"40% des nouveaux contaminés" sont pourtant vaccinés en Israël : des failles dans le Pfizer ?

D'après les réseaux complotistes, près de la moitié des nouvelles contaminations en Israël, pays le plus vacciné au monde, concerneraient des personnes qui ont pourtant reçu les deux doses. Ils ont conclu à l'inefficacité du vaccin. Ont-ils raison ?

IMMUNITÉ - Des internautes soulignent la récente hausse des contaminations en Israël pour décrédibiliser le vaccin. Ils oublient l'objectif premier du vaccin ainsi que l'importance de l'immunité collective.

C'est le laboratoire grandeur nature de la vaccination contre le coronavirus. Israël a dorénavant immunisé plus de la moitié de sa population avec Pfizer, d'après les dernières données consultées ce jeudi 24 juin. Pourtant, les autorités sanitaires s'inquiètent d'un retour de l'épidémie, notamment avec l'arrivée du variant indien, baptisé variant Delta. L'État hébreu a ainsi annoncé ce mercredi décaler la date de réouverture de son territoire "en raison d'inquiétudes concernant la propagation possible du variant Delta".

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Dans ce pays où chaque évolution, chaque indicateur et chaque courbe sont suivis de près, ces contaminations nouvelles sont mise en avant par les détracteurs du vaccin comme gage d'inefficacité de ceux-ci. Et de la campagne actuellement en cours en France. "Le tout-vaccin n'est pas la solution", écrit ainsi un internaute, article à l'appui. En tête de gondole de cette sphère anti-vaccin et anti-restriction, Florian Philippot. Sur les réseaux sociaux, l'ancien euro-député a relevé ce mardi que les cas étaient en hausse en Israël "dont 40% de vaccinés". "[Olivier] Véran et les covidistes continuent de nous chanter matin, midi et soir le tout-vaccinal", alors que selon lui cette solution ne ferait pas ses preuves. Mais que nous apprend réellement le cas israélien ?

Le vaccin évite les formes graves

Tout d'abord, il faut reconnaître qu'après une accalmie, les autorités sanitaires relèvent en effet une très légère reprise épidémique. Or parmi, ces contaminations, "40 % des nouveaux cas sont des personnes vaccinées", comme l'a effectivement relevé le professeur Gabi Barbash. Une source très officielle, il est l'ancien directeur général du ministère de la Santé israélien. C'est cette information qui a été reprise par la chaîne i24 News et qui est relevée par les internautes. Ceci dit, les sources que nous avons interrogées sur place ont relevé que ce chiffre n'était pas fixe, qu'il était amené à évoluer avec l'épidémie.

Reste que l'ordre de grandeur est le bon - entre 30% et 40% en fonction des sources. Il ne prouve cependant pas l'inefficacité des vaccins contre le coronavirus. Pour comprendre pourquoi, il est important de rappeler l'objectif initial de la vaccination. Ce qui est recherché en priorité, c'est à empêcher les formes graves, les hospitalisations et les décès. Malgré un quasi-retour à la normale depuis la mi-mars, les hospitalisations sont bien en constante baisse, dans toutes les classes d'âge, depuis la mi-janvier. Idem pour les décès. Depuis plus de deux mois, il n'y a presque aucune victime de la maladie. Le nombre de morts quotidien oscille entre zéro et deux, ne dépassant jamais cette limite. 

Il faudra toutefois encore attendre plusieurs semaines avant de voir un éventuel effet des contaminations actuelles sur les services hospitaliers. Les dernières vagues épidémiques nous ont en effet appris qu'il y a un délai de deux semaines entre l'infection et l'hospitalisation. Et encore deux semaines avant un effet sur la courbe des décès. On ne peut donc absolument pas conclure d'une inefficacité du vaccin tant que ce délai n'est pas passé. 

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En théorie, l'immunité procurée par le vaccin sur un individu contre les formes graves n'empêche donc pas nécessairement ni la contamination, ni la transmission. Mais dans les faits, de récentes études en population générale commencent à montrer un effet de la vaccination sur ces deux facteurs. On notera d'ailleurs que la part de la population vaccinée et contaminée est moins élevée que prévue. S'il n'y avait eu aucun effet sur les  contaminations, il aurait en effet fallu que 60% des personnes malades en Israël aient été vaccinées.

Reste que malgré ces bonnes nouvelles, les experts s'accordent à dire qu'il faut atteindre l'immunité collective afin d'éradiquer véritablement l'épidémie. Celle-ci est loin d'être atteinte, même en Israël. Au 23 juin, "seule" 59% de la population était complètement immunisée, avec deux doses. Les experts estiment que pour retrouver "la vie d'avant", il faudrait "probablement que la couverture vaccinale en France, toutes personnes confondues, toutes classes d'âges confondues, soit au moins à hauteur de 80%", comme l'avait souligné Bruno Lina, membre du Conseil scientifique et virologue à l'hôpital de la Croix-Rousse à Lyon, en avril dernier auprès de TF1

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DÉCRYPTAGE - A quand l'immunité collective ?

Sans cette précieuse immunité collective, les contaminations liées à des clusters sont toujours possibles. C'est ce qu'ont noté les autorités sanitaires du pays. Selon leurs informations, les récents clusters sont liés au milieu scolaire. Or, si plus de la moitié de la population est complètement vaccinée, ce n'est pas le cas chez les plus jeunes. Au 22 juin, seuls 21% des 10-19 ans avaient reçu au moins une dose. Raison pour laquelle le ministère de la Santé a appelé ce jeudi les parents à vacciner d'urgence les adolescents.

Pour résumer, les cas peuvent effectivement augmenter sans nécessairement provoquer d'effet sur les hospitalisations et les décès. Et donc sans remettre en question l'efficacité de la protection induite par le vaccin contre les formes graves. 

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