Vaccin anti-sida : où en sont les recherches en France ?

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SIDACTION 2015 – Alors que la campagne annuelle contre le sida a lieu ce week-end, où en est-on de la lutte contre le virus ? Des équipes françaises mènent des recherches autour de vaccins thérapeutiques. L'objectif : limiter la capacité de nuire du VIH chez les personnes séropositives.

Dans le monde, 35,3 millions de personnes vivent avec le VIH, selon le rapport Onusida 2013 . En France, elles sont 150.000 ( rapport Morlat 2013 ). Et près de 40.000 l'ignorent et continuent de propager l'épidémie. Toutefois, sur le front de la lutte contre le sida, il y a de l'espoir. Si la recherche autour d'un vaccin préventif reste une priorité, trois équipes françaises mènent aussi des travaux autour de vaccins thérapeutiques. L'objectif : limiter la capacité de nuire du VIH chez les individus séropositifs, voire l'éradiquer. Ces trois essais cliniques ont des stratégies différentes.

EN SAVOIR +
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1. InnaVirVax, un vaccin contre les cellules tueuses naturelles

Cet essai vaccinal conduit par l'entreprise InnaVirVax est fondé sur la production d'anticorps contre les "cellules tueuses naturelles" (les lymphocytes NK ). En effet, ces cellules du système immunitaire entraînent la baisse d'autres cellules immunes, les CD4 (aussi appelées lymphocytes T4 ). Or une chute des CD4 est le mécanisme par lequel la séropositivité au VIH devient le sida. On parle alors d'immunodépression, l'organisme étant plus vulnérable aux infections.

"L'objectif : empêcher ces cellules immunes de tuer les CD4, explique à metronews le professeur Patrice Debré, co-fondateur de cet essai clinique. Il ne s'agit pas de neutraliser le virus mais d'éviter son effet pathogène." En bref, d'éviter le sida... et de renforcer les effets des traitements antirétroviraux.

EN SAVOIR + >> VIH, sida, séropositivité : de quoi parle-t-on ?

2. Biosantech, un vaccin qui cible directement le virus

Cet essai vaccinal, mené par l'entreprise Biosantech , ne tente pas de stimuler une réponse générale du système immunitaire contre les virus mais cible directement le VIH. Il vise en effet la protéine Tat, qui, sécrétée par les cellules infectées, permet au virus de se multiplier et dérègle le système immunitaire. En effet, elle libère une toxine qui supprime les cellules du système immunitaire venant à l'assaut du virus et déstabilise les macrophages, "chefs d'orchestre du système immunitaire", souligne auprès de metronews le docteur Jean de Mareuil, conseiller scientifique de l'essai clinique.

Les chercheurs injectent donc une protéine Tat particulière (c'est le vaccin), dans le but de produire des anticorps capables de reconnaître et d'agir contre toutes les variantes de protéines Tat. En effet,"plus il y a d'anticorps anti-Tat, moins il y a de virus circulant". À terme, l'objectif est de pouvoir supprimer le virus et les cellules réservoir infectées dans lesquelles il se niche pendant la trithérapie.

3. ANRS 149 Light, un vaccin avec une stratégie de "prime boost"

Cet essai vaccinal de l'Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites (ANRS) stimule, quant à lui, la réponse des lymphocytes CD8 (aussi nommés lymphocytes cytotoxiques ). Ceux-ci ont en effet pour rôle de reconnaître les cellules infectées par le virus parmi les cellules saines et de les détruire.

La stratégie employée consiste à stimuler cette réponse au VIH par cinq injections d'un vaccin chez des patients séropositifs sous antirétroviraux. On parle de "prime boost" puisque plusieurs candidats-vaccins sont associés, dans l'optique d'amplifier la réponse immunitaire et de faire cesser la réplication du virus.

"Nous sommes toujours dans la phase exploratoire", précise auprès de metronews le professeur Jean-Daniel Lelièvre, co-investigateur de cet essai vaccinal. Mais ne désespérez pas de la lenteur de ces recherches contre le VIH. D'une, vous pouvez vous aussi faire avancer les choses en participant à des essais vaccinaux (sans aucun risque de transmission du virus). Appel aux volontaires  ! Et, en attendant que ces vaccins voient le jour, le Truvada, un médicament antirétroviral, réduit le risque d'infection chez les personnes séronégatives.

EN SAVOIR + >> L'essai Ipergay démontre l'efficacité du Truvada comme traitement préventif

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