"Où est le Maréchal Foch de l'épidémie ?" : le coup de gueule de William Dab, ex-directeur général de la Santé

"Où est le Maréchal Foch de l'épidémie ?" : le coup de gueule de William Dab, ex-directeur général de la Santé

FRANC-PARLER - L'ancien directeur général de la Santé, Wiliam Dab, a appelé ce samedi sur LCI à recourir à "une autorité forte" pour mener la lutte contre la pandémie de Covid-19, jugeant insuffisante la gestion de la crise.

Après quatre semaines de confinement, les nouveaux chiffres égrenés ce samedi par les autorités de santé montrent encore une fois que l'épidémie de coronavirus continue de faire beaucoup de victimes en France avec 13.832 morts au total, dont 635 nouveaux décès en 24h dans les hôpitaux et les établissements médico-sociaux. 

La courbe se ralentie tout de même, car le nombre de patients en réanimation continue de baisser, mais elle n'est pas cassée. De quoi surprendre William Dab, l'ancien directeur général de la Santé entre 2003 et 2005, invité ce samedi sur le plateau de LCI. "Il faut vraiment que l'on se demande pourquoi, après quatre semaines de confinement, après tant d'efforts et parfois tant de souffrances demandées à la population, nous n'arrivons pas à casser cette courbe épidémique", s'étonne-t-il.

Pour lui, plusieurs explications sont possibles, "il y a des gens qui continuent de travailler, qui prennent par exemple les transports en commun, qui n'ont toujours pas de masques pour se protéger, et donc qui se contaminent", dit-il. "Il est possible aussi qu'on ait une diffusion aérienne du virus plus importante que ce que l'on pensait." Pour autant, selon l'ancien DGS, le problème est surtout organisationnel et logistique.

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Il y a insuffisamment de travail de terrain. Pour cela, les maires ont un rôle essentiel, mais on l'a vu encore récemment avec les problèmes de masques, on les empêche d'agir.- William Dab

Alors qu'il la déjà évoqué, plus tôt dans la journée, dans une tribune dans les colonnes du journal Le Monde, William Dab pense que "la question d'un commandement unifié est absolument essentielle dans la lutte contre une épidémie". "J'ai parlé à des dizaines de personnes aujourd'hui, à toutes je leur ai demandé : 'qui dirige la lutte contre l'épidémie ?' Et bien figurez-vous, y compris la maire de Paris à qui j'ai posé la question, que tout le monde m'a donné une réponse différente !" 

"Il faut absolument clarifier cela", martèle-t-il, se demandant "où est le Maréchal Foch de l'épidémie ?", ce dernier ayant été celui que les Alliés ont désigné comme le commandant suprême pour gagner la guerre de 14/18, souligne-t-il, faisant valoir qu'il y a un mélange d'excellence et de médiocrité dans les mesures actuellement adoptées.

Ce sont les militaires qui ont ce savoir-faire là- William Dab

Son constat est simple, "il y a insuffisamment de travail de terrain". "Pour cela, les maires ont un rôle essentiel, mais on l'a vu encore récemment avec les problèmes de masques, on les empêche d'agir. Nous avons 35.000 maires en France, qui leur donne des instructions claires sur ce qu'ils doivent faire ?", s'interroge-t-il. "On les laisse tout seul décider dans leur coin de ce qu'il est souhaitable de faire. Ils ont besoin d'instructions, il nous faut un commandant général pour lutter contre cette épidémie et faire que tous les acteurs de terrain mettent toute leur énergie dans le même sens."

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Et pour William Dab, cette compétence, seuls les militaires l'ont. "Je pense qu'un général saurait très bien organiser cette relation entre la doctrine que nous avons et qui est bonne et le terrain, en tenant compte des contraintes et des possibilités logistiques. Ce sont les militaires qui ont ce savoir-faire là. Les préfets savent aussi très bien diriger. Il faut quelqu'un qui soit doté d'une très forte autorité et d'un savoir-faire logistique", avance-t-il.

Les inconvénients du confinement vont devenir supérieurs aux bénéfices qu'on en attend.- William Dab

Sans cette qualification reconnue, cela veut-il dire que l'on peut perdre face au coronavirus ? William Dab est tenté de répondre par l'affirmative. "Nous sommes en train de rentrer dans une guerre de tranchée, et cette guerre-là, le virus va la gagner, parce que le confinement va devenir insupportable. Et parce que les inconvénients du confinement vont devenir supérieurs aux bénéfices qu'on en attend. A ce moment-là, il y  aura tellement de dégâts économiques, familiaux, psychologiques, sociaux, que le virus aura gagné. Nous pouvons l'éradiquer mais la condition numéro 1, est d'avoir un commandement unifié", répète-t-il à l'envi.

Et pour mieux appuyer son propos, il pointe du doigt un exemple concret : "Savez-vous, par exemple, que la réserve sanitaire qui a reçu des milliers de propositions de volontaires a envoyé aujourd'hui sur le terrain moins de 300 personnes ?". Une preuve, selon lui, que des forces sont disponibles mais qu'elles ne sont pas mobilisées. Et de conclure : "Il faut absolument avoir le souci du détail car c'est dans les détails que l'on va gagner ou perdre contre cette épidémie. La doctrine est bonne, mais il faut la mettre en oeuvre dans les milliers de situations particulières qui vont se poser à nous quand le confinement va pouvoir être levé, et cela demande une grande compétence organisationnelle."

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