Dans les coulisses du Conseil scientifique : comment les experts rendent-ils leurs avis ?

Dans les coulisses du Conseil scientifique : comment les experts rendent-ils leurs avis ?

À CONTRE-COURANT - Le Conseil scientifique, mis en place en mars 2020, a la délicate mission d'éclairer le pouvoir dans la crise sanitaire. À sa tête, on trouve un homme au caractère bien trempé, Jean-François Delfraissy, qu'une équipe de TF1 a pu suivre exceptionnellement.

"Ne fermer les écoles qu'en dernier recours", "opter pour un contrat social entre générations où les plus âgés et fragiles accepteraient de s'autoisoler"... Au fil des mois, au gré de la crise sanitaire, les avis du Conseil scientifique s'enchaînent. Mais parfois, ils dissonent par rapport aux décisions prises par Emmanuel Macron. Depuis deux mois et demi, Jean-François Delfraissy, le président de cet organisme, créé dans l'urgence en mars 2020, s'était fait plutôt discret ; certains jugeant son approche parfois trop radicale. 

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Il a toutefois accepté qu'une équipe de TF1 l'accompagne durant toute une journée. Et cela commence par une visite de son bureau parisien, quelque peu encombré. "Un beau bordel", lâche-t-il, tout de go, précisant qu'il répertorie toute la bibliographie qui sort. 

Je suis un médecin qui a les mains dans le cambouis.- Jean-François Delfraissy

En temps normal, ce médecin respecté, qui s'est forgé une réputation dans la lutte contre le sida, est président du comité national d'éthique. Mais depuis un an, il est aussi président du Conseil scientifique, chargé d'éclairer le gouvernement. À ses côtés, au quotidien, "on ne trouve ni chauffeur, ni directeur de cabinet, ni voiture de fonction", dit-il. Seule Caroline, une étudiante à Sciences Po, le seconde.

Ses journées sont essentiellement rythmées par des visioconférences et des coups de fil. Et le premier appel de la journée est celui d'un réanimateur pour parler de la situation en région PACA. "Tous les jours, entre 4 et 10 patients sont évacués du Vaucluse vers les différents départements", lui annonce-t-il. Des coups de fil de ce genre, Jean-François Delfraissy en reçoit une dizaine par jour. "Je suis un médecin qui a les mains dans le cambouis", lance-t-il.

Prévention et pédagogie

Jean-François Delfraissy dirige une équipe de 17 scientifiques. Il y a des médecins bien sûr, mais aussi un sociologue, un modélisateur, ou encore une anthropologue. Trois fois par semaine, tout le monde se retrouve pour une réunion à distance. Au menu du jour : les autotests dans les écoles. Les discussions sont constructives. Et comme à chaque fois, elles aboutiront à un rapport qui sera envoyé au gouvernement. 

Mais le Conseil scientifique, omniprésent dans les médias ces dix derniers mois, est-il toujours aussi influent auprès de l'exécutif ? Une chose est sûre, il n'a jamais décidé à la place du gouvernement, comme certains seraient tenté de le penser. "Ça ne s'est jamais passé comme ça. il n'y a jamais eu de troisième pouvoir médical en France, ni ailleurs. Sur un certain nombre de points on est écouté, sur d'autres points on est moins écouté", a tenu à clarifier le médecin de 72 ans.

Autre membre éminent de ce Conseil scientifique, le professeur Bruno Lina a décidé, de son côté, d'aller sur le terrain pour faire de la prévention et de la pédagogie, en l'occurrence sur un marché à Lyon. "Quand on réfléchit entre nous, on peut avoir tendance à devenir ce qu'on appelle 'hors sol', c'est-à-dire de perdre la réalité de la vie vraie. Donc là, ça permet d'être au contact", dit-il. Virologue de renom, Bruno Lina a, lui aussi, mis de côté son activité principale. Accaparé jusqu'à huit heures par jour par la crise sanitaire, le cabinet du ministre de la Santé vient justement de le solliciter. Mais la question demeurera confidentielle. 

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Jean-François Delfraissy s'avère une nouvelle fois à contre-courant, lorsqu'on lui demande si Emmanuel Macron a raison de parler de la mi-mai pour un début de sortie de crise ; lui, se montre plus prudent : "Est-ce qu'on va sortir complétement de la crise à l'été ? La réponse est non. Et on aura probablement à l'automne de nouveau une circulation virale importante. Mais on aura une large population vaccinée", reconnaît-il. Ses prévisions pointent une échéance un peu plus lointaine. "Je vois une sortie de crise définitive plutôt sur 2022", avance-t-il. En attendant le Conseil scientifique a été reconduit dans ses fonctions au moins jusqu'à la fin de l'état d'urgence sanitaire en juin prochain.

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