Vaccination : les pays européens qui font cavalier seul s'en sortent-ils mieux ?

Face à une campagne de vaccination contre le coronavirus qui traîne, certains reprochent à Paris de ne pas avoir mené ses propres négociations avec les laboratoires. Mais acheter des vaccins sans passer par l'Union européenne, est-ce vraiment efficace ?

COMMUNAUTÉ - Face à une campagne de vaccination contre le coronavirus qui traîne, certains reprochent à Paris de ne pas avoir mené ses propres négociations avec les laboratoires. Mais acheter des vaccins sans passer par l'Union européenne, est-ce vraiment efficace ?

Taclée pour son manque de coordination face à la crise sanitaire puis pour son absence de transparence lors des négociations avec les laboratoires, l'Union européenne cristallise les critiques depuis le début de la crise sanitaire. Parmi ses nouveaux détracteurs, des élus locaux qui regrettent que la France soit passée par l'intermédiaire de la Commission européenne pour l'achat de doses de vaccin contre le Covid-19, estimant que le pays aurait mieux fait en négociant tout seul. Des critiques que l'exécutif, Clément Beaune en tête, écarte. Interrogé ce jeudi 25 mars devant les sénateurs, le secrétaire d'État chargé des Affaires européennes a martelé qu'il n'existait "pas de solution miracle en dehors de l'Europe". Qu'en est-il réellement ? Nous avons fait le point. 

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La Hongrie a une longueur d'avance

Pour rappel, le cadre européen pour se procurer des doses est très strict. Écrit noir sur blanc sur le site de la Commission européenne, il prévoit une "approche européenne centralisée". C'est elle qui conclut les contrats d'achat anticipés avec les producteurs de vaccin. Dans ce cadre, un État ne peut se procurer de doses que via cet achat groupé. Cette règle possède toutefois une exception. Elle ne s'applique qu'aux "fabricants de vaccins avec lesquels des discussions sont en cours au niveau de l'UE", comme nous l'expliquions déjà ici. Or, l'instance n'a pour le moment signé de contrats qu'avec six fabricants de vaccins au total : Pfizer-BioNTech, mais aussi le suédo-britannique AstraZeneca, l'américain Johnson&Johnson, le duo franco-britannique Sanofi-GSK, l'allemand CureVac et l'américain Moderna. Théoriquement, un État membre peut donc négocier avec d'autres producteurs, comme la Russie, pour son vaccin Spoutnik V.

Si la quasi-totalité des États membres se sont donc accordés pour suivre cette stratégie, supposée "garantir l'approvisionnement et soutenir la mise au point d'un vaccin", d'autres ont choisi une route parallèle. Et notamment pour se procurer le vaccin russe, actuellement étudié par le régulateur européen en vue d'une possible homologation. C'est le cas de la Hongrie et de la Slovaquie. Pour le premier, les amitiés du président Viktor Orban avec les puissances de l'Est a conduit le pays à se lancer dans les négociations en parallèle de la procédure européenne. Budapest a donc acheté sept millions de doses en plus de celles qui lui reviendront via le plan européen. Parmi elles, cinq millions du vaccin chinois Sinopharm, qui serait efficace à seulement 72%, même si on dispose de peu de données fiables, et deux millions du vaccin russe Spoutnik V, dont un récent article du Lancet a conclu à une efficacité de 91%. Pour la Slovaquie, les choses sont plus compliquées. La décision du Premier ministre, Igor Matovic, de commander deux millions de doses de Spoutnik V a entraîné le pays dans une crise politique.

Des millions de doses qui ont un réel impact. Dans le premier cas, elles représentent tout de même une protection pour près de 35% de la population. Résultat : la Hongrie dépasse largement la France dans la course pour la vaccination. Avec 26 doses pour 100 personnes, selon l'outil Our World in Data, c'est même le meilleur élève de l'Union européenne. Enfin, et contrairement au cas du Royaume-Uni, cette couverture vaccinale est complète. Si Londres a essentiellement administré des premières doses à sa population, la Hongrie est mieux placée quand on regarde la part de sa population complètement immunisée

Quant à la Slovaquie, la campagne est moins rapide, mais reste plus importante qu'en France. Un tempo qui n'est pas près de décroitre. Au contraire. Alors que Clément Beaune croit savoir que "les doses promises par la Russie n'arrivent qu'au compte-gouttes", le rythme des vaccinations s'accélère chez ce voisin d'Europe centrale. 

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Reste à noter que cette réussite hongroise ne peut être extrapolée. De fait, si elle fonctionne, c'est justement parce que les Moscou n'a pas vendu à beaucoup de pays. Pour le moment, le pays ne dispose en effet que de capacités de production très limitées. Avec le mécanisme de répartition prévus entre les États membres, pour que la Hongrie puisse recevoir l'équivalent de deux millions de doses, la Russie aurait dû en exporter cent millions dans le cadre d'une négociation européenne. 

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