"Si nous n'arrivons pas à un niveau satisfaisant, la question de l'obligation vaccinale pourrait se poser", estime le Pr Lina

"Si nous n'arrivons pas à un niveau satisfaisant, la question de l'obligation vaccinale pourrait se poser", estime le Pr Lina

VACCIN - Le Pr Bruno Lina, membre du Conseil scientifique, assure sur LCI que le vaccin "va avoir un bénéfice incroyable pour la population", mais prévient : "si nous n'arrivons pas à franchir un niveau de vaccination satisfaisant pour freiner la diffusion du virus, peut-être que la question de l'obligation se posera".

Ce dimanche, la France a lancé sa campagne de vaccination contre le Covid-19, avec des premières doses injectées à des résidents de deux Ehpad. Pour le Pr Bruno Lina, virologue et membre du Conseil scientifique, ce jour marque "une étape extrêmement importante". "Pour arriver à un contrôle de cette pandémie, il faut que se développe une immunité collective", indique le scientifique sur LCI. "Cette immunité va freiner progressivement, puis de manière durable, la circulation du virus, et peut être obtenue de deux façons : soit par infection, soit par vaccination."

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Dans un premier temps, les résidents des Ehpad, comme à Sevran ou Dijon ce dimanche, sont concernés. "Il y a urgence de vacciner les plus fragiles", justifie le Pr Bruno Lina. "Une grande partie des actions mises en œuvre pour le contrôle de la circulation du virus, je pense notamment au confinement et au couvre-feu, est réalisée pour protéger les plus fragiles", rappelle-t-il. "Cette vaccination va donc permettre de se substituer, ou en tout cas de complémenter les actions sociales qui permettent de freiner la diffusion du virus."

Toutefois, pour que le vaccin porte ses fruits et provoque une baisse de la circulation virale, la part de Français immunisés doit être significative. Le Pr Arnaud Fontanet, lui aussi membre du Conseil scientifique, estimait fin novembre sur BFMTV qu'un retour "à une vie normale" serait possible "à l'automne 2021" si "on arrive à vacciner 80-90% des Français". Or, selon la dernière enquête, seuls 44% des Français ont l'intention de se faire vacciner.

"Avec beaucoup de clarté et de transparence, nous devons pouvoir être convaincants"

"Avec le temps, nous verrons que ces vaccins ne présentent pas, je l'espère, d'effets secondaires qui freineraient la diffusion de cette vaccination", veut plutôt croire Bruno Lina. Il espère que "les informations montrant que ces vaccins marchent" entraîneront "un phénomène de boule de neige" pour que la population française se fasse massivement vacciner. Le gouvernement table de son côté sur un objectif de 15 millions de Français vaccinés d'ici l'été.

"Qui aurait imaginé l'acceptation d'un confinement, d'un reconfinement, du couvre-feu, du port du masque et de toutes les contraintes ? Je suis extrêmement épaté par l'adhésion que les Français ont pu avoir", souligne le membre du Conseil scientifique (voir vidéo en tête de cet article). "Avec un bon sens pédagogique, avec beaucoup de clarté et de transparence, nous devons pouvoir être convaincants" pour que les Français acceptent de se faire vacciner, poursuit-il. "Ce serait une opportunité manquée terrible de ne pas réussir à vacciner suffisamment pour freiner la diffusion épidémique."

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Bruno Lina appelle également les Français refusant la vaccination à la "cohérence". Selon lui, ces derniers doivent alors "accepter le principe du confinement, accepter que l'on continue de mettre de côté nos personnes âgées et fragiles pour éviter qu'elles soient contaminées, accepter de continuer à faire partie de la chaîne de transmission de ce virus..." "Nous avons un outil formidable, qui va probablement présenter peu d'effets secondaires graves, et qui va avoir un bénéfice incroyable pour la population", renchérit le virologue. "Si nous passons à côté de cela, nous serons parmi les pays qui traineront cette épidémie pendant le plus longtemps, parce que le virus continuera de circuler."

Un reconfinement ? "Des actions complémentaires" seront "probablement nécessaires"

Même si le président de la République Emmanuel Macron a d'ores et déjà indiqué que la vaccination contre le Covid-19 ne serait pas obligatoire, le Pr Bruno Lina estime qu'à "un moment donné, nous serons rattrapés par la réalité des choses : si malgré de nombreux efforts, au bout de nombreux mois, nous n'arrivons toujours pas à franchir un niveau de vaccination satisfaisant pour freiner la diffusion du virus, peut-être que la question de l'obligation vaccinale se posera", affirme-t-il. "Mais ce sera une conséquence directe de l'absence de vaccination de ceux qui auront fait la promotion de la non-vaccination."

Enfin, interrogé sur l'hypothèse d'un troisième confinement, mesure prônée par certains élus du Grand Est et que le ministre de la Santé Olivier Véran n'a pas exclu, le Pr Bruno Lina rappelle que ce n'est pas au Conseil scientifique de prendre de telles décisions. Toutefois, "nous devons considérer qu'au moins jusqu'à la fin du mois de février, et probablement jusqu'en mars, les conditions climatiques et notre façon de vivre vont faire que nous sommes dans des situations particulièrement favorables pour la transmission du virus", rappelle-t-il. En ce sens, "il sera probablement nécessaire d'avoir des actions complémentaires par rapport à ce qui existe actuellement."

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