Opérations déprogrammées : la souffrance de Gérard, malade d’un cancer de la langue

Opérations déprogrammées : la souffrance de Gérard, malade d’un cancer de la langue

REPORTAGE – Selon une étude de la Fédération hospitalière de France, 2,3 millions de séjours à l’hôpital n’ont pas eu lieu en 2020. Derrière ces opérations déprogrammées, des malades, comme Gérard, ne savent pas comment crier leur souffrance.

À l’heure où les hôpitaux sont sous tension et les admissions en réanimation en hausse, de plus en plus d’opérations sont déprogrammées. Derrière ces déprogrammations, se trouvent les malades, en extrême souffrance, à l'instar de Gérard Courvalet, 67 ans, qui vit avec une fracture ouverte de la mâchoire. 

Malade d’un cancer de la langue, la mâchoire de Gérard est en partie détruite. Il doit subir une greffe osseuse, mais l’opération n’a pas lieu à cause du Covid. Après deux déprogrammations en octobre et ce mois-ci pour cause de confinement, le couple se sent abandonné. 

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Sylvie témoigne pour son mari, qui peine à s’exprimer : "La crainte, c'est qu’on arrive un jour sur Amiens en nous disant ‘la greffe n’est plus possible, ce n’est plus réalisable'. Je souhaiterais qu’on ne soit plus que des chiffres, plus que des déprogrammations, mais qu’on soit quand même reconnu et qu’on nous laisse des lueurs d’espoir", confie-t-elle. Gérard ne peut manger d'aliments solides : "Comment voulez-vous vous faire à manger ? Moi, je culpabilise quelque part, je me dis ‘toi tu manges et puis lui il ne peut même plus’", dit sa femme, les larmes aux yeux.

Sylvie et Gérard ont voulu par ce témoignage parler au nom de toutes ces personnes dont les opérations ont été déprogrammées et dont on n’entend pas parler. Et ils sont nombreux. Selon une étude de la Fédération hospitalière de France, 2,3 millions de séjours à l’hôpital n’ont pas eu lieu en 2020. 95% d’interventions ont été annulées en mars 2020 et 18% en novembre dernier. Les opérations en pédiatrie et les chirurgies orthopédiques, comme les prothèses de hanches, ont, quant à elles, été reportées à 80% en mars et 20% en novembre, accumulant les retards. 

Des déprogrammations qui permettront d’augmenter de 20% les capacités de réanimation

Dans un hôpital francilien, cellule de crise en ce dimanche après-midi. La moitié des lits de chirurgie doit fermer dès ce lundi. Près d’une cinquantaine de patients ne seront pas opérés la semaine prochaine. “On va se baser, pour chaque patient, sur le dossier médical. Parce qu’il y a un caractère d'urgence, à savoir une urgence temporelle, parce qu’il va être opéré très rapidement. Ensuite, il y a toutes les interventions comme les traitements des cancers qui, par définition, ne peuvent pas se permettre d’attendre”, précise le Dr Luc Nguyen Kim, pharmacien et chef de bloc au Centre Hospitalier Intercommunal Robert Ballanger à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). 

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Ces déprogrammations permettront d’augmenter de 20% les capacités de réanimation pour les patients atteints du Covid, mais à quel prix ? Selon la Ligue contre le cancer, le retard de diagnostic dû à l'épidémie pourrait faire grimper la mortalité dans les années à venir.

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