260 cas de Covid-19 dans le Sud : les conditions de vie des travailleurs détachés agricoles pointées du doigt

260 cas de Covid-19 dans le Sud : les conditions de vie des travailleurs détachés agricoles pointées du doigt
Santé

ENQUÊTE - Parmi les populations les plus exposées au virus, figurent les travailleurs détachés. Plus de 250 saisonniers en provenance d'Espagne ont été testés positifs dans les départements des Bouches-du-Rhône, du Vaucluse et du Gard. Comment l'expliquer ? Quelles sont les causes de cette sur-contamination ?

La situation inquiète les ARS et embarrasse les préfectures. Dans le sud de la France, des centaines de travailleurs détachés, employés dans des exploitations agricoles des Bouches du Rhône, du Gard et du Vaucluse, sont touchés par le Covid-19. Rien que dans les Bouches du Rhône, plus de 418 cas ont été recensés dans diverses exploitations agricoles, au cours de ces dernières semaines. 

Pour tenter d'endiguer cette vague de nouvelles contaminations, des campagnes de tests sont désormais organisées pour isoler, au besoin les cas positifs. Mais ces tests se révèlent aussi nécessaires pour travailler : nombre de ces exploitations réclament désormais des "attestations de bonne santé". Mais comment expliquer cette soudaine explosion de cas ? 

Des travailleurs déjà contaminés avant d'arriver en France ?

D'après les médecins, le virus circule parmi les travailleurs depuis quelques temps maintenant. Certains d'entre eux étaient déjà contaminés avant d'arriver en France, explique Frédéric Charrier, médecin biologiste chez LaboSud, à TF1. "On ne peut que penser que ces personnes sont arrivées en France dans la région, avec le virus", dit-il. "Il paraît peu probable qu'elles aient été testées", estime ce médecin. 

Ces travailleurs, d'origine chilienne ou péruvienne et équatorienne, sont employés par des agences d'intérim espagnoles qui gèrent elles-mêmes la traversée de la frontière. Selon cet ancien ouvrier agricole, les contrôles y sont légers, très légers. "Il y avait un bus qui venait d'Espagne et quand ils sont arrivés à la frontière, la police les a arrêtés et leur a demandé une attestation de bonne santé. Alors les ouvriers ont appelé leur chef et le chef a dit 'c'est bon ! dites leur que j'ai tous les papiers, ils peuvent m'appeler'. Les flics n'ont rien fait et ils les ont laissé passer", raconte-t-il. 

Sur ce point, le préfet se défend, un peu embarrassé par la tournure des événements. Il a demandé aux agences d'intérim que les travailleurs soient systématiquement isolés durant deux semaines à leur arrivée : "c'est ce que nous avons demandé. L'assurance que ça a été fait, c'est ce que nous contrôlerons ultérieurement.. dès maintenant". 

Mais cette absence de contrôle à la frontière et l'isolement relativement peu respecté suffit-il à expliquer une telle explosion de cas ? Pas vraiment. D'après les images que nos équipes se sont procurées, les hébergements réservés à ces travailleurs montrent des conditions de vie et d'hygiène sommaires voire indignes. Dans cette ancienne ferme où logent de nombreux ouvriers, plusieurs d'entre eux, atteints du Covid sont évacués chaque jour. Pour tenter d'endiguer l'épidémie, la préfecture prends en charge ces travailleurs contaminés dans des centres de soins spécifiques. "Chez nous, d'abord il y a eu 3 positifs, donc ils nous ont tous fait passer le test. Là il y a eu 23 cas positifs. Dans un troisième test, ils en ont trouvé huit de plus", explique une ouvrière agricole, placée en quarantaine.

Conscients de ces problèmes, les exploitants agricoles dénoncent en chœur les conditions d'accueil de ces travailleurs mais estiment ne pas avoir le choix que de faire appel à cette main-d'oeuvre intérimaire. "C'est très compliqué quand on a besoin de quelques personnes, toute la paperasse qu'il y a à faire... Et le jour où vous avez besoin de la variation d'une équipe, parce que vous pouvez avoir besoin de doubler l'effectif, vous n'avez pas la souplesse. Avec ce système-là, ces équipes pouvant se déplacer d'une exploitation à l'autre, ça répond à un besoin", explique André Bernard, président de la Chambre Régionale d'Agriculture PACA.

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Cette semaine, alertée par la situation, la CFDT avait saisi en référé le tribunal, demandant aux juges d'enjoindre les exploitants de procéder à une évaluation des risques et à la mise en œuvre de procédures de protection comme la désinfection des outils, fourniture de gel hydroalcoolique et de masques, sous peine d'astreinte de 5.000 euros par jour de retard. 

Ce jeudi, le syndicat a perdu son procès contre neuf sociétés agricoles des Bouches-du-Rhône et une société d'intérim espagnole, à qui elle reprochait le manque de mesures de protection pour des saisonniers étrangers après l'apparition de plus de 250 cas positifs de coronavirus.

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Dans son ordonnance consultée par l'AFP, le tribunal judiciaire de Tarascon estime que "l'assignation générale reprend les recommandations applicables en matière de Covid-19, sans toutefois cibler en quoi l'exploitation agricole visée aurait contrevenu aux mesures préconisées". Saisi en référé (procédure d'urgence) par le syndicat, le tribunal déclare nulle chacune des assignations visant les sociétés agricoles et l'entreprise de travail temporaire espagnole Terra Fecundis. Il condamne la CFDT à verser 1.000 euros au titre des frais de justice à chacune d'entre elles.

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