Variants du coronavirus : "Le masque artisanal n’offre pas nécessairement les garanties nécessaires", souligne Olivier Véran

Variants du coronavirus : "Le masque artisanal n’offre pas nécessairement les garanties nécessaires", souligne Olivier Véran

DÉCRYPTAGE - Face à l'expansion rapide des variants plus contagieux du coronavirus, le Haut Conseil de la santé publique recommande l'utilisation de masques de meilleure qualité. Des conseils appuyés par Olivier Véran mardi 19 janvier.

Vers un usage décuplé du masque FFP2 ? Pour faire face au danger que représentent les variants du coronavirus, supposément plus contagieux, la Bavière a rendu obligatoire le port de cet équipement dans les transports en commun et les magasins. Le gouvernement allemand envisage d'étendre cette mesure à l'ensemble du pays alors que les masques FFP2 deviennent de plus en plus utilisés outre-Rhin. Le port de cet équipement est également plus fréquent en Espagne et au Portugal sans qu'il n'y ait d'obligation légale. Ces derniers jours, des voix s'élèvent et appellent la France à prendre une disposition similaire pour lutter contre la diffusion des variants anglais et sud-africains du coronavirus. 

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Au micro de France Inter mardi 19 janvier, Olivier Véran a entrepris de rassurer sur le port du masque dit grand public : "Restent valides tous les masques dont le pouvoir filtrant est supérieur à 90 % : c’est le cas de la quasi-totalité des masques industriels grand public". Mais le ministre de la Santé a également précisé que "le masque artisanal fabriqué chez soi, en respectant les normes Afnor, n’offre pas nécessairement toutes les garanties nécessaires pour la Haute Autorité de Santé". 

Face à la circulation en France du variant britannique, plus contagieux, le Haut conseil de la santé publique (HCSP) a recommandé d'éviter certains masques en tissu moins filtrants. "A l'occasion de la pénétration en Europe de certains nouveaux variants (...) plus transmissibles, alors que les modes de transmission n'ont pas changé, se pose la question de la catégorie des masques que l'on peut proposer dans la population générale", a déclaré sur BFM Didier Lepelletier, coprésident du groupe de travail Covid-19 du HCSP.

Le groupe de travail de cette instance consultative a élaboré ses nouvelles recommandations ce week-end pour les transmettre au ministère de la Santé. Le médecin hygiéniste et de santé publique a qualifié de "bonne chose en cette période" le fait de "porter un masque en tissu réutilisable de catégorie 1, plutôt que des masques de catégorie 2 qui filtrent un petit peu moins bien, voire des masques fabriqués de manière artisanale où là il n'y a aucun contrôle sur leur performance qui est réalisé".

Une plus grande efficacité

Pour limiter la transmission du virus, les masques chirurgicaux et en tissu ont largement été démocratisés et rendus obligatoires à l'extérieur et dans les espaces recevant du public en France ces derniers mois. Les masques FFP2 demeurent pour l'instant - dans la majorité des cas - réservés aux personnels soignants. Selon l'INRS, ce dernier présente l'avantage de "protéger son porteur contre l’inhalation de particules en suspension dans l’air, avec une filtration de 94 % des aérosols". Au contraire, l’Institut national de recherche et de sécurité rappelle que le masque chirurgical permet d'"éviter la projection vers l’entourage des gouttelettes émises par celui qui porte le masque" mais "ne protège pas contre l’inhalation de très petites particules en suspension dans l’air". 

D'un point de vue purement scientifique, le masque FFP2 est garant d'une meilleure efficacité que ses homologues chirurgicaux et en tissu. "Avec un masque FFP2, on s'approche du risque zéro", confirme ainsi Bernard Rentier, virologue et ancien recteur de l'ULiège, au journal belge L'Écho. Pour autant en France, les recommandations ne changent pas à l'heure actuelle : "Si deux personnes portent un masque filtrant à 90 %, l’efficacité est la même que si une personne porte un masque FFP2 et l’autre un masque classique", selon le ministre de la Santé. 

Pour autant, d'autres données tempèrent le tableau. Ainsi, sur le plan sanitaire, malgré la garantie d'une efficacité renforcée, le choix du masque FFP2 dans la vie quotidienne n'est pas forcément le plus adapté. Fabien Squizani, membre du Haut Conseil de la santé publique, affirme au JDD que la substitution des masques chirurgicaux par les FFP2 serait une mesure "excessive". "Ils sont conçus pour des soins, il ne faut pas les porter en permanence, même si on peut imaginer en prescrire à des personnes vulnérables", précise t-il encore. 

Un équipement "un peu plus difficile à porter"

Un point de vue partagé par Arnaud Fontanet, épidémiologiste et membre du Conseil scientifique. Dans le Grand Jury sur LCI, il a expliqué que le "FFP2 couvre un petit peu mieux le visage mais est un peu plus difficile à porter. Pour l’instant, il faut continuer à être très strict sur le port, dans les lieux clos notamment". Il a également rappelé qu'à l'heure actuelle, il n'existait aucun "élément pour dire qu’avec les variants, les modes de transmission du coronavirus ont changé", réduisant de facto l'intérêt de privilégier le masque FFP2 même s'il apporterait une "protection supplémentaire lorsque l'on sait que la marge d’erreur est plus faible". 

Plus cher qu'un masque chirurgical

Au-delà de l'aspect froidement sanitaire, le masque FFP2 ne doit pas forcément être généralisé tant il est plus difficile à porter et davantage désagréable. "Il est inconfortable, il cause une sensation d'étouffement. Il faut le changer régulièrement à cause de l'accumulation d'humidité. Plus le masque est filtrant, plus il est inconfortable", note Bernard Rentier. "Le port du masque chirurgical a mis un peu de temps avant d’être majoritairement accepté. Avec ses caractéristiques particulières, les Français auraient peut-être encore plus de mal à adopter le FFP2", pointe de son côté le Dr Jérôme Marty, interrogé par Yahoo actualités. Enfin, il faut prendre en compte l'aspect économique du masque FFP2. Ce masque coûte ainsi plus cher, minimum 1 euro/pièce en France. 

Une double épaisseur de masques : le compromis ?

Plusieurs scientifiques proposent une solution intermédiaire : l'usage d'un double masque. Une étude de la Virginia Polytechnic Institute and State University (aux États-Unis) publiée fin novembre 2020 a notamment montré que porter deux masques l'un sur l'autre était quasiment aussi efficace que de porter un masque "bec de canard". 

De même, une étude dans la revue Cell en décembre affirme que le port d'un masque chirurgical couplé à celui d'un masque en tissu permet une plus grande efficacité et de filtrer jusqu’à 90% des particules. Ce procédé a d'ailleurs été adopté par Joe Biden aux États-Unis. 

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