Covid-19 : 3 questions sur le futur vaccin de Sanofi

Covid-19 : 3 questions sur le futur vaccin de Sanofi

INNOVATION - Le laboratoire français Sanofi a annoncé que son vaccin anti-Covid avait passé avec succès la phase II des essais cliniques. Il serait efficace à 95, voire 100%, pour toutes les tranches d’âge. Cette arrivée tardive pose toutefois des questions.

C'est peut-être le bout du tunnel pour Sanofi. En retard dans la course à la vaccination, le laboratoire français a publié lundi des résultats positifs lors de la phase II de son essai clinique sur son projet de vaccin contre le Covid-19, après avoir essuyé un revers fin 2020. Si la troisième phase se révèle probante, le vaccin tricolore fera son entrée sur le marché de la santé fin 2021, soit une année après les vaccins étrangers (Pfizer/BioNTech, AstraZeneca et Moderna) approuvés par l'Union Européenne. 

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Quels atouts ?

Ce vaccin français présente déjà des avantages que ses concurrents n'ont pas. Basé sur la protéine recombinante, une technologie similaire à celle utilisée pour la grippe saisonnière, il se distingue ainsi du vaccin Pfizer/BioNTech utilisant l'ARN messager. Cette protéine recombinante cible la protéine Spike. Une fois à l'intérieur des cellules, cette protéine infectée se propage dans l'organisme. Pour se défendre, le système immunitaire produit des anticorps. Aussi, avec un vaccin basé sur la protéine recombinante, Sanofi entend simuler une infection, en ciblant la protéine Spike, sans rendre la personne malade. 

Conséquence ? L'administration de ce vaccin à base de protéine recombinante "induit la production de concentrations élevées d'anticorps neutralisants chez les adultes", à des niveaux comparables à ceux observés chez des personnes qui s'étaient rétablies d'une infection au Covid. Les résultats affichent ainsi une séroconversion - c'est-à-dire la production d'anticorps - dans 95% voire 100% des cas après l'administration d'une deuxième dose, pour toutes les tranches d'âge de 18 à 95 ans.

Sanofi a indiqué par ailleurs viser un vaccin à dix euros la dose, voire moins, afin de proposer des prix relativement modérés par rapport à la concurrence. Les prix pratiqués par Pfizer/BioNTech atteignent par exemple 19,50 euros la dose pour les 900 millions de doses commandées pour 2022 et 2023 par l'Union européenne.

Ainsi, "notre vaccin apportera une solution supplémentaire", a affirmé le président France de Sanofi, Olivier Bogillot, faisant valoir un autre atout du sérum tricolore : il nécessite des conditions de transport et de conservation classiques, et non pas des super frigos à très basse température, requis à l'inverse pour le vaccin du tandem germano-américain. 

Est-ce une arrivée trop tardive ?

Alors que d'ici à la fin de l'année, une grande majorité de Français devrait être vaccinés, avec un accès pour tous les adultes volontaires de plus de 18 ans cet été, n'arrive-t-il pas trop tard ? Pour l'infectiologue Anne-Claude Crémieux, le vaccin tricolore sera utile lors des rappels à l’automne ou à l’hiver prochain. "Le taux d’anticorps diminue avec le temps", précise la professeure à l’hôpital Saint-Louis (AP-HP) dans le reportage de TF1 en tête d'article. "À ce moment-là, un rappel est nécessaire pour rebooster la réponse immunitaire. C'est la possibilité pour un nouveau vaccin de se positionner."

"Mieux vaut tard que jamais", affirme également le Dr Géral Kierzek dans la vidéo de TF1 ci-dessous. "C'est un vaccin de plus dans l'arsenal thérapeutique. Il sera probablement intéressant lors des phases de rappel."  "10% de la planète est aujourd'hui vaccinée avec une seule dose", assure le président du laboratoire Français pour justifier son utilité. 

En vidéo

Dr Gérald Kierzek sur l’efficacité du vaccin développé par Sanofi : “Ce n’est pas trop tard”

Quel intérêt stratégique ?

Cette arrivée laisse envisager des perspectives réjouissantes pour l'Hexagone qui, pour l'heure, dépend toujours de vaccins étrangers. Ainsi, produire son propre vaccin sera un véritable enjeu et lui permettra de gagner définitivement son indépendance sanitaire. Pour ce faire, il va falloir "fixer des priorités comme l'endroit où on va produire ce vaccin", souligne Carine Milcent, économiste spécialiste des systèmes de santé (CNRS). "Car cela va avoir un impact économique à l'échelle nationale. Et plus un pays apparaît à l'extérieur comme étant innovant, plus il sera porteur d'emplois."

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La prochaine étape de phase 3 - la toute dernière avant la potentielle autorisation de ce vaccin développé avec le Britannique GSK -, devrait démarrer fin mai/début juin. Menée sur 35.000 personnes, elle évaluera deux formulations du vaccin, en particulier contre les variants de Wuhan et de l'Afrique du Sud. Enfin, Sanofi lancera en parallèle sa production de vaccins de sorte à pouvoir les livrer à l'Union européenne - qui a déjà précommandé plus de 300 millions de doses - dès que possible.

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