"L'inventeur de l'ARN messager"a-t-il vraiment reconnu la dangerosité de cette technologie ?

"L'inventeur de l'ARN messager"a-t-il vraiment reconnu la dangerosité de cette technologie ?

VACCINS - Des internautes assurent que Robert W.Malone, présenté comme le scientifique à l'origine de l'ARN messager, aurait reconnu que la protéine "spike" serait "toxique pour l'homme". Cette affirmation est basée sur une mauvaise interprétation d'une étude sur le sujet.

Telle une sorte de Frankeinstein moderne, le père de l'ARN messager serait en train de renier sa créature. Depuis plusieurs jours, une nouvelle théorie sur les vaccins est massivement diffusée sur les réseaux sociaux. Des internautes assurent ainsi que "l'inventeur des vaccins à ARN messager" - du nom de la technologie utilisée par les vaccins contre le coronavirus de Pfizer et Moderna - aurait reconnu "que la protéine spike est toxique pour vos cellules". Ils s'appuient notamment sur les contenus - en anglais - d'un certain Robert W.Malone. Alors qu'en est-il-réellement ? 

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"L'inventeur de l'ARNm", vraiment?

Commençons par s'intéresser à cet "inventeur de l'ARN messager". Dans l'article de l'institut Pasteur au sujet de cette technologie et ses origines, on lit que ce sont les chercheurs Jacques Monod et François Jacob qui ont, pour la première fois, émis et démontré le concept de ce mécanisme, dans un article publié en 1961, qui leur valut le Prix Nobel. Cependant, celle qui décidera de faire appel à cette technique à des visées thérapeutiques, c'est Katalin Kariko. Née en Hongrie en 1955, elle est, avec Drew Weissman, la première à avoir maîtrisé les réactions immunitaires liées à la transcription de l'ARN messager. Aujourd'hui c'est donc plutôt à elle qu'on attribue cette découverte. Que ce soit en France ou à l'international, les médias ont été nombreux à retracer l'histoire de cette biochimiste et de son parcours semé d'embûches. 

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60 ans de recherche : la saga de l'ARN messager

Alors quid de Robert W.Malone? Il a effectivement été l'un des pionniers de cette technologie, dont la paternité est évidemment partagée par de nombreux chercheurs. Comme en atteste ce papier publié en août 1989, il fait partie de ceux qui ont essayé, au début des années 90, d'utiliser l'ARN afin qu'il puisse délivrer un message au système immunitaire. S'il a participé au développement de cette technologie via ses recherches, il n'est donc pas "l'inventeur" du mécanisme utilisé pour les vaccins contre le coronavirus. Les seules sources qui le citent comme tel étant son propre site web et ses propres profils sur les réseaux sociaux. 

Des arguments contestables

S'il s'y connait en ARNm, cet "argument d'autorité" ne se suffit pas à lui-même. Encore faut-il regarder les arguments utilisés par ce chercheur. Ce sujet, il l'évoque dans deux contenus différents. Le premier est un tweet publié le 18 juin, dans lequel Robert W. Malone affirme que "la protéine de pointe du SARS-CoV-2 est cytotoxique", citant une étude du Salk Institute. 

Pour rappel, cette protéine de pointe - "spike" en anglais - se trouve normalement à la surface du covid-19. Or, les vaccins utilisant la technologie ARNm envoient une instruction génétique chez la personne inoculée afin qu'elle produise cette fameuse protéine de pointe. 

Cependant, il ne dit pas directement que cette protéine créée via la vaccination est aussi dangereuse. Mais il s'interroge sur le sujet, écrivant qu'il appartient aux laboratoires "la responsabilité de démontrer que leur version n'est pas toxique". Rien de très alarmant. L'autre contenu est quant à lui une vidéo de quinze minutes mise en ligne le 13 juin. Dans cette intervention, il répète que la protéine de pointe est "cytotoxique" et "extrêmement dangereuse".  

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Dans les deux cas, il ne se base pas sur ses propres travaux, mais sur cette étude réalisée sur des hamsters. Un document déjà utilisé par le passé pour alerter sur une prétendue toxicité des vaccins. Or, comme nous l'écrivions déjà dans un précédent article sur le sujet, cette étude ne montre absolument pas de dangerosité du vaccin. Elle fait même l'exact opposé. Si elle montre bien que la protéine de pointe du covid-19 est "cytotoxique", elle précise que ce n'est pas le cas pour la protéine des vaccins à ARNm. L'étude conclut en fait au contraire que la vaccination permet de se prémunir de cet effet. Les chercheurs écrivent ainsi que "les anticorps générés par la vaccination et/ou les anticorps exogènes" protègent non seulement contre l'infectivité, mais également "contre les lésions endothéliales provoquées par la protéine Spike".  

Comme nous le disions dans notre précédent article au sujet de cette prétendue toxicité de la protéine de pointe, rien pour le moment ne permet de la craindre. Comme le résument les experts du Digital Health Lab, un consortium de chercheurs en santé qui apportent des réponses liées au coronavirus, "jusqu'à présent, il n'y a aucune preuve scientifique disponible qui suggère que les protéines de pointe créées dans notre corps à partir des vaccins COVID-19 sont toxiques ou endommagent nos organes".

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