Vaccin contre le coronavirus : son élaboration "pourrait prendre huit à dix mois"

Vaccin contre le coronavirus : son élaboration "pourrait prendre huit à dix mois"

INTERVIEW – Comme de nombreux pays, la France s'est lancée dans une course contre la montre pour développer un vaccin contre le nouveau coronavirus. Un processus qui pourrait prendre "huit à dix mois" selon Christophe D’Enfert. Directeur scientifique de l'Institut Pasteur, il répond à nos questions.

"Très exagéré". C’est avec ces mots que le professeur Christophe D’Enfert, directeur scientifique de l’Institut Pasteur, a relativisé fortement les affirmations selon lesquelles un vaccin contre le coronavirus chinois pourrait être "bientôt dans les éprouvettes françaises", comme cela a été relaté dans L'Express, le mercredi 29 janvier, sur la base des recherches effectuées par le même institut Pasteur. Pour le principal intéressé, il faudra plutôt attendre plusieurs mois. Nous lui avons posé trois questions à propos de l’avancée des recherches françaises. 

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Il faut "raison garder"

LCI : Pourra-t-on "bientôt" se vacciner contre le coronavirus ?

Christophe D’Enfert: Il faut raison garder. On ne dispose de la séquence du génome de coronavirus 2019-nCoV que depuis une quinzaine de jours environ. Donc dire que nous avons déjà quelque chose dans les éprouvettes est totalement exagéré. Par contre, oui, on réfléchit, on démarre des expériences qui ont pour but, effectivement, de développer une approche vaccinale. Mais ça implique de procéder par étapes, notamment celles de synthétiser puis cloner le gêne. Aujourd’hui, nous en sommes là. Ensuite, il y a une série d’étapes qui vont de la production du virus recombinant [un virus produit par recombinaison de morceaux d’ADN, notamment pour créer des vaccins viraux, ndlr] à sa validation dans un modèle animal afin de vérifier qu’il protège contre une infection au coronavirus. Ce n’est qu’alors qu’on passera aux tests cliniques.

Son élaboration pourrait prendre huit à dix mois- Christophe D'Enfert

LCI : Combien de temps faudra-t-il attendre avant les premiers tests cliniques ?

Christophe D’Enfert : Nous sommes encore loin des tests cliniques. Pour le moment, nous n'avons même pas encore le virus, c'est à dire que nous ne sommes pas encore en capacité de mimer l'infection. De ce fait même si une solution était trouvée, il faudrait encore attendre avant de pouvoir en tester l'efficacité. Nous en discutions avec les autres chercheurs, et nous estimons que ce travail pourrait prendre entre huit et dix mois.

Quel est l’intérêt de se lancer dans ce travail qui pourrait durer plusieurs mois ? Si l'épidémie se termine avant, les recherches auront-elles été vaines ?

Christophe D’Enfert: La vaccination est dans l’ADN de l’institut Pasteur. La thématique est donc essentielle pour nous. Ensuite, nous savons qu’aujourd’hui la vaccination est l'un des meilleurs moyens pour contrôler des infections virales. Il est donc important de commencer à réfléchir à ce type de stratégie. Dès lors, il est de notre responsabilité de se poser cette question d’une approche vaccinale, de faire ce type d’effort. 

Il est vrai qu’on ne peut pas exclure que cette nouvelle épidémie, dans quelques mois, s’arrête. Mais on ne peut pas exclure qu’elle continue. Ne pas avoir travaillé au développement d’un vaccin serait alors une erreur. Alors oui, on pourra peut-être perdre de l’argent. Mais c’est un risque que nous préférons prendre. Tout en se disant que travailler à trouver ce vaccin sera aussi une acquisition de connaissances, notamment dans l’hypothèse d’une autre épidémie, qu’elle soit dans un, cinq, ou dix ans. 

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