HAS, ARS, agence du médicament, conseil scientifique... qui fait quoi dans la crise sanitaire ?

HAS, ARS, agence du médicament, conseil scientifique... qui fait quoi dans la crise sanitaire ?

CRISE SANITAIRE - Direction générale de la santé, Haute autorité de santé, Agence régionale de santé, Conseil scientifique... Dans sa gestion de la crise sanitaire, la France a choisi de s'appuyer sur plusieurs institutions. Ce qui n'est pas si simple, car leurs recommandations font parfois doublon.

Depuis le début de la crise sanitaire, leurs noms reviennent régulièrement dans l'actualité : la Haute Autorité de santé, le Haut Conseil de la santé publique, l'Agence nationale du médicament, mais aussi le Conseil scientifique, le Comité analyse, recherche et expertise, le Comité vaccin Covid-19, ou encore le Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale, créés spécialement pour gérer la pandémie. Mais pourquoi a-t-il fallu mettre en place ces instances supplémentaires ? Quel est leur rôle ? Le 20H de TF1 a épluché leurs travaux et interrogé leurs membres pour essayer d'y voir plus clair.

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Un rôle consultatif

En ces temps difficiles, les réunions d'experts se passent essentiellement en visioconférence. Ainsi, deux fois par semaine, pendant deux heures, Christophe Bardin, pharmacien, discute vaccin avec d'autres spécialistes. Il est membre du Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale. Une institution composée de treize experts chargés d'aviser le gouvernement sur la manière de mener la campagne vaccinale. "On va auditionner tous les acteurs en matière de santé publique. Notre matière vient de ces auditions et de toute la littérature autour de la vaccination. C'est beaucoup de travail", dit-il. D'autant que ce n'est pas sa seule casquette. 

Christophe Bardin est aussi membre du Comité vaccin. Douze spécialistes pour conseiller le gouvernement sur les achats de doses. À ne pas confondre avec le Conseil scientifique, qui donne des recommandations plus générales sur la crise sanitaire, tandis que le Conseil recherche a cessé ses travaux l'été dernier. Tous sont bénévoles et n'ont qu'un rôle consultatif. Mais faire partie de plusieurs comités, comme Christophe Bardin, est en fait très courant. Près de la moitié des membres de ces groupes font partie de plusieurs d'entre eux.

C'est vrai qu'on se dit qu'il y a quand même beaucoup de conseils, de comités, donc on évite que chacun refasse deux fois la même chose.- Christophe Bardin, membre du Comité vaccin

L'immunologue Marie-Paule Kieny est, elle, à la tête du Comité vaccin, mais aussi membre du Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale. Alors, est-ce bien utile d'avoir créé autant de comités différents ? "C'est vrai qu'on se dit qu'il y a quand même beaucoup de conseils, de comités, donc on évite que chacun refasse deux fois la même chose", reconnait Christophe Bardin.

Pourtant, il y a bien des doublons. Par exemple, le 12 février, le Conseil scientifique et le Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale ont tous deux sortis un avis sur le variant sud-africain et les deux instances ont fait les mêmes recommandations : "accélérer la vaccination" et "protéger les professionnels de santé". Le Conseil scientifique s'avance un peu plus en suggérant de nouvelles restrictions.

La différence se cache entre les lignes et dans la composition de chaque comité. Marie-Aleth Grard n'est pas scientifique ; elle est pourtant membre du Conseil scientifique. Présidente d'ATD Quart Monde, une association de lutte contre la grande pauvreté, c'est ce qui lui a valu sa place. "Il s'agit que ce ne soit pas que des experts qui donnent leur point de vue qui sont extrêmement intéressants et essentiels dans cette crise, mais qu'il y ait aussi des personnes qui sont experts de la vie de tous les jours", souligne-t-elle. Apporter une vision transversale, voilà la légitimité première de ces comités en temps de crise. Mais alors, pour les questions purement scientifiques, pourquoi ne pas s'être appuyé sur des instances déjà existantes ?

Défiance face aux institutions en place ?

Ainsi, en mars, la Haute autorité de santé, déjà installée, recommande de n'utiliser AstraZeneca que pour les personnes de 55 ans et plus. En parallèle, le Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale publie le même avis. Quel est donc l'intérêt ? "Ça n'est peut-être pas la meilleure solution de multiplier les comités. Mais il y a une certaine lourdeur de l'administration française avec des règles, des processus qu'il est difficile d'accélérer et donc, ces comités nouveaux sont créés pour aller plus vite", avance l'immunologue Brigitte Autran.

La Haute autorité de santé manquerait-elle de souplesse ? L'instance de référence n'est en tout cas pas toujours suivie par le gouvernement. Lorsqu'elle recommande par exemple en janvier d'espacer l'intervalle entre deux doses de vaccin, l'exécutif préfère écouter le Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale qui est contre, avant de changer de stratégie. Faut-il y voir une défiance vis-à-vis des organes installés ? Le JT de TF1 a posé la question à la patronne de la HAS : "On peut estimer qu'il y a de temps en temps des petits loupés, admet Dominique Le Guludec. Le président de la République a fait le choix de s'entourer également de conseils dédiés, c'est une décision qui lui appartient. C'est vrai que de base, nous ne sommes pas une institution de crise, mais nous nous sommes adaptés : huit ou dix jours pour rendre un avis, je dirais qu'on a plutôt été hyper-réactifs".

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Beaucoup de pays se sont pourtant contentés de leurs institutions en place. Le cas allemand, par exemple, bien différent, est peut-être plus efficace. "L'Allemagne a l'institut Robert Koch qui a des relais et un réseau d'acteurs locaux avec lequel il est en contact, qui est aussi prévu pour la gestion de crise. En France, on a une organisation de l'expertise concentrée autour de l'État central, ce qui n'a pas aidé à la mise en œuvre", analyse le sociologue Henri Bergeron.

Trop de comités sans suffisamment de liens avec le terrain, c'est bien un travers typiquement français. Dans tous les cas, ces instances de circonstance devraient cesser leurs travaux une fois la crise passée. Officiellement, le Conseil scientifique sera ainsi dissout le 31 octobre prochain. 

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