Vaccination : non, "des chercheurs espagnols" n'ont pas montré que Pfizer "contient un produit inconnu"

Vaccination : non, "des chercheurs espagnols" n'ont pas montré que Pfizer "contient un produit inconnu"

TOXIQUE - "Étude" à l'appui, des internautes assurent qu'une équipe de chercheurs espagnols aurait démontré qu'un produit prétendument toxique - l'oxyde de graphène - se cache dans les flacons des vaccins Pfizer. C'est faux.

Ces opposants à la vaccination ont découvert ce qu'aucune agence sanitaire au monde n'est arrivée à repérer. Les vaccins du laboratoire Pfizer/BioNTech cacherait un produit toxique. Un internaute coutumier des fausses informations croit ainsi savoir qu'il y aurait un "excipient caché" dans les doses du vaccin américain contre le coronavirus. Ce mardi 6 juillet, il a assuré sur les réseaux sociaux que "des chercheurs espagnols" avaient trouvé un "produit inconnu" dans une fiole du vaccin, et qu'il s'agirait "d'oxyde de graphène connu pour être très toxique". Qu'en est-il réellement ? 

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Un seul et très hypothétique flacon

Le document auquel fait référence cet internaute n'a rien d'une étude scientifique. Il s'agit, comme l'écrit l'auteur lui-même, d'un simple "rapport intermédiaire", mis en ligne le 28 juin, en espagnol dans sa version originale. Ce fichier PDF n'a pas été publié dans une revue scientifique, ni évalué par des pairs, méthode de référence pour valider les nouvelles découvertes scientifiques. 

 

Les travaux ont été menés par un seul chercheur, le Dr. Pablo Campra, professeur à l'Université d'Almería. Ils ont pour but  "l'identification microscopique de dérivés du graphène" dans un échantillon présumé du vaccin Comirnaty, produit par le laboratoire Pfizer pour lutter contre le coronavirus. Pour cela, des images de l'échantillon sont comparées à celles d'images d'"oxyde de graphène réduit" issues de la littérature scientifique. Seulement, ces trouvailles possèdent plusieurs biais. 

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Tout d'abord, la qualité de l'échantillon pose problème. Il n'y a en effet aucune preuve que le liquide analysé soit le vaccin contre le coronavirus. L'auteur écrit à propos de l'origine de l'échantillon passé sous le microscope qu'elle est "inconnue". Il précise que le liquide est arrivé pour analyse d'un certain Ricardo Delgado Martín. Or, selon la presse espagnole, il est un désinformateur notoire, dont le nom est connu dans la sphère anti-vaccin du pays.

Le produit testé n'est donc pas nécessairement un liquide issu du vaccin. C'est pourquoi le professeur Pablo Campra reconnaît dans ses écrits qu'il est encore nécessaire "de procéder à un échantillonnage significatif de flacons similaires (…) en enregistrant l'origine, la traçabilité et le contrôle qualité lors de la conservation et du transport avant analyse". 

Ensuite, contrairement à ce que pensent les internautes, l'auteur n'est aucunement conclusif dans ses observations. De son propre aveu, si les images du produit ainsi que celles de l'oxyde de graphène présentent "une forte similitude", cette simple comparaison ne "fournit pas de preuves concluantes".

L'Université dénonce de "fausses informations"

Tant d'aspects problématiques qui sont soulignés par le chercheur lui-même. Malgré ses précautions, ces travaux servent désormais de preuve d'une prétendue toxicité d'un vaccin pourtant déjà inoculé à plus de 44 millions de reprises en France. Face à ces "fausses informations", l'Université espagnole à laquelle est rattaché ce professeur a dû communiquer sur le sujet. Le 2 juillet, elle a rappelé ne pas avoir "réalisé d'étude scientifique avec les résultats publiés sur les réseaux sociaux". Dans un communiqué, elle regrette que ces derniers "déforment le contenu d'un rapport non officiel d'un professeur d'université sur l'analyse d'un échantillon d'origine inconnue avec une absence totale de traçabilité".

Il s'agit donc d'une simple observation d'un professeur espagnol, sur un seul flacon intraçable. Pour le moment, impossible d'assurer que l'oxyde de graphène fasse partie de ce vaccin autorisé contre le covid-19. Pour rappel, sa composition, totalement publique, a été rigoureusement examinée par les autorités sanitaires nationales, européennes et internationales. 

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