Johnson & Johnson : quels éléments scientifiques justifient la suspension du vaccin ?

Johnson & Johnson : quels éléments scientifiques justifient la suspension du vaccin ?

CRAINTES - Avant même son déploiement en Europe, le vaccin développé par Johnson & Johnson a été mis en pause après l'apparition de caillots sanguins chez six vaccinés (sur 6,8 millions) aux États-Unis. L'Agence européenne des médicaments s'exprimera la semaine prochaine.

Un énième déboire pour la campagne de vaccination. Après les multiples déconvenues subies par le vaccin AstraZeneca, c'est au tour de celui développé par Johnson & Johnson de connaître les mêmes mésaventures. Le groupe pharmaceutique a en effet "pris la décision de retarder le déploiement" de son produit à la dose unique en Europe, après l'apparition d'effets secondaires rares aux États-Unis, où la vaccination avec Johnson & Johnson avait déjà débuté et a été mise en pause.

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Vaccin à adénovirus comme celui d'AstraZeneca, le produit autorisé dans l'UE sous l'appellation Janssen est à son tour suspecté d'entraîner de rares cas de caillots sanguins quelques jours après son administration. 

Outre-Atlantique, des thromboses inhabituelles ont été recensées chez des patients vaccinés. Les autorités sanitaires américaines ont observé "des thromboses des sinus veineux cérébraux", c'est-à-dire des veines du cerveau, ont-elles indiqué mardi au moment de suspendre la vaccination. Sur 6,8 millions de vaccinés avec ce produit, six cas (dont un décès) sont survenus, chez "des femmes âgées de 18 à 48 ans".

La technique de l'adénovirus en cause ?

La semaine dernière, l'Agence européenne des médicaments avait reconnu que les cas de thrombose observés après l'administration du vaccin AstraZeneca étaient "des effets secondaires possibles", tout en insistant sur "les bénéfices du vaccin qui dépassent largement les risques d'effets secondaires". Elle doit se prononcer "la semaine prochaine" autour du vaccin Johnson & Johnson, attendu dans les pharmacies françaises dans les jours à venir.

Pour ces deux produits, l'agence américaine des médicaments a indiqué mardi que les vaccins étaient "la cause probable" de ces événements atypiques. Avec un lien entre les deux : la technique de l'adénovirus. 

Celle-ci consiste à utiliser un virus comme support pour administrer dans l'organisme les informations génétiques permettant de combattre le Covid-19. Si AstraZeneca a opté pour un adénovirus de chimpanzé, Johnson & Johnson a privilégié un adénovirus humain. Mais les effets secondaires "peuvent suggérer que le vecteur adénovirus est le problème", estime sur Twitter David Fisman, épidémiologiste à l'université de Toronto.

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"Il y a quelque chose à explorer, c'est une hypothèse qui n'est pas déraisonnable", explique de son côté à LCI Bernard Bégaud, professeur de pharmacologie à l'université de Bordeaux. "Il y a un soupçon de classe, mais nous n'avons que très peu d'informations. Des cas de thromboses existent aussi avec le vaccin Pfizer (qui utilise la technique de l'ARN messager, ndlr), ce n'est pas zéro cas d'un côté et 100 de l'autre. Mais il y a une surreprésentation" chez les vaccins à adénovirus.

Nous n'avons pas de confirmation par une étude épidémiologique robuste- Bernard Bégaud, professeur de pharmacologie

Toutefois, aucune étude scientifique ne peut jusqu'ici appuyer cette hypothèse. "Nous n'avons pas de confirmation par une étude épidémiologique robuste", poursuit Bernard Bégaud, "ce ne sont que des signaux statistiques."  Mais "le principe de précaution" prévaut, d'autant qu'avec Pfizer et Moderna, "nous avons d'autres armes".

Reste désormais à savoir si ces effets secondaires similaires aux deux vaccins s'observent également pour Spoutnik V, le produit russe qui utilise la même technique. "Depuis longtemps, nous disons que s'il s'avérait que le vaccin AstraZeneca était effectivement lié à un risque de thromboses cérébrales, il faudrait évidemment faire attention aux autres vaccins utilisant la technique de l'adénovirus, le Johnson & Johnson et le Spoutnik V, même si ce dernier utilise deux adénovirus différents", conclut Bernard Bégaud.

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