Vaccination anti-Covid : pourquoi détecte-t-on encore des clusters en Ehpad ?

Vaccination anti-Covid : pourquoi détecte-t-on encore des clusters en Ehpad ?

ECLAIRAGE - Si le nombre de morts dans les établissements pour personnes âgées a chuté, des foyers de contaminations au SARS-CoV-2 continuent d'être signalés deux mois après le lancement de la campagne vaccinale. Comment l'expliquer ?

Le dernier foyer de contamination a été détecté ce mercredi dans les Deux-Sèvres dans un établissement pour personnes âgées. Il n'est que la suite d'une longue série. Loire, Cantal, Puy-de-Dôme... des clusters en Ehpad continuent d'être signalés aux quatre coins du pays. Dans le Finistère, pas moins de quatre établissements distincts sont actuellement concernés . En Bretagne, ce sont même 30 clusters qui ont été recensés d'après l'Agence régionale de Santé (ARS). 

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Covid-19 : le défi de la vaccination

Pourtant, c'est aussi dans ces établissements qu'a été menée prioritairement la campagne de vaccination lancée le 27 décembre en France. "Il y a moins de clusters dans les Ehpad que ce que nous avons connu ces derniers mois", tient à relativiser Olivier Guérin, membre du Conseil scientifique et professeur de gériatrie au CHU de Nice, invité ce mardi sur franceinfo. Et d'ajouter : "Le sentiment sur le terrain c'est que nous commençons à avoir moins de résidents touchés". De fait, le nombre quotidien de décès liés au coronavirus en Ehpad a diminué de plus de 50 % en trois semaines, passant de 110 morts à 52 par jour en moyenne sur la semaine écoulée. Pour expliquer que, paradoxalement, la formation de clusters y persiste deux mois après le début de la vaccination, plusieurs facteurs sont donc à prendre en compte.

Les résidents prémunis contre les formes graves avant tout

En premier lieu, contrairement à une idée répandue, la plupart des vaccins n'empêche pas de tomber malade, mais réduit le risque de survenue d'une forme sévère et donc d'hospitalisation. "Le vaccin protège des formes graves pulmonaires mais ça ne veut pas dire qu’il protège de la forme nasale ou de la forme oropharyngée", soulignait ainsi en janvier le ministre de la Santé Olivier Véran. 

Si les premiers résultats d'une étude du ministère israélien de la Santé se veulent encourageant concernant le vaccin Pfizer, celui administré en Ehpad, celle-ci n'a pour l'heure pas été évaluée par des pairs et n'a pas encore l'objet d'une publication.

"Un vaccin quel qu'il soit ne protège jamais à 100%", insiste Pascal Crepey, enseignant-chercheur en épidémiologie à l'École des Hautes Études en Santé Publique (EHESP) de Rennes, pour Franceinfo.

Quid de l'efficacité après la première injection ?

Le nombre persistant de contamination viendrait-il du nombre de résidents d'Ehpad qui n'auraient reçu qu'une seule dose et non deux ? Une étude publiée le 18 février 2021 dans la revue scientifique The Lancet tend à montrer que le vaccin de Pfizer serait efficace de 89 à 91 % dans les 15 à 28 jours suivant la première dose. Quelques jours plus tôt, de précédentes données publiées par le ministère de la Santé, mettaient en avant une efficacité de 94 % après la deuxième dose. Mais la encore, une marge existe quant au risque de contracter voire de transmettre la maladie au cours de l'intervalle entre les deux injections.

A titre de repère, au 16 février dernier, la Direction générale de la Santé (DGS), affirmait que 32% des volontaires dans les Ehpad avaient reçu les deux doses et étaient donc totalement vaccinés. 74% avaient quant à eux reçu leur première dose. Ce jeudi, ce chiffre 80 % selon les dernières données publiées par Santé Publique France.

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Trop peu de soignants vaccinés ?

Quid des aides-soignants des maisons de retraite en contact avec des personnes vulnérables ? Au 20 février seuls 37,5% des professionnels exerçant en Ehpad et USLD avaient reçu leur première dose selon Santé Publique France. Un chiffre qui s'explique notamment par la méfiance face au vaccin contre le Covid-19. "On pense que c’est le personnel soignant qui amène de l’extérieur le virus dans les Ehpad. Une fois ce personnel vacciné et moins contagieux, le virus circule moins dans les résidences", avance l'épidémiologiste Michaël Rochoy pour 20 Minutes.

Quid de l'efficacité face aux variants ?

Reste la question du rôle éventuel des variants dans la recrudescence des cas observée dans les établissements concernés malgré la vaccination. Si les experts se veulent dans l'ensemble rassurants en affirmant que la plupart des vaccins, et notamment celui utilisé en Ehpad, semblent efficaces contre les nouvelles souches du virus, aucune hypothèse n'est exclue.

En l'occurrence, un certain nombre de clusters recensés en Ehpad ces derniers jours va de paire avec la détection du variant britannique, plus virulent, comme dans le Puy-de-Dôme et dans la Loire, où selon France Bleu, 83 cas de contamination et huit décès liés à ce variant en trois semaines ont été recensés. 

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