Vaccins : la majorité des doses reçues attend-elle toujours d'être injectée ?

Vaccins : la majorité des doses reçues attend-elle toujours d'être injectée ?

SURPLUS - Des voix s'élèvent pour déplorer que de nombreuses doses de vaccins soient réceptionnées mais pas injectées. Une réalité que ne cachent pas les autorités de santé, et qui s'explique pas divers facteurs.

"J'observe qu'il y a beaucoup plus de vaccins au frigo que de doses injectées chez les patients." Ces mots sont ceux de Philippe Juvin, chef des urgences de l'Hôpital européen Georges Pompidou à Paris et maire Les Républicains de la Garenne-Colombes. Un message qui laisse entendre qu'une majorité des doses disponibles ne seraient aujourd'hui pas utilisées, et qui fait écho à un éditorial économique diffusé le mardi 2 mars sur France Inter.

Toute l'info sur

L'info passée au crible

Les Vérificateurs, une équipe de fact-checking commune aux rédactions de TF1, LCI et LCI.fr

L'éditorialiste Dominique Seux y faisait le constat d'une campagne de vaccination hexagonale insuffisamment rapide, au moment où la Commission européenne avance sur son projet de passeport sanitaire. Il a conclu son intervention en rapportant que la semaine passée, le président de la République s'est agacé en découvrant un chiffre embarrassant : celui du pourcentage de doses injectées par rapport à celles effectivement reçues. Le journaliste glisse ainsi que le chef de l'État a appris que seuls "52% des doses de vaccins reçues ont été pour l’instant utilisées". S'il est vrai que d'importantes quantités de vaccins sont en attente, il convient toutefois de nuancer ces chiffres.

Pfizer, Moderna, AstraZeneca : de grosses disparités d'administration

Les données officielles relatives à la vaccination sont agrégées par Santé Publique France et la Direction générale de la Santé (DGS). Cette dernière explique à LCI qu'au mardi 2 février, "alors que nous avons reçu un total de 7,2 millions de doses, 4,8 millions de doses ont été injectés en cumulé". De fait, "le pourcentage d’utilisation des doses est donc de 67%". Un chiffre en légère baisse par rapport aux 69% d'utilisation affichés le 28 février. Ce léger écart, note la DGS, est dû à la réception le 1er mars d'une "livraison conséquente (504.000 doses) d’AstraZeneca", des doses qui "n’ont pas été injectées dès le lundi 1er mars pour des raisons logistiques (dispatching et transport vers les centres de vaccination) et réglementaires (quarantaines, contrôles de qualité)". 

Invité de LCI mardi soir, Philippe Juvin s'est empressé de préciser qu'il faisait référence dans ses déclarations de l'utilisation du vaccin AstraZeneca, et qu'il n'évoquait pas le taux d'utilisation global de tous les vaccins réunis. Les 52% évoqués par Dominique Seux, eux, restent plus mystérieux :  impossible d'en identifier l'origine. Tout au plus, peut-on supposer qu'il s'agit d'éléments plus anciens, faisant référence à une période où la campagne de vaccination ne se déroulait pas au même rythme. 

Quoi qu'il en soit, il faut retenir qu'en ce début mars, deux tiers des doses reçues ont été injectées dans l'Hexagone. En pratique, cela signifie que 4,53% des Français ont reçu au moins une dose de vaccin, quand 2,45% ont reçu les deux doses. La répartition en fonction des différents vaccins demeure pour sa part très inégale. Les autorités de santé soulignent que 82% des doses Pfizer ont été utilisées, quand seulement 37% l'ont été pour Moderna. Le chiffre le plus problématique concerne celui des doses AstraZeneca : 24% seulement de celles reçues ont pour l'heure été injectées.

Lire aussi

Comment expliquer que les doses disponibles ne soient pas plus utilisées ? Diverses pistes d'explication sont avancées, mais rappelons d'abord qu'il est impossible que les doses reçues soient distribuées en intégralité dans la foulée. La vaccination est une logistique complexe : la répartition se fait en fonction des différents publics, et s'assurer de prévoir non seulement des doses pour une première injection, mais aussi de celles qui seront nécessaires quelques semaines plus tard pour la seconde injection. Un défi logistique, sachant qu'une partie des doses peut être redirigée d'une région à l'autre en fonction des besoins. Des difficultés qui n'expliquent pas tout.

AstraZeneca : une crédibilité à reconstruire

L'incarnation des problèmes rencontrés par les autorités de santé est le vaccin développé par AstraZeneca. Le ministère de la Santé, a reconnu qu'il y avait une "problématique" de sous-consommation le concernant dans les hôpitaux. La semaine passée, des représentants de la DGS estimaient qu'un "chantier restait à mener" pour réhabiliter ce vaccin et lutter contre le "déficit d'image" auquel il fait face. Chantier entamé par le "monsieur Vaccins" Alain Fischer, qui a défendu récemment le sérum britannico-suédois.

Raillé un temps par Emmanuel Macron lui-même, le vaccin AstraZeneca a dans un premier temps été restreint aux soignants. Ce n'est plus le cas désormais, puisque tous les Français de 50 à 75 ans et souffrant de comorbidités peuvent désormais se le voir administré. Une ouverture progressive qui a permis de multiplier les injections : 135.000 en 3 jours seulement la semaine passée. Si son efficacité contre le variant sud-africain fait encore l'objet d'interrogations, il est désormais acquis qu'il fonctionne très bien chez les personnes âgées. Une étude écossaise vient en effet montrer que les craintes d'une efficacité réduite pour les plus de 65 ans étaient infondées

En théorie, tout porte à croire que la sous-utilisation du vaccin AstraZeneca devrait peu à peu s'estomper. Celle du vaccin Moderna aussi, dont les stocks restent importants : les autorités en ont récemment réceptionné des volumes considérables d'un seul coup, ce qui explique qu'il faille un peu de temps pour tous les écouler. 

En résumé, il est donc vrai que des volumes significatifs de vaccins sont réceptionnées, mais toujours en attente d'être administrées. Si les raisons qui l'expliquent varient en fonction des vaccins, l'on évalue aujourd'hui à environ un tiers le volume de doses disponibles et en attente. Le recours plus large au vaccin AstraZeneca, tout juste autorisé pour un spectre plus large de personnes, devrait permettre de régler une partie des problèmes de sous-exploitation. Une situation qui touche beaucoup moins Pfizer, le vaccin aujourd'hui le plus injecté en France, dont 82% des doses reçues ont été administrées.

Vous souhaitez nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N'hésitez pas à nous écrire à l'adresse lesverificateurs@tf1.fr

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

Pourquoi le Chili se reconfine-t-il alors qu'il est le 3e pays le plus vacciné au monde ?

EN DIRECT - Une fête clandestine avec 110 participants à Paris, les organisateurs interpellés

Aurélien éliminé de "Koh-Lanta" : "Avec Thomas, on peut clairement parler de trahison"

Vacances confinées : ces Français qui trichent (sciemment ou sans le savoir)

EN DIRECT - La Reine a perdu son "roc", son "soutien indéfectible" : nombreux hommages ce samedi après la mort du Prince Philip

Lire et commenter