Vaccination obligatoire des soignants : "C'est nécessaire, il n'y a plus d'excuses", plaide le Pr Buisson

Vaccination obligatoire des soignants : "C'est nécessaire, il n'y a plus d'excuses", plaide le Pr Buisson

FRANCHIR LE PAS - Jeudi matin, Olivier Véran a menacé d'imposer la vaccination aux soignants, notamment à ceux des Ehpad. Pour Yves Buisson, président du groupe Covid-19 à l'Académie de médecine, "ça devrait être fait depuis longtemps".

L'Académie nationale de médecine persiste et signe. Par la voix d'Yves Buisson,  épidémiologiste et président du groupe Covid-19 à l'Académie nationale de médecine, elle s'interroge sur la position de l'exécutif en ce qui concerne l'obligation de la vaccination à tous les publics.

Ce jeudi 17 juin, Olivier Véran a indiqué que, si à la fin de l'été, la proportion de soignants en Ehpad n'avait pas augmenté, l'exécutif "se poserait la question d'une obligation vaccinale pour ces publics particuliers". "Il y a 60% des adultes français qui ont déjà reçu une injection, il y a moins de 60% des soignants qui travaillent en Ehpad, ce n'est pas justifiable", a-t-il souligné. Mais pour Yves Buisson, les autorités sanitaires, après des opérations de communication et de pédagogie, doivent désormais passer à la vitesse supérieure.

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Covid-19 : le défi de la vaccination

La vaccination obligatoire des soignants en Ehpad serait-elle suffisante pour éviter un fort rebond à l'automne ?

Yves Buisson : Suffisant, non, mais nécessaire, oui. L'Académie de médecine s'est prononcée, il y a plusieurs mois déjà, pour recommander l'obligation vaccinale pour tout le personnel soignant - médecins, infirmières, aides-soignants, personnels des Ehpad -, c'est une obligation qui devrait déjà être prescrite. C'est inacceptable de voir qu'un certain nombre de ces professionnels, qui sont au contact des patients les plus âgés ou les plus à risque de faire des formes graves du Covid-19, ne sont pas vaccinés.

On va avoir une limitation dans la vaccination, qui sera largement inférieure au taux de couverture vaccinale nécessaire. Donc l'Académie nationale de médecine a préconisé de rendre exigible la vaccination pour toute une série de professions ou d'activités, en commençant par les professions de santé. Je ne comprends pas pourquoi le ministre de la Santé laisse planer le doute sur la date de cette décision. Ça devrait être fait depuis longtemps, il ne devrait plus y avoir de doutes. Parce qu'on ne peut plus dire, désormais, qu'on manque de doses, de recul ou je ne sais quoi. On sait que le vaccin est efficace, il est très bien toléré. Donc il n'y a plus d'excuses. 

Quelles mesures pourraient encore inciter les soignants d'Ehpad à se faire vacciner ?

Yves Buisson : Je me pose la question depuis longtemps, mais je n'ai pas la réponse. On a de multiples témoignages de médecins eux-mêmes vaccinés et conscients de la nécessité de vacciner leur équipe médicale ou chirurgicale. Et on voit que dans leurs propres services, ils présentent des difficultés pour convaincre certains membres de leur personnel à se faire vacciner. Pourtant, il devrait y avoir de la confiance en une personne disposant de tous les arguments scientifiques pour justifier la vaccination ; qui est, en plus, le patron de l'équipe.  

Je crois que si l'exécutif n'impose pas encore la vaccination à ces personnels, c'est davantage lié à des hésitations politiques. Je crois néanmoins que le gouvernement a parfaitement confiance de la nécessité de l'obligation, mais il hésite pour des raisons qui ne sont pas scientifiques.

Le pays pourra-t-il faire faire autrement que de rendre le vaccin obligatoire à tous ?

Yves Buisson : Si on se contente de faire de la promotion, de la pédagogie, on arrivera, dans le meilleur des cas, à 50 ou 60% de couverture vaccinale pour l'ensemble de la population, alors qu'il en faut 80%. On court alors le risque d'avoir de gros problèmes à l'automne. Parce que le virus continuera de circuler, c'est évident. Par ailleurs, il y aura peut-être des variants qui viendront de l'étranger, parce qu'on n'est pas un pays fermé. Et, plus les variants circulent et sont contagieux, plus il est nécessaire d'avoir une couverture vaccinale élevée pour garantir la maitrise de l'épidémie.

Le risque est donc de voir démarrer une quatrième vague. On ne peut pas être certain que ça arrivera, mais ça nous pend au nez si on n'a pas la couverture vaccinale suffisante.

Quelles autres solutions la France pourrait-elle envisager avant la vaccination obligatoire ?

Yves Buisson : En matière de communication, on peut toujours faire des progrès, mais on a quand même déployé des trésors d'ingéniosité et on voit que les résultats sont insuffisants. C'est donc de la clairvoyance d'affirmer qu'on n'atteindra pas, sans obligation, le taux de couverture vaccinale nécessaire.

Par ailleurs, les cadeaux faits aux personnes qui se font vacciner, comme c'est pratiqué aux États-Unis, ne permettent de convaincre qu'une part très limitée de la population. Et sur le plan éthique, on n'a pas à faire des cadeaux aux gens pour participer à l'immunité collective et lutter contre la maladie. 

On peut encore jouer sur des choses intéressantes, que nous avons recommandées, comme le pass vaccinal. Ce dernier conditionnerait, par exemple, l'autorisation des étudiants à reprendre les cours. Car le pass sanitaire, lui, atteste que le patient a déjà contracté la maladie, qu'il a été vacciné, ou encore qu'il présente un test négatif de moins de 48 heures. Or, la France dépense des fortunes pour ces tests, qui sont gratuits. Et certaines personnes qui ne veulent pas se faire vacciner se font tester plusieurs fois par mois pour des raisons de confort. 

En cas d'obligation de la vaccination, qui devrait être concerné ? En cas d'obligation de la vaccination, qui devrait être concerné ?

Yves Buisson : Toutes les catégories de la population pour lesquelles la vaccination est validée. Pour l'instant, elle l'est, par la Haute autorité de Santé, pour les plus de douze ans. 

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Faudrait-il, à l'avenir, rendre obligatoire la vaccination contre le Covid-19, au même titre que pour d'autres maladies ?

Yves Buisson : On n'a pas encore assez de perspective, parce qu'on ne sait pas encore ce que va devenir la Covid. Pour autant, si, dans un an, l'épidémie est sous contrôle et que la Covid-19 est relayée au rang de la maladie saisonnière qui touche plutôt les personnes âgées, on pourra très bien la prendre en charge comme on le fait avec la grippe, c'est-à-dire en vaccinant seulement, chaque année, les personnes âgées et les plus susceptibles de présenter une forme sévère de Covid.

Tout ceci est une perspective probable d'évolution de la pandémie. La plupart des pandémies se sont terminées comme cela, y compris la plus terrible qu'on ait connues, celle de la grippe espagnole. Au bout de deux ans, elle devenue une grippe saisonnière. 

La France a su, dans son histoire, mettre en place des obligations vaccinales, mais aussi les arrêter. Ce fut le cas de la variole, par exemple.

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