Covid-19 : des doutes sur la durée de l'immunité (et l'efficacité d'un futur vaccin)

Covid-19 : des doutes sur la durée de l'immunité (et l'efficacité d'un futur vaccin)
Santé

PANDÉMIE - Et si l'immunité contre le coronavirus disparaissait quelques mois après la guérison? C'est ce que suggère une étude britannique publiée ce lundi. De quoi compliquer la mise au point d'un vaccin efficace à long terme.

Avant de tenter de reproduire des anticorps, il faut d'abord en connaître l'efficacité. Car pour le moment, il y a encore des doutes sur l'immunité acquise lorsqu'on guérit du coronavirus. Selon une étude du très prestigieux King's college, mise en ligne ce lundi 13 juillet, cette protection naturelle disparaîtrait en quelques mois la plupart du temps. Des résultats qui n'ont pas encore fait l'objet d'un évaluation par des pairs, mais qui inquiètent déjà tant ils pourraient compliquer la mise au point d'un vaccin efficace à long terme.

65 jours après, seuls 17% des sujets ont des anticorps forts

Pour arriver à ce résultat, les chercheurs ont étudié la réponse immunitaire de plus de 90 cas confirmés. Et ils ont observé que si les niveaux des anticorps "neutralisants" - c'est-à-dire capables de détruire le virus - sont bien présents chez 60% des personnes, ils atteignent un pic en moyenne trois semaines après l'apparition des symptômes. Puis déclinent rapidement. 

Autre constat des analyses sanguines : les individus avec de légers symptômes ont eu une réponse immunitaire généralement moins forte que dans les formes plus sévères. En somme, seuls 16,7% des sujets avaient encore de forts niveaux d'anticorps neutralisant 65 jours après le début des symptômes. Dans certains cas, ils étaient même devenus indétectables.

Un travail qui "confirme que les réponses en anticorps protecteurs chez les personnes infectées (...) semblent décliner rapidement", comme le résume le Dr Stephen Griffin, professeur agrégé à l'École de médecine de l'université de Leeds. Raison pour laquelle ce médecin, qui n'a pas participé à l'étude, pose la question de l'efficacité d'un potentiel vaccin. Tout ceux qui sont en cours de développement "devront soit générer une protection plus forte et plus durable par rapport aux infections naturelles, soit être administrés régulièrement", plaide-t-il. 

Un conseil prodigué également par la principale auteure de l'étude. Dans les pages du Guardian, la Dr Katie Doores explique que "si l'infection vous donne des niveaux d'anticorps qui diminuent en deux à trois mois, le vaccin fera potentiellement la même chose". Dans ce cas, ''une seule injection ne sera peut-être pas suffisante". Le professeur Robin Shattock, de l'Imperial College de Londres, dont le groupe de recherche développe un vaccin qui pourrait être disponible au premier semestre 2021, a lui-même averti sur Sky News qu'il n'y avait "aucune certitude" que les vaccins en cours de développement fonctionnent. En effet, le flou persiste autour de la réponse immunitaire adéquate pour prévenir l'infection.

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Les spécialistes du sujet font toutefois remarquer que les anticorps ne sont pas l'alpha et l'oméga de l'immunité. Si la question est pointue, la professeure d'immunologie virale Mala Maini, consultante à l'University College de Londres, la résume ainsi : "Même si vous vous retrouvez sans anticorps circulants détectables, cela ne signifie pas nécessairement que vous n'avez pas d'immunité protectrice." Un individu peut en effet avoir des "cellules mémoire immunitaires" qui savent comment agir si l'organisme rencontre à nouveau le virus. "Il est donc possible que vous contractiez une infection plus bénigne."

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Interrogée sur la question lors d'une conférence de presse de l'OMS, la responsable technique Dr Maria Van Kerkhove a regretté ne "toujours pas savoir à quel point la protection contre les anticorps est solide ou longue". Si certaines données décrites comme "précoces" montrent que les niveaux d'anticorps "peuvent diminuer avec le temps", la docteure estime que que davantage d'informations sont nécessaires. En attendant d'en savoir plus, le message est simple. Dans le quotidien britannique, James Gill, professeur honoraire de clinique à la Warwick Medical School fait un appel à la précaution. "Même ceux qui ont un test d'anticorps positif devraient continuer à faire preuve de prudence, de distanciation sociale et à utiliser un masque approprié."

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