Vaccin anti-Covid : au-delà de la science, un incroyable défi logistique

Une fois les vaccins validés et produits, restera à les distribuer dans le monde entier. Une opération logistique sans précédent, par son ampleur et sa difficulté, surtout quand certains vaccins demandent à être stockés dans des conditions de froid très particulières.

PÉRISSABLE - Une fois les vaccins validés et produits, restera à les distribuer dans le monde entier. Une opération logistique sans précédent, par son ampleur et sa difficulté, surtout quand certains vaccins demandent à être stockés dans des conditions de froid très particulières.

Ils sont la clé, celle qui permet d'imaginer une fin à la pandémie, et qui saurait prévenir son retour. Les vaccins en cours de tests de phase 3 sont encore nombreux, en Europe, aux États-Unis et en Asie. Des vaccins pour lesquels la barrière de l'autorisation par les autorités de santé n'est en fait qu'un premier obstacle à passer. 

En parallèle de la validation, l'industrialisation de leur fabrication a déjà commencé, un défi en lui-même, vu l'urgence sanitaire, mais qui n'a rien à envier, en termes de complexité, à la dernière étape du processus : ces vaccins, il va falloir les distribuer, partout, le plus rapidement possible, pour ce qui serait la plus grande campagne de vaccination de l'histoire de l'humanité.

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Covid-19 : le défi de la vaccination

Une seule solution, la réfrigération

Contrairement à nombre de médicaments, un vaccin, c'est un produit frais, fragile, à utiliser rapidement, mais surtout à préserver au frais, de sa sortie du laboratoire jusqu'à son administration. Pour tous les vaccins ou presque, le respect de la chaîne du froid est tout sauf un problème nouveau, on estime que 25% des vaccins en tous genres produits aujourd'hui arrivent dégradés à destination. Une rupture de la chaîne du froid qui coûterait plus de 30 milliards d'euros par an, en produits détruits et en vaccinations supplémentaires. De quoi expliquer que la notice sur le stockage des vaccins publiée par l'agence fédérale américaine en charge de la prévention des épidémies (CDC) fasse une bonne quinzaine de pages (document PDF), écrites en petits caractères.  

Et encore, on ne parle ici que de vaccins qui se conservent à des températures "de réfrigérateur", soit entre 2 et 8 degrés pour l'essentiel, bien loin des exigences de certains candidats-vaccins contre le Covid-19. Parmi ces derniers, il en est qui demandent à être stockés à -70°, c'est par exemple le cas des vaccins à ARN messager développés par Pfizer-BioNTech et par Moderna. Et c'est là que les choses se compliquent considérablement : cette chaîne de l'ultra-froid reste à créer, même les hôpitaux ne disposent pas tous de congélateurs capables d'atteindre ces températures. Prix au détail d'un petit modèle : à partir de 5.000 euros environ. Pas sûr même que l'industrie du froid soit en mesure de faire face à la nouvelle demande.

15.000 vols de fret

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Vaccin : comment seront réparties les doses ?

Chez les professionnels de la logistique, on n'a pas attendu de voir arriver les commandes pour se préparer à une opération d'une ampleur inédite. L'américain DHL a publié en septembre dernier un livre blanc où il détaille ses estimations sur ce qu'exigera la distribution d'un vaccin. À ce jour, le logisticien estime qu'il faudra 15.000 vols de fret, et plus de 15 millions de livraisons, pour délivrer les 10 milliards de doses que pourrait requérir une campagne de vaccination complète ou presque.

Si l'économie du transport aérien a été durablement mise à mal par la pandémie, et par ses conséquences économiques, c'est bien sur ce secteur-là que va reposer la responsabilité de l'acheminement du précieux cargo. Une opération dantesque, où les obstacles réglementaires, douaniers, et logistiques ne manquent pas. Il faudra par exemple que tous les personnels appelés à la manutention et à la gestion du transport soit spécifiquement formés à ce fret d'un genre très particulier.

Pas de vaccins chez le médecin

 Il faudra aussi qu’à chacun des points de la chaîne, à chaque escale, des systèmes de contrôle du stockage et du transport des vaccins soient mis en place, un système organisé de bout en bout et collectivement, entre les pays, leurs services de santé, les douanes, et les laboratoires qui fourniront ces vaccins. Et encore, tout cela ne dit rien des moyen qu'il faudra déployer pour amener le vaccin là où le fret aérien ne peut pas aller. Le tout en respectant de bout en bout les prescriptions des laboratoires sur les conditions - et les températures - de stockage de leurs vaccins. Aux États-Unis, le géant UPS vient ainsi d'installer 600 congélateurs à très basse température dans les hangars de son hub de Louisville, dans le Kentucky.

Dans ces conditions, si ce sont les vaccins les plus sensibles aux températures positives qui sont utilisés, leur distribution et leur administration ne pourra se faire par le tryptique habituel Laboratoire - Pharmacie - Médecin de ville. Il faudra raccourcir la chaîne logistique, déployer des centres de vaccination rattachés aux hôpitaux capables de stocker ces vaccins. On peut aussi imaginer des campagnes de vaccination une ville ou un quartier à la fois, administrés par des équipes mobiles, et délivrés grâce à des camions frigorifiques. À température d'un réfrigérateur domestique, le vaccin de Pfizer-BioNTech peut rester efficace pendant 24 heures, pas une de plus.

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