialistes, centraliser les services dans des centres de santé et privilégier les visites à domicile. Nous avons besoin d’une réforme profonde du système de santé."

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