Ces lourdeurs et paperasseries qui freinent la campagne de vaccination

Ces lourdeurs et paperasseries qui freinent la campagne de vaccination

BUREAUCRATIE - Si la France a désormais 45.500 personnes vaccinées sur son territoire, elle reste loin derrière ses voisins européens qui ont parfois dépassé le million. Certaines lourdeurs administratives n'y sont pas étrangères.

La France a accéléré la cadence ces derniers jours, passant de quelques centaines de vaccinés à 45.500. C'est mieux, mais encore poussif si l'on compare ces chiffres au champion Européen, le Royaume-Uni, qui a dépassé le million de vaccinations. Plusieurs freins logistiques et administratifs sont notamment à l'origine de cette lenteur française très critiquée.

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Une paperasse lourde

Pour commencer, un exemple donné par l'enquête de TF1 en tête de cet article : les vaccins sont empaquetés dans des cartons réfrigérés avant d'être acheminés dans les hôpitaux, mais ils ont mis de longues semaines avant d'être homologués, ce qui a retardé leur arrivée dans les établissements de santé. Parfois, ce sont les aiguilles destinées à réaliser les injections qui n'arrivent pas dans le format adapté, comme s'en sont plaints des soignants du CHU de Nice cette semaine. Et quand les doses très attendues du vaccin Pfizer/BioNTech arrivent à destination, un protocole précis doit être obligatoirement respecté : pas moins de quatre personnes sont mobilisées afin d'appliquer des règles sécuritaires strictes dans l'établissement que visite TF1. "C'est le process qui a été mis en place sur l'hôpital", explique un médecin. 

Les vaccins vont ensuite être concoctés minutieusement à la main par les médecins, avant que d'autres membres du personnel de l'établissement de santé ne se confrontent à une paperasse lourde. Chaque patient doit en effet remplir un formulaire à la main, puis les données sont enregistrées numériquement sur plusieurs bases de données. "C'est la médecine du travail, la sécurité sociale et l'établissement (de santé, ndlr). Cela fait beaucoup d'éléments à recopier. Il faut être attentif et ne pas faire d'erreurs", explique une salariée en tapotant sur son clavier d'ordinateur. 

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Retard de la vaccination contre le Covid : y a-t-il vraiment des lourdeurs administratives ?

S'ensuit la phase de vaccination, qui ne se fait pas sans stress pour les soignants. "On a l'esprit toujours un peu torturé. On veut toujours bien faire. Et parfois, en voulant bien faire, on oublie des considérations un peu pragmatiques", confie Edouard Devaud, le directeur médical de crise du centre hospitalier René Dubois Pontoise. D'autant qu'il est difficile de s'y retrouver tant les consignes changent d'un jour à l'autre. Le corps médical de plus de 50 ans a finalement été autorisé à se faire vacciner de manière prioritaire un mois avant la date initialement prévue. En quelques jours, les recommandations ont changé trois fois. De quoi semer la zizanie au sein des hôpitaux français qui peinent à s'organiser. 

Des autorisations tardives pour les centres de vaccination

Les établissements de santé ne suffisant pas pour injecter le vaccin à tout le monde, l'ouverture de 500 à 600 centres de vaccination sur tout le territoire est très attendue. Tout est prêt pour accueillir les précieuses doses à Cergy (Val-d'Oise). Le maire, Jean-Paul Jeandon, avait déjà réquisitionné le centre culturel de sa commune pour y pratiquer des dépistages de Covid-19. "En termes de logistique, nous sommes capables en 24 heures de pouvoir ouvrir un centre", affirme-t-il. Mais là encore, les autorités de santé ralentissent les démarches administratives entreprises par le représentant de l'État. "A ce stade, nous n'avons pas d'éléments à communiquer sur un cahier des charges, lit Jean-Paul Jeandon en tenant un courrier de son Agence régionale de santé sous les yeux. Nous travaillons sur des critères et indicateurs qui nous permettront après concertation de déterminer les besoins par infra-territoires"..

Traduction ? Il faut encore attendre pour ouvrir son centre de vaccination. Une situation incompréhensible à ses yeux avec l'urgence sanitaire actuelle. "On a 300 morts (par jour, ndlr) en France aujourd'hui. Le Val-d'Oise continue d'avoir des morts, des personnes hospitalisées", peste l'élu local. 

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L'économiste Frédéric Bizard tente d'expliquer les raisons de ces décisions qui trainent en longueur. "C'est à la fois une armée mexicaine et un mammouth", plaisante le spécialiste de la santé. C'est-à-dire qu'il y a plein de chefs de bureau, mais finalement on ne sait pas qui est le vrai chef. Donc on se retrouve dans un système qui est un vrai capharnaüm, au point que lorsqu'il y a de nombreuses décisions à prendre, comme c'est le cas lors d'une crise sanitaire, on ne sait plus très bien qui doit prendre la décision." 

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