50 ans de la loi Neuwirth : au fait, la pilule peut-elle vraiment faire baisser la libido ?

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SEXO – Il y a tout juste 50 ans, le 19 décembre 1967, la loi autorisant l’usage de la contraception, en particulier de la pilule, était adoptée par l'Assemblée nationale. A l'occasion de cet anniversaire, LCI s’est interrogé sur un des effets secondaires du contraceptif : la baisse du désir sexuel. Est-ce un mythe ou une réalité ? Eléments de réponse avec une gynécologue et un médecin sexologue.

"Alors qu'elle a été érigée en symbole de la liberté sexuelle des femmes il y a 50 ans, parler de la baisse de libido que la pilule peut provoquer est tabou", déplore le médecin sexologue Catherine Solano auprès de LCI. Pourtant, les langues se délient ces dernières années et les témoignages se font plus nombreux : "Beaucoup de mes patientes constatent une montée de leur désir après avoir arrêté la pilule", confie la spécialiste. Alors que la pilule contraceptive fête ses 50 ans cette année - la loi autorisant son usage a été adoptée parl'Assemblée le 19 décembre 1967, avant d'être promulguée le 28 -, LCI vous en dit plus sur un effet secondaire parfois méconnu par la gent féminine. 

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Un lien entre testostérone et désir

Méthode de contraception préférée des Françaises, l’usage de la pilule s’est banalisé. A tel point qu’on en oublierait presque que c’est un médicament accompagné d’effets secondaires. "La pilule diminue de moitié la fabrication de testostérone par les ovaires, indique le Dr Catherine Solano. Or, la testostérone est liée au désir". En influant sur les hormones, le comprimé modifie le système endocrinien de ces dames, et leurs humeurs par la même occasion, libido comprise. 


Dès lors, pourquoi toutes les femmes ne sont-elles pas informées de cet effet lorsqu’elles consultent leur gynécologue ? "Notre rôle est de vérifier que la pilule ne mette pas en danger la santé des patientes", souligne le Dr Joëlle Peyron-Chamoun, gynécologue à Paris. Avant de prescrire la pilule, je vérifie qu’il n’y a pas de facteur de risque cardiovasculaire, comme un diabète ou une hypercholestérolémie". Des risques non négligeables, certes, mais qui éclipsent les autres effets secondaires, comme la baisse de libido susceptible d'affecter le quotidien de ces dames. 

L’ajustement constant de la pilule

De plus, le Dr Peyron-Chamoun reconnaît ne jamais discuter de ce risque avec ses patientes en amont : "Il suffit qu’on en parle pour que la patiente s’inquiète et renonce à la prendre." En revanche, la gynécologue ne considère pas le sujet de la sexualité comme tabou : "Lorsqu’une patiente m’en parle, je lui conseille de l’arrêter et si elle se sent mieux, je lui prescris une autre méthode de contraception comme la pilule microprogestative ou le stérilet."


Même façon de procéder au planning familial parisien. "On ne cite pas tous les effets secondaires, dont la baisse de libido fait partie, nous explique Isabelle Louis, conseillère conjugale. Nous ne voulons pas que les femmes se sentent anormales ou doutent de leur contraceptif." Pour éviter la défiance, les professionnels de santé optent finalement pour l’écoute et ajustent le tir ensuite. "De plus, la baisse de libido n’est pas forcément liée à la pilule", rappelle Isabelle Louis. 

Les adolescentes, plus exposées

Mais le Dr Solano semble davantage s'inquiéter pour les adolescentes.  "Les jeunes filles de 14 ou 15 ans qui se font prescrire la pilule ne savent pas bien ce qu’est le désir et n’ont pas de repères.  Elles peuvent alors se dire que c’est normal d’avoir moins 'envie' que leur copain, alors que c’est en fait dû à leur pilule." Les cas seraient plus fréquents chez les jeunes femmes qui se font prescrire des pilules antiacnéiques, plus fortement dosées. 


Le conseil du médecin-sexologue :"Etre plus attentive à sa libido pendant la semaine des règles. Si le désir monte en flèche sur cette période, la pilule contraceptive peut être mise en cause." Mais ce n’est parfois pas suffisant : "Toutes les femmes ont des libidos différentes et il n’y a pas de modèle type", rappelle la spécialiste. En cas de doute, le réflexe doit être d’en parler à son médecin. 

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